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L’Iran se rapproche dangereusement de la bombe, prévient Amos Yadlin

Amos Yadlin reproche à l'ancien gouvernement Netanyahu d'avoir poussé Trump à quitter le JCPOA, sans avoir planifié ce qu'Israël ferait si Téhéran poursuivait l'enrichissement

Le directeur général de l'Institut des études de sécurité nationale (INSS) Amos Yadlin s'exprime lors de la conférence internationale annuelle de l'Institute for National Security Studies, à Tel Aviv, le 29 janvier 2020. (Tomer Neuberg/ Flash90)
Le directeur général de l'Institut des études de sécurité nationale (INSS) Amos Yadlin s'exprime lors de la conférence internationale annuelle de l'Institute for National Security Studies, à Tel Aviv, le 29 janvier 2020. (Tomer Neuberg/ Flash90)

L’ancien chef du renseignement militaire israélien a averti vendredi que le temps de percée pour que l’Iran parvienne à fabriquer une bombe nucléaire sera beaucoup plus court s’il y a un retour au Plan d’action global conjoint (JCPOA), en raison des progrès réalisés par Téhéran dans l’enrichissement de l’uranium depuis que l’ancien président Donald Trump a quitté l’accord en 2018 à la demande d’Israël.

Amos Yadlin a déclaré à la Douzième chaîne que Téhéran ne sera qu’à « deux mois » d’une bombe nucléaire dans le cadre d’un accord renouvelé. Yadlin pourrait en fait faire référence au temps dont l’Iran aurait besoin pour produire suffisamment de plutonium de qualité militaire pour une bombe nucléaire. Les experts ont estimé que la fabrication d’une arme prendrait encore 18 à 24 mois après l’accumulation d’une quantité suffisante de matière.

M. Yadlin, ancien candidat travailliste au poste de ministre de la Défense, a critiqué le précédent gouvernement israélien dirigé par Benjamin Netanyahu pour avoir encouragé M. Trump à se retirer du JCPOA sans prévoir comment l’Iran réagirait par la suite.

M. Yadlin, qui a dirigé l’unité de renseignement militaire de Tsahal de 2006 à 2010 et a été attaché de défense d’Israël à Washington pendant deux ans, a fait ces commentaires quelques jours avant que les puissances mondiales ne reprennent les négociations à Vienne en vue de relancer le JCPOA. L’ancien général de l’armée de l’air n’a pas semblé particulièrement optimiste.

« Le problème a commencé en 2018. Si quelqu’un s’est endormi pendant son tour de garde en 2015 [lorsque l’accord a été signé], alors il a entièrement quitté le tour de garde en 2018 », a déclaré Yadlin. « Parce que quand Israël a convaincu Trump de quitter l’accord – les Iraniens ne sont pas des pigeons – il était clair que soit ils quitteraient l’accord, soit ils le violeraient, et il aurait dû y avoir un plan formulé prévoyant comment nous réagirions ».

« Ce qui s’est passé en 2018, les Iraniens ont avancé vers une bombe… ils ont continué leur enrichissement… à 60 %. Ils ont aujourd’hui trois tonnes d’uranium enrichi, et plus dangereux encore, ils ont développé des centrifugeuses nucléaires avancées. »

« Maintenant, même si on revient à l’accord de 2015, ce n’est pas le même accord. Il ne tient pas l’Iran à un an d’une bombe [comme c’était le cas avant la signature du JCPOA], plutôt à seulement deux mois d’une bombe », a-t-il poursuivi. « Et c’est ce qui est le plus grave, c’est que lorsque les Iraniens se sont engagés sur cette voie, ni Trump ni Israël n’ont préparé un plan pour les arrêter. »

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Rafael Mariano Grossi s’adresse aux médias après son arrivée à l’aéroport international de Vienne, à Schwechat près de Vienne, en Autriche, le 12 septembre 2021. (Crédit : ALEX HALADA / AFP)

L’administration Biden maintient qu’elle se réserve toutes les options.

L’administration Biden est déterminée à revenir au JCPOA, mais ce sera à l’Iran, et non aux États-Unis, de décider si cela se produira, a jugé M. Yadlin, car c’est l’Iran qui fait traîner les négociations depuis sept mois.

De plus, la parole d’Israël est très limitée pour le moment car les capacités de frappe militaire de Tsahal ne sont plus ce qu’elles étaient, a-t-il dit. Mais après des années de négligence, a-t-il ajouté, l’armée a enfin reçu un budget pour mettre à jour ces plans et une fois qu’elle l’aura fait, la capacité d’Israël à influencer les négociations nucléaires s’élargira.

L’ancien chef des services de renseignements militaires estime qu’il existe trois scénarios possibles pour l’avenir : Il pourrait y avoir un retour à l’accord, dont la fin serait mauvaise pour Israël, a-t-il dit ; il pourrait y avoir un échec de l’accord, entraînant une crise entre les États-Unis et l’Iran ; ou il y aura une sorte de période prolongée où les parties feront des allers-retours dans les négociations, tout cela pendant que l’Iran continue à avancer vers une arme nucléaire.

Aucune de ces options n’est bonne pour Israël, a déploré Yadlin.

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