L’extrême droite en passe de provoquer un nouveau choc politique en France
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L’extrême droite en passe de provoquer un nouveau choc politique en France

Les attentats djihadistes du 13 novembre à Paris ont servi la campagne nationaliste et anti-immigration du Front national

La présidente du Front national, parti d'extrême droite, Marine Le Pen, lors d'une conférence de presse, le 25 mars 2014. (Crédit : AFP/Pierre Andrieu)
La présidente du Front national, parti d'extrême droite, Marine Le Pen, lors d'une conférence de presse, le 25 mars 2014. (Crédit : AFP/Pierre Andrieu)

Dans une France encore traumatisée par les attentats de Paris, des élections régionales les 6 et 13 décembre, dernier test avant la présidentielle en 2017, devraient confirmer une inexorable poussée de l’extrême droite, en position de sceller un succès historique.

Après des percées spectaculaires l’an dernier aux municipales et aux européennes, le Front national (FN) apparaît en mesure d’emporter au moins deux régions, du jamais vu dans le pays.

Sa présidente, Marine Le Pen, part grande favorite dans le nord (Nord-Pas-de-Calais-Picardie), où elle se présente. Sa nièce Marion Maréchal-Le Pen fait aussi la course en tête dans le sud, en Provence Alpes-Côte d’Azur.

Crédité de 27 à 30 % d’intentions de vote au niveau national au premier tour dimanche, le FN peut même nourrir des ambitions supplémentaires dans d’autres régions, où les sondages le placent désormais en tête ou au coude-à-coude avec l’opposition de droite.

« Il y a plusieurs mois, je disais que nous avions des chances de victoire dans quatre ou cinq régions. Nous y sommes », a récemment déclaré à l’AFP Marine Le Pen.

L’extrême droite « progresse parce que les Français sont en colère », estime l’ancien Premier ministre de droite François Fillon.

« Les sondages ne mesurent pas le vote frontiste, ils mesurent la peur en France, il y a un parti de la peur que structure le Front national », rétorque Jean-Christophe Cambadélis, numéro un du Parti socialiste (PS) du président François Hollande.

Les attentats djihadistes du 13 novembre à Paris, les pires jamais commis en France (130 morts et des centaines de blessés), ont écrasé la campagne.

Le FN bénéficiaire des attentats

« Le parti qui bénéficie de ces événements, c’est vraiment le FN, sur le thème: ‘on vous l’avait bien dit' », analyse Jean-François Doridot, de l’institut de sondages Ipsos.

Le parti de Marine Le Pen s’est trouvé conforté dans son discours nationaliste et anti-immigration par la révélation que deux des kamikazes auteurs des tueries de la capitale avaient gagné la France après s’être glissés parmi des migrants débarqués en Grèce.

A l’inverse, les socialistes au pouvoir n’ont pas tiré profit jusqu’ici du spectaculaire regain de popularité (+7 à +22 points) enregistré par François Hollande, dont le virage sécuritaire dans la foulée des attentats a reçu un large soutien dans l’opinion.

Crédité de 22 à 26 % au premier tour, le PS, à la tête depuis 2010 toutes les régions sauf une, pourrait n’en conserver que trois et devra mobiliser son électorat s’il veut éviter une nouvelle déroute que lui prédisent depuis des mois les sondeurs.

Le parti présidentiel joue la carte de l’unité nationale derrière François Hollande mais il pâtit de l’échec de l’exécutif à juguler un chômage au niveau quasi record de 3,59 millions de personnes, qui a connu en octobre sa plus forte hausse mensuelle depuis 2013.

Il souffre aussi de la faiblesse de l’ensemble de la gauche, qui se présente divisée au premier tour, même s’il espère la rassembler au second.

Promise à une large victoire avant les attentats, l’opposition de droite espère toujours gagner une majorité de régions, mais les intentions de vote en sa faveur (25 % à 28 %) se sont érodées au profit du FN.

Le parti Les Républicains (LR) de l’ancien président Nicolas Sarkozy, court-circuité par Hollande qui a repris à son compte nombre de ses propositions en matière antiterroriste, s’est montré de surcroît divisé sur l’unité nationale depuis les attaques.

L’issue du scrutin dépendra beaucoup de l’attitude au second tour du PS et des Républicains dans les régions susceptibles de basculer à l’extrême droite: désistement voire alliance pour tenter de lui barrer la route, ou triangulaires risquant d’assurer sa victoire.

Le Premier ministre socialiste Manuel Valls s’est dit prêt à « tout faire » pour battre le FN mais à droite, Nicolas Sarkozy a rejeté mercredi l’hypothèse d’un « front républicain ».

Les élections régionales sont les dernières prévues en France avant la présidentielle de 2017, pour laquelle Marine Le Pen est aussi donnée en tête des intentions de vote au premier tour.

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