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Analyse

L’immunité collective, une politique à suivre ? Ou est-il trop tôt pour Israël ?

Le "modèle suédois", qui serait envisagé en Israël pourrait être moins risqué grâce aux vaccins et à Omicron, mais les données manquent encore, selon un épidémiologiste de renom

Un enfant subit un test de dépistage du COVID-19, à Modiin, le 26 décembre 2021. (Yossi Aloni/Flash90)
Un enfant subit un test de dépistage du COVID-19, à Modiin, le 26 décembre 2021. (Yossi Aloni/Flash90)

Les autorités sanitaires israéliennes pourraient envisager de viser une immunité collective par le biais d’une infection massive au coronavirus. À quoi ressemblerait une telle politique, quels en sont les avantages et les éléments nécessitant une plus grande prudence ?

Selon la Douzième chaîne, un modèle d’immunité collective tel que celui envisagé par Jérusalem permettrait d’abandonner certaines mesures anti-transmission et de tolérer une augmentation des taux d’infection, en partant du principe que la grande majorité de la population sera épargnée par une forme grave de la maladie.

Une fois qu’une masse critique de la population a été infectée, la logique veut que l’immunité générale freine l’infection.

Il existe des suppositions que le coronavirus pourrait devenir endémique – un raccourci médical pour dire que la protection immunitaire serait si forte qu’il y aurait moins de transmissions et très peu d’hospitalisations et de décès, même si le virus continuerait à circuler dans une certaine mesure.

Les recherches suggèrent qu’une combinaison de protection vaccinale et d’anticorps contre l’infection est très efficace pour bloquer les infections futures. La thèse de l’immunité collective suppose que laisser Omicron – le variant le plus à même de résister au vaccin mais ne provoquant apparemment qu’une maladie relativement bénigne – suivre son cours, pourrait permettre à une grande partie de la population d’être ainsi protégée. Le virus disparaîtrait pratiquement d’Israël, du moins pour un certain temps.

Cette idée a suscité l’enthousiasme et l’indignation de différents médecins à différents moments depuis l’apparition de la COVID-19, et a été particulièrement controversée au début de la pandémie, lorsque la Suède a adopté cette approche, connue sous le nom de « modèle suédois ».

Un centre de test COVID à Jérusalem, très fréquenté. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’influent épidémiologiste Michael Edelstein, professeur à l’Université Bar Ilan et anciennement figure de proue de la santé publique au Royaume-Uni, a suggéré il y a 14 mois qu’Israël devrait adopter une « version modifiée » du « modèle suédois ». Rétrospectivement, il pense aujourd’hui qu’il a parlé trop vite, car le nombre de décès en Suède a finalement dépassé les prévisions.

Mais cela date d’avant la vaccination en masse à travers le monde, une couche de protection qui a non seulement réduit les niveaux d’infection, mais aussi rendu les symptômes, en moyenne, beaucoup plus légers lorsqu’une infection se produit.

« Aujourd’hui, les choses sont différentes et nous disposons des outils nécessaires pour assurer à la population un niveau de protection contre la maladie que nous n’avions pas à l’époque. Il n’y en avait pas, et c’était davantage un pari », a déclaré M. Edelstein au Times of Israel.

Il a ajouté que non seulement le niveau de « risque » concernant l’infection immédiate a été réduit, mais très probablement aussi celui de la COVID longue, car il existe des preuves émergentes que la vaccination réduit l’incidence de la COVID longue.

L’épidémiologiste Michael Edelstein. (Autorisation)

« En fait, un modèle d’immunité de masse aujourd’hui aurait une allure très différente, et nous ne devrions probablement plus l’appeler le modèle suédois », a-t-il fait valoir, affirmant qu’une version de cette stratégie adaptée à Israël pourrait fonctionner pour Omicron – mais pas tout de suite.

« Je ne rejetterais pas un tel plan, mais il est également trop tôt pour approuver une telle idée », a-t-il déclaré au Times of Israel. « Nous avons besoin de voir beaucoup plus de données israéliennes locales. »

Le principe d’une approche d’immunité collective est que l’infection peut augmenter de manière significative avec seulement une augmentation limitée des cas graves et des décès – et sans dépasser la capacité des hôpitaux à traiter les patients. M. Edelstein pense que cela pourrait être une solution, mais insiste sur le fait que quiconque affirme en avoir la certitude ne lit pas correctement les données.

