Liberman opposé à une commission créée pour rejeter l’immunité de Netanyahu
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Liberman opposé à une commission créée pour rejeter l’immunité de Netanyahu

Le chef d'Yisrael Beytenu met le holà à la mise en place d'une commission alors que Kakhol lavan voudrait éviter toute tentative du Premier ministre d'éviter son inculpation

Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, prend la parole lors d'une réunion de faction à la Knesset, le 18 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)
Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, prend la parole lors d'une réunion de faction à la Knesset, le 18 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Le leader de la formation Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a indiqué mardi qu’il s’opposait à la création d’une commission de la Knesset dans le seul objectif de bloquer les capacités du Premier ministre Benjamin Netanyahu à demander l’immunité dans les dossiers de corruption intentés à son encontre.

Cette déclaration survient vingt-quatre heures après que Liberman a fait savoir qu’il ne soutiendrait pas Netanyahu si ce dernier demandait une immunité parlementaire, venant apparemment anéantir les espoirs du Premier ministre de réunir suffisamment de soutiens pour éviter les poursuites criminelles.

Des informations transmises lundi ont laissé entendre que le parti Kakhol lavan pourrait chercher à convoquer rapidement la Commission de la Knesset pour débattre et rejeter une requête d’immunité attendue de Netanyahu, bien que le Parlement se dirige actuellement vers une dissolution et de nouvelles élections – un scrutin qui devrait s’imposer officiellement d’ici deux semaines.

« Nous nous opposerons à un tel projet [de création de commission] avec force », a dit Liberman au micro de la radio Kan. « Comme nous l’avons dit, nous voulons des élections, et sans stratagèmes d’aucune sorte ».

« Etablir une commission 15 jours avant la dissolution du Parlement, il est clair qu’il s’agira d’une commission personnelle qui ne traitera que d’un seul sujet ou d’une seule personne », a-t-il ajouté.

Notant que dans l’histoire de l’Etat, jamais une commission de la Knesset n’a été formée par un gouvernement de transition, Liberman a indiqué que « nous devrons attendre jusqu’à ce qu’il y ait un nouveau gouvernement, puis la commission de la chambre sera mise en place et elle débattra du sujet ».

Netanyahu n’a pas encore annoncé s’il voulait s’assurer l’immunité – mais nombreux sont ceux qui pensent qu’il pourrait la réclamer. La commission ne pourra discuter de la requête qu’une fois cette dernière soumise et Netanyahu peut techniquement attendre jusqu’à la fin décembre pour en faire la demande, bien après la date d’expiration attendue de la Knesset, le 11 décembre, à moins que les députés ne chargent un législateur de tenter de former un gouvernement dans l’intervalle.

Sans soutien de la majorité à la commission de la Knesset et dans la plénière forte de 120 membres, Netanyahu ne pourra pas obtenir l’immunité face aux poursuites. Toutefois, s’il la réclame, les mises en examen ne pourront être prises en considération devant le tribunal qu’après le rejet de la requête par la commission – ce qui signifie que le processus pourrait durer plusieurs mois, jusqu’au lendemain de la formation d’un gouvernement.

Selon la Treizième chaîne, Kakhol lavan – le parti qui est le principal rival du Likud de Netanyahu – chercherait à mettre en place la commission avec pour seul objectif de rejeter la demande d’immunité qui pourrait être présentée par le Premier ministre. Selon le reportage, qui n’a pas fait connaître ses sources, il y aurait probablement, au sein de la commission, une majorité de membres favorables au rejet de la requête d’immunité de Netanyahu.

Des commissions telles que celle-ci sont généralement formées après la conclusion d’accords de coalition, ces derniers comprenant habituellement la division des nominations à la tête des commissions. La manière dont Kakhol lavan pourrait convoquer la commission en l’absence de tels arrangements préalables reste indéterminée.

Le pays se trouve dans une impasse politique depuis presque un an, sans gouvernement élu, malgré deux élections successives. Un obstacle déterminant dans les négociations de coalition avait été la demande de Liberman de former un gouvernement d’unité entre le Likud de Netanyahu et le parti Kakhol lavan de Benny Gantz.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire du cabinet à son bureau à Jérusalem, le 24 novembre 2019. (Sebastian Scheiner/Pool/AFP)

Jeudi, le procureur-général Avichai Mandelblit, qui avait été nommé par Netanyahu, a annoncé qu’il mettrait en examen le Premier ministre pour pots-de-vin, abus de confiance et fraude dans les trois affaires criminelles à son encontre. C’est la première fois de toute l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre en exercice se trouve sous le coup d’une inculpation.

Lundi, Liberman a déclaré lors de sa réunion de faction à la Knesset qu’il ne voterait pas en faveur de l’immunité de Netanyahu. Sans le soutien du parti Yisrael Beytenu de Liberman, fort de huit sièges, il est peu probable que Netanyahu obtienne les appuis nécessaires pour son immunité au sein de la Knesset actuelle.

S’exprimant lors de l’ouverture de sa propre réunion de faction avant Liberman, le député Amir Peretz à la tête du parti Travailliste-Gesher a indiqué qu’il avait demandé au conseiller juridique de la Knesset de donner pour instruction à Yuli Edelstein, président du Parlement, de ne pas tarder à former la commission de manière à ce qu’une demande, si elle était soumise, puisse être débattue.

Sans cela, « la souillure de cette mise en examen restera sur la Knesset pendant de nombreux mois encore », a mis en garde Peretz.

Alors que la Knesset devrait se dissoudre – à moins d’une solution apportée au chaos politique actuel – il pourrait falloir des mois avant que Mandelblit ne soit officiellement en capacité d’inculper le Premier ministre.

Après les échecs successifs de Netanyahu et de Gantz à rassembler une coalition suite au scrutin du 17 septembre, le pays est entré dans une période de 21 jours – sans précédent – durant laquelle un député susceptible de réunir le soutien de 61 législateurs au Parlement pourra être chargé d’essayer, à son tour, de former un gouvernement et de devenir Premier ministre.

Si aucun parlementaire ne parvient à réunir cette majorité de 61 votes à l’issue de cette période de 21 jours, qui s’achèvera le 11 décembre à minuit, le pays se dirigera vers de nouvelles élections, un troisième scrutin en moins d’un an – et ce, pour la toute première fois de l’histoire du pays.

Netanyahu n’était pas parvenu à former un gouvernement après le vote du mois d’avril.

Pour sa part, le Premier ministre en titre a fustigé l’annonce de sa mise en examen dans la journée de jeudi, jurant de se maintenir à son poste et de lutter contre ce qu’il a qualifié des enquêtes « entachées » et partiales, accusant également la police et les procureurs d’avoir comploté un « coup d’Etat » visant à le déchoir du pouvoir.

Mandelblit, lundi, a jugé que Netanyahu pouvait rester, malgré ses déboires judiciaires, Premier ministre par intérim, mais il n’a pas précisé s’il pourrait être éventuellement chargé de former un nouveau gouvernement après les élections.

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