Israël en guerre - Jour 232

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L’extrême-droite met en péril les blocs d’implantations « vitaux » – Ex-chef du Mossad

Tamir Pardo maintient qu'Israël applique un système d'apartheid en Cisjordanie, disant que le pays "a toujours eu une explication convaincante" - jusqu'au nouveau gouvernement

L'ex-directeur du Mossad Tamir Pardo lors de la conférence de Herzliya, le 22 mai 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
L'ex-directeur du Mossad Tamir Pardo lors de la conférence de Herzliya, le 22 mai 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Tamir Pardo, ex-dirigeant de l’agence de renseignement du Mossad, a déclaré samedi que « l’approche d’apartheid » pour laquelle ont opté les ministres israéliens d’extrême-droite a mis en péril la présence « essentielle » de l’État juif dans les blocs d’implantations qui se trouvent à proximité de la Ligne verte.

Pardo a fait les gros titres dans le monde entier, la semaine dernière, pour une interview accordée à l’Associated Press – un entretien où il avait estimé qu’Israël avait mis en place un système d’apartheid en Cisjordanie.

L’ancien haut-responsable du Mossad n’a pas changé d’avis lors d’une interview accordée samedi à la Douzième chaîne, expliquant que « le fait qu’il y ait ainsi deux populations sur le même territoire – une vivant conformément aux règles de la loi militaire, l’autre conformément aux règles du droit israélien – c’est l’apartheid par définition ».

Pardo a néanmoins souligné que les constructions « massives et essentielles » dans les blocs d’implantations avaient été « une initiative bienvenue ».

La vaste majorité du demi-million d’habitants résidant dans les implantations construites en Cisjordanie vivent dans ces communautés proches de la Ligne Verte. Israël répète depuis longtemps qu’elles devront continuer à faire partie de l’État juif dans un futur potentiel accord de paix – même si ces blocs se sont élargis vers l’Est, au fil des années, ce qui compliquera la création d’un État palestinien contigu. Les blocs d’implantations n’ont jamais été officiellement définis par Israël, certains désignant la ville d’Ariel, en Cisjordanie, et les villes environnantes comme un bloc d’implantations, en dépit du fait qu’elles sont installées à plus de 16 kilomètres de la Ligne verte.

Pardo a néanmoins défendu la stratégie d’expansion des blocs d’implantations, faisant ostensiblement la différence avec les constructions décidées dans des communautés situées davantage dans les profondeurs de la Cisjordanie.

Des maisons dans l’implantation d’Efrat, en Cisjordanie, au sud de Jérusalem, le 25 octobre 2021. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Il a indiqué que depuis la capture de la Cisjordanie lors de la guerre des Six jours, en 1967, les gouvernements successifs « ont réussi à passer entre les gouttes » concernant les politiques mises en œuvre à l’encontre des Palestiniens.

« Même si certaines activités qui n’étaient pas totalement démocratiques étaient nécessaires et menées, Israël avait toujours une explication convaincante », a affirmé Pardo sans donner de détail.

Toutefois, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a mis en place un nouveau gouvernement au mois de décembre, donnant des portefeuilles de premier plan à deux députés de l’extrême-droite israélienne « dont l’approche est celle de l’apartheid », a dit Pardo.

L’ancien chef du Mossad a explicitement cité le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, mais il est évident qu’il faisait également référence au ministre des Finances, Bezalel Smotrich, Pardo ayant clairement évoqué l’appel lancé par ce dernier en mars à « anéantir » la ville palestinienne de Huwara.

Smotrich avait ultérieurement présenté ses excuses pour ces propos.

Le mois dernier, Ben Gvir avait affirmé que le droit de sa famille à se déplacer en Cisjordanie était « plus important » que la liberté de circulation des Arabes. Il avait ensuite expliqué qu’il avait voulu dire que « le droit à la vie des Israéliens est plus important que la liberté de mouvement des Palestiniens ».

Pardo a estimé avec tristesse que « ce qui a pu être fait après les élections récentes est une catastrophe pour l’État d’Israël ».

Photo d’illustration : Des Palestiniens ayant un permis de travail entrent en Israël par le checkpoint d’Eyal, près de Qalqilya, en Cisjordanie, le 21 novembre 2013. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Le fait que le Premier ministre Netanyahu – qui n’a pas accepté d’être photographié aux côtés de Ben Gvir jusqu’à la veille des élections – ait placé ce dernier à un poste si central, cela a changé le statut stratégique de l’État d’Israël et cela a placé le pays face à un danger existentiel », a continué Pardo.

Des groupes de défense des droits de l’Homme en Israël ou à l’étranger ainsi que les Palestiniens ont accusé la gouvernance militaire d’Israël en Cisjordanie – une gouvernance qui dure depuis 56 ans – de s’être transformée en système d’apartheid qui, selon eux, accorde un statut de seconde classe aux Palestiniens et qui vise, à terme, à maintenir l’hégémonie juive depuis le fleuve Jourdain jusqu’à la mer Méditerranée.

Quelques leaders, diplomates et responsables de la sécurité israéliens ont mis en garde contre un État d’apartheid, mais Pardo s’est montré encore plus direct.

Pardo, qui a dirigé l’agence d’espionnage de 2011 à 2016, n’a pas précisé s’il avait déjà les mêmes convictions lorsqu’il dirigeait le Mossad. Mais il a indiqué que parmi les problématiques les plus pressantes pour le pays, il y avait les Palestiniens en tête de liste – avant même le programme nucléaire de l’Iran qui est considéré comme une menace existentielle par Netanyahu.

Dans le cadre de l’apartheid en Afrique du sud, un système basé sur la suprématie blanche et sur la ségrégation raciale avait été mis en place de 1948 à 1994. Les groupes de défense des droits de l’Homme ont basé leurs conclusions sur les conventions internationales, telles que le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qui définissent l’apartheid comme « un régime institutionnalisé d’oppression et de domination systémique de la part d’un groupe racial à l’encontre d’un autre groupe racial, quel qu’il soit ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec le chef sortant du Mossad, Tamir Pardo, à Tel Aviv, le 5 janvier 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Les groupes de défense des droits de l’Homme évoquent des politiques discriminatoires mises en œuvre en Israël et à Jérusalem-Est, les restrictions sécuritaires dans la bande de Gaza – qui est dirigée par le groupe terroriste du Hamas depuis 2007 – et la gouvernance militaire en Cisjordanie. Israël a le contrôle du territoire dans l’ensemble, y faisant appliquer un système juridique à deux vitesses et continuant à y construire des implantations que la plus grande partie de la communauté internationale considère comme illégales, les élargissant également.

De son côté, Israël rejette toute accusation d’apartheid et note que les citoyens arabes, au sein de l’État juif, bénéficient de l’égalité des droits. Israël avait accordé une autonomie limitée à l’Autorité palestinienne, reconnue à l’international, dont le quartier-général est en Cisjordanie, à l’apogée du processus de paix, dans les années 1990, retirant ses soldats et les habitants de ses implantations de Gaza en 2005. Israël affirme que la Cisjordanie est « un territoire disputé » dont l’avenir devra être déterminé dans le cadre de négociations.

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