Les données du Royaume-Uni et de l’Afrique du Sud, pays qui ont tous deux été confrontés à des épidémies d’Omicron à grande échelle avant Israël, suggèrent que ce variant est plus léger que les autres, et les données britanniques indiquent qu’il est 50 à 70 % moins susceptible de provoquer une hospitalisation.

Mais une baisse de la sévérité ne garantit pas nécessairement une diminution des cas graves si les taux d’infection montent en flèche, comme cela est prévu avec Omicron, a observé M. Edelstein. « C’est une question de mathématiques », a-t-il déclaré. « Si Omicron est quatre fois plus transmissible que Delta mais deux fois moins grave, on se retrouve quand même avec deux fois plus de personnes à l’hôpital. »

Le personnel médical de l’hôpital Hadassah Ein Kerem porte des équipements de sécurité, dans le service COVID de l’hôpital, récemment rouvert, à Jérusalem, le 27 décembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Pourtant, il y a un problème plus fondamental avec les données qui sont censées nous aider à comprendre la trajectoire d’Omicron, a déclaré Edelstein.

« Il est très délicat d’utiliser les données d’autres pays, car il y a tellement de variables qui contribuent à la situation épidémiologique, qu’il est difficile de généraliser les données disponibles. »

« Il devient trop complexe de modéliser la pandémie alors qu’il y a tant de variables qui font de chaque pays une histoire à part : dans quelle mesure les gens sont vaccinés, les profils d’âge et de comportement de la population, et divers autres facteurs. »

M. Edelstein fait remarquer qu’en Afrique du Sud, la tenue des registres lors des précédentes vagues d’infection était limitée, ce qui signifie que de nombreuses personnes ont été infectées par le coronavirus sans le savoir. On sait que les patients guéris subissent plus légèrement les infections futures.

Selon l’analyse d’Edelstein, si une proportion plus élevée que celle documentée des cas d’Omicron en Afrique du Sud était constituée de patients guéris, cela pourrait fausser les données sud-africaines, en exagérant la légèreté des symptômes d’Omicron.

Des mutations de la protéine de pointe du variant Omicron. (Crédit : MRC-University of Glasgow Centre for Virus Research)

Le Royaume-Uni se trouve également dans une situation « très différente » de celle d’Israël, a-t-il déclaré, commentant : « Les données provenant de pays où la transmission est élevée, comme le Royaume-Uni, semblent montrer que les cas graves sont peu nombreux, mais nous avons un calendrier différent pour l’administration des vaccins, et Israël a fait les rappels plus tôt, ce qui signifie qu’ils s’estomperont d’abord ici.

« Chaque pays a maintenant sa propre situation épidémiologique et, dans le cas du Royaume-Uni, il a administré des vaccins différents dans de nombreux cas, appliqué des délais différents entre les injections et d’autres différences. Cela souligne le fait qu’il est difficile de tirer des conclusions entre les pays. »

Selon M. Edelstein, il n’existe pas encore de données israéliennes suffisamment approfondies. Il ajoute que la propagation rapide et inévitable d’Omicron a pour avantage de permettre l’accumulation rapide d’une masse de données. Il prévoit que, d’ici un mois environ, on disposera de données fiables sur la façon dont le variant se comporte en Israël, ce qui permettra de prendre des décisions éclairées sur les vertus ou les risques d’un modèle d’immunité collective.

« Il est important d’avoir l’esprit ouvert et de penser de manière créative, mais nous avons d’abord besoin des données israéliennes sur la proportion d’hospitalisations et de décès dans le contexte spécifiquement israélien, car c’est ce dont nous avons besoin pour aller de l’avant », a déclaré M. Edelstein.

Si les preuves s’accumulent et qu’Israël choisit de viser l’immunité collective en laissant l’infection se développer, M. Edelstein a déclaré qu’une telle mesure doit venir en complément et non en remplacement des vaccins, qui doivent d’abord être administrés à grande échelle en raison de leur capacité à réduire l’intensité de la maladie.

Il a déclaré : « Il n’est pas trop tard pour un tel plan, mais il faut au préalable protéger au maximum la population afin de réduire le risque d’infection au strict minimum, ce qui implique de vacciner les personnes non vaccinées et d’administrer la dose de rappel à celles qui ne l’ont pas reçue, et éventuellement d’administrer un autre rappel à celles qui l’ont déjà reçu y a quelque temps. »

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