Liberman présente un plan de coalition face à la crise politique
Rechercher

Liberman présente un plan de coalition face à la crise politique

Le Likud a rejeté le plan de Liberman ne proposant pas un bloc droite/ultra-orthodoxes, décrit comme n'apportant rien de nouveau, et Kakhol lavan reste mitigé à son sujet

Photo composée (gauche à droite): le chef de Kakhol lavan Benny Gantz, le président d'Yisrael Beytenu Avigdor Liberman et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Yonatan Sindel, Noam Revkin Fenton/Flash90)
Photo composée (gauche à droite): le chef de Kakhol lavan Benny Gantz, le président d'Yisrael Beytenu Avigdor Liberman et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Yonatan Sindel, Noam Revkin Fenton/Flash90)

Tard mercredi, Avidgor Liberman, le chef du parti Yisrael Beytenu, a présenté sa proposition pour un gouvernement d’unité avec le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu et Kakhol lavan de Benny Gantz, en pleine impasse des négociations après les élections du mois dernier qui n’ont pas permis de désigner un vainqueur clair.

Le plan de Liberman appelle Netanyahu à abandonner son bloc de droite et de partis ultra-orthodoxes et à rejoindre une coalition Likud – Kakhol lavan – Yisrael Beytenu. Gantz devrait autoriser Netanyahu à être Premier ministre pendant les deux premières années d’une coalition de quatre ans. Netanyahu passerait ensuite le pouvoir à Gantz, et Gantz deviendrait Premier ministre plus tôt si Netanyahu était inculpé pour corruption.

Liberman – qui, avec les partis ultra-orthodoxes, a conduit Israël vers un deuxième scrutin à cause d’un différent sur le projet de loi ultra-orthodoxe qui l’a empêché de siéger avec eux dans une coalition de Netanyahu – a appelé à la formation d’un gouvernement « libéral, nationaliste et large ».

Dans un message sur Facebook, Liberman a suggéré que, dans une première étape, les représentants de son parti, de celui de Netanyahu et de Gantz pourraient se rencontrer pour poser les principes de base du prochain gouvernement d’unité.

« Avant tout, nous devons définir clairement toutes les questions au programme : la sécurité, l’économie, la protection sociale, l’église et l’Etat », a-t-il écrit.

Liberman a dit que si un tel accord était trouvé, ils devraient ensuite adopter la proposition du Président Reuven Rivlin pour un compromis afin de partager le pouvoir.

Rivlin a proposé l’idée d’un gouvernement d’unité dans lequel le pouvoir serait équitablement partagé entre Netanyahu et Gantz qui serviraient deux ans comme Premier ministre. Rivlin a laissé entendre, mais sans le préciser clairement, que Netanyahu occuperait le poste de Premier ministre en premier dans une coalition, mais prendrait un congé ouvert s’il était inculpé dans une ou plusieurs des enquêtes où il est visé. Selon la proposition mise en avant par Rivlin, Gantz, en tant que « Premier ministre par intérim » dans un tel scénario, aurait toute l’autorité d’un Premier ministre.

Jeudi, des sources de Kakhol lavan et du Likud ont critiqué le plan que le chef du parti Yisrael Beytenu Avidgor Liberman a dévoilé la nuit dernière. Ils ont qualifié la proposition d’une tentative faiblarde et irréaliste pour faire avancer les négociations de coalition dans l’impasse.

Des officiels des deux partis ont déclaré au Times of Israël que le « plan d’unité » de Liberman évoque des évidences sans proposer de nouvelles idées.

« Nous savons quels sont les points qui bloquent, nous n’avons pas besoin de Liberman pour nous le dire, a déclaré un élu de Kakhol lavan. Il est inutile de dire qu’il y a des problèmes à résoudre. Vous devez proposer des solutions créatives si vous voulez vraiment résoudre quelque chose. »

Un autre officiel de Kakhol lavan a formulé l’hypothèse que le but de la proposition du chef d’Yisrael Beytenu était de « rappeler aux gens qu’il existe » – pas d’aider les deux camps à trouver un accord.

« Il souhaite seulement aider une personne : Avidgor Liberman. S’il était sérieux, il présenterait quelque chose de sérieux », ont-ils dit.

Avidgor Liberman (à droite), le chef d’Yisrael Beytenu, dépose le recours de son parti contre les tests génétiques de judéité, le 7 avril 2019. (Yisrael Beytenu)

Des officiels du Likud, qui ont insisté que le parti représentait aussi le parti d’extrême droite Yamina et les partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah dans les négociations, n’étaient pas non plus impressionnés.

