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L’UE a discuté de l’abattage rituel avec des responsables juifs et musulmans

Les rites juif et musulman de production de viande ont été attaqués ces dernières années, surtout par les partis de droite qui veulent réduire la présence sociétale des religions

Le personnel travaille sur la chaîne de production de viande de volaille casher dans un abattoir casher à Csengele, en Hongrie, le 15 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/Laszlo Balogh).
Le personnel travaille sur la chaîne de production de viande de volaille casher dans un abattoir casher à Csengele, en Hongrie, le 15 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/Laszlo Balogh).

JTA — Les responsables de l’Union européenne (UE) à Bruxelles ont invité les leaders des communautés juives et musulmanes à discuter de la production de viande – une invitation que certains des chefs communautaires ont considéré comme une avancée vers la garantie, dans les pays européens, de l’exercice de la liberté religieuse.

Cet événement, qui a été organisé par la responsable de la lutte contre l’antisémitisme au sein de l’UE, Katharina von Schnurbein, a réuni des Juifs et des musulmans inquiets face à la double attaque de leurs méthodes traditionnelles d’abattage des animaux – des attaques qui ont, dans les faits, abouti des interdictions de ces méthodes dans certains pays.

Environ 30 responsables de l’UE et une vingtaine de leaders communautaires étaient présents, selon des personnes qui ont assisté à cette rencontre.

« Nous avions eu des sessions antérieures où la shehita avait été défendue », explique le rabbin Menachem Margolin, utilisant le mot en hébreu pour désigner l’abattage respectueux de la casheroute. Margolin dirige l’Association juive européenne dont le siège se trouve à Bruxelles.

La réunion de jeudi, ajoute-t-il, « a été la première à avoir été mise en place pour nous offrir une plateforme – jusqu’à présent, nous venions et nous faisions part de nos arguments aux côtés d’autres, qui étaient opposés à nos méthodes ».

Les activistes œuvrant dans la défense des droits des animaux déclarent que la shehita et la zabiha, le rite musulman d’abattage des animaux, sont cruelles parce qu’elles comprennent l’étourdissement de l’animal avant sa mise à mort.

Les défenseurs de ces rites déclarent que les animaux ne souffrent pas davantage que dans les autres méthodes d’abattage qui présentent un plus grand nombre de dysfonctionnements et qui accordent également une attention moindre à l’animal en tant que tel.

Ces dernières années, l’opposition aux rites juif et musulman d’abattage n’a cessé de s’élargir, les partis de droite adoptant ce positionnement dans le cadre de leur engagement visant à réduire la présence de l’islam dans la société – et la présence du judaïsme dans certains cas.

Quand les leaders communautaires juifs avaient porté plainte contre les interdictions récentes de ce type d’abattage dans deux des trois États qui forment la Belgique devant la Cour européenne, cette dernière leur avait infligé une défaite cuisante en maintenant ces interdictions dans un jugement rendu en 2021 – une décision que l’ambassadeur israélien en Belgique avait qualifié de « catastrophe » et de « coup porté à la vie juive en Europe ».

Ce jugement aura donc ajouté le nom de la Belgique à la liste des pays de l’Union européenne où l’abattage rituel est illégal – avec parmi eux le Danemark, la Suède, la Finlande, l’Estonie et la Slovénie.

En 2011, les Pays-Bas avaient rejoint brièvement cette liste – mais l’interdiction avait néanmoins été renversée en 2012 par le sénat qui avait cité la nécessité de respecter la liberté de culte. La Pologne avait aussi mis hors-la-loi l’abattage rituel en 2013 avant de faire volte-face, l’interdiction ne concernant dorénavant que la viande à l’exportation.

« Et dans ce contexte, les responsables de l’UE qui n’hésitent pourtant pas à critiquer les États-membres sur certaines questions, ont tout simplement ignoré nos demandes d’intervention sur la question de la viande », regrette Margolin. « Le fait que l’Union européenne ait finalement décidé de créer un événement centré sur la défense de l’abattage rituel, ou qu’elle ait accepté d’écouter, tout du moins, nos arguments, est un premier pas encourageant sur un chemin qui devra résulter sur une législation qui ancrera le droit des minorités à continuer d’exercer leur liberté religieuse ».

Von Schnurbein qui, en 2015, était devenue la première coordinatrice européenne chargée de la lutte contre l’antisémitisme, s’était tenue à l’écart du débat pendant la plus grande partie de son mandat. Mais elle s’est exprimée de plus en plus souvent sur la question depuis l’interdiction décidée en Belgique, une interdiction initialement prônée par un parti de droite et avancée par un parti socialiste. Elle avait estimé, au mois de janvier, que cette interdiction risquait de faire passer les minorités juive et musulmane comme « médiévales » lors d’une réunion de l’Union européenne.

« Le fait que Katharina ait été initiatrice de l’événement est aussi significatif parce que cela place de manière correcte le débat sur l’interdiction de la shehita dans le cadre de l’antisémitisme », commente Margolin.

Une demande de réaction adressée à Von Schnurbein par JTA était restée sans réponse au moment de la rédaction de cet article.

Shimon Cohen, directeur du groupe juif britannique Shechitah UK, a également fait le lien entre antisémitisme et abattage rituel lors de l’événement, jeudi. Cohen a noté que la première interdiction de la shechitah en Europe avait été prononcée en Suisse, au 19e siècle, de manière à rendre le pays moins hospitalier pour les Juifs qui fuyaient les pogroms en Russie.

Les nazis, eux aussi, avaient interdit l’abattage rituel juif tôt, a souligné Deborah Lipstadt, envoyée spéciale à la lutte contre l’antisémitisme à l’étranger de l’administration Biden, lors de sa prise de parole. Elle a expliqué que les États-Unis reconnaissaient qu’il était important d’autoriser l’abattage religieux et elle a vivement demandé aux députés européens d’inclure des exemptions pour les groupes religieux dans les législations concernant la production de viande.

« Il y a une façon facile de promouvoir à la fois le bien-être animal et de respecter les droits des membres des groupes minoritaires religieux », a-t-elle déclaré. « En exemptant l’abattage rituel dans les lois, les pays peuvent garantir que les animaux seront traités de manière plus humaine tout en préservant les droits ».

Dans ses propos tenus lors de la conférence, Cohen a affirmé que les lois existantes sur la liberté de culte n’étaient pas suffisantes pour garantir que la shehita conserverait sa légalité.

« La liberté de religion a été créée pour ceux qui croient à des choses, pas pour ceux qui font des choses », a dit Cohen. « Et la shehita est une action pratique positive dans le cadre de notre foi. De la même manière que les chrétiens se mettent à genoux, et l’idée d’interdire de se mettre à genoux est impossible. J’espère que cette réunion pourra être le premier pas vers une législation qui, au sein de l’Union européenne, ne permettra plus d’interdire la shehita. »

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