« Le problème n’est pas que nous négocions en tant que bloc, a déclaré un officiel du Likud. Le problème est que [Kakhol lavan] n’acceptera pas Netanyahu. »

« Que propose-t-il ici ?, s’est interrogée une autre source du parti. Que nous acceptions tous son programme, sans prendre en compte ce que les électeurs veulent ? »

Le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche), le Président Reuven Rivlin (C) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) se rencontrent à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)

La troisième étape proposée par Liberman verrait le nouveau gouvernement adopter le budget et un plan de défense sur plusieurs années.

Dans un quatrième temps, d’autres partis pourraient rejoindre la coalition s’il acceptaient les principes de base de gouvernement, a déclaré Liberman.

Le plan de Liberman implique que Gantz abandonne l’idée de prendre la première rotation en tant que Premier ministre, alors que Netanyahu devrait abandonner son bloc de 55 sièges avec les partis de droite et ultra-orthodoxes, que Liberman a de nouveau décrit mercredi comme une alliance « messianique ultra-orthodoxe ». Dans les négociations d’unité, Netanyahu a insisté pour dire que lui et son parti du Likud représentent également les partis orthodoxes nationalistes Yamina, ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah, et qu’ils doivent tous faire partie de n’importe quelle coalition – une position qui a contribué à l’échec de négociations avec Kakhol lavan jusqu’à présent.

Malgré ses déboires judiciaires – il risque d’être inculpé pour corruption dans trois affaires – Netanyahu a été chargé par Rivlin de former un gouvernement sur la base de son pacte avec les partis de droite et ultra-orthodoxes de négocier dans un bloc de 55 élus. Il a 28 jours pour parvenir à un accord. S’il échoue, Gantz aura probablement la possibilité d’essayer de former une majorité.

Gantz est à la tête d’un bloc de 54 élus du centre, de gauche et des partis arabes, mais les 10 élus arabes de ce groupe ne rejoindraient pas une coalition formée par Gantz. Aucun candidat n’a de perspective très claire pour former une majorité de 61 élus sans l’autre. Kakhol lavan a proposé de faire un partenariat avec le Likud, mais seulement si Netanyahu démissionne puisqu’il est visé par des accusations de corruption.

Liberman a insisté pour dire que son parti ne rejoindrait pas un gouvernement de droite ou de centre gauche.

Le Likud a immédiatement rejeté la proposition de Liberman, déclarant qu’il « n’avait rien apporté de nouveau ».

Kakhol lavan s’est félicité de certains points de la proposition, déclarant qu’il voyait le Likud et Yisrael Beytenu comme de possibles partenaires de coalition, mais il ne l’a pas soutenue. Kakhol lavan n’a pas soutenu la proposition de Rivlin.

La semaine dernière, le numéro 2 de Kakhol lavan Yair Lapid a annoncé qu’il abandonnait son accord de rotation avec Gantz, où il aurait partagé le poste de Premier ministre avec Gantz, afin d’assurer que cela ne constituait pas un obstacle au gouvernement d’unité dirigé par Gantz et incluant le Likud.

Les partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah sont particulièrement hostiles envers Lapid. Les responsables ultra-orthodoxes ont fréquemment évoqué la possibilité que Lapid devienne Premier ministre comme un élément clef de leur opposition à entrer dans un gouvernement avec Kakhol lavan. Lapid milite activement depuis longtemps pour augmenter la conscription des ultra-orthodoxes dans l’armée. Gantz, qui aurait pris le poste de Premier ministre pendant les deux premières années d’un gouvernement Gantz-Lapid, est perçu comme étant moins hostile aux intérêts des ultra-orthodoxes, mais a indiqué préférer une coalition sans les partis ultra-orthodoxes.

Liberman a salué la décision de Lapid d’abandonner sa chance d’être Premier ministre, qualifiant sa démarche « d’étape importante et noble ».

Avidgor Liberman (G), le leader de Yisrael Beytenu, s’entretient avec Yair Lapid, le numéro 2 de Kakhol lavan, à la cafétéria de la Knesset, le 3 octobre 2019. (Raoul Wootliff/Times of Israel)

Liberman a rencontré Netanyahu jeudi dernier, dans des négociations d’unité qui n’ont pas permis d’aller de l’avant. Il a ensuite discuté avec Lapid à la Knesset.

Le parti du Likud a accusé Lapid de bloquer l’avancée dans les négociations d’unité avec Kakhol lavan à cause de sa réticence ostensible à abandonner l’idée de partager le pouvoir.

Le Likud et Kakhol lavan se sont accusés l’un l’autre d’intransigeance dans les négociations de coalition. Chaque parti a affirmé que l’autre poussait le pays vers un troisième scrutin en moins d’un an, ce qui serait inédit.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...