L’UE craint que les Palestiniens n’utilisent ses fonds pour le terrorisme
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L’UE craint que les Palestiniens n’utilisent ses fonds pour le terrorisme

"S'il y a le moindre souci, nous agirons immédiatement", a déclaré le le commissaire au Voisinage et à l'élargissement aux ambassadeurs de l'UE en Israël et dans les Territoires

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Olivér Várhelyi, le commissaire à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, lors d'une réunion de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, mai 2020. (Twitter)
Olivér Várhelyi, le commissaire à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, lors d'une réunion de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, mai 2020. (Twitter)

Un haut fonctionnaire de l’Union européenne (UE) a déclaré mardi qu’il avait demandé aux représentants du bloc en Israël et dans les Territoires palestiniens d’enquêter pour savoir si des fonds européens profitent aux terroristes ou à leurs alliés.

« Nous avons reçu un certain nombre de demandes des autorités israéliennes à cet égard, ainsi que du public en Israël. J’ai pris des mesures immédiates, j’ai demandé aux chefs des délégations à Tel Aviv, mais aussi en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, d’examiner la question », a déclaré Olivér Várhelyi, le commissaire au Voisinage et à l’élargissement, lors d’une réunion de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen.

« Ils devront regarder en profondeur, et s’il y a le moindre souci – n’importe quel souci – nous agirons immédiatement », a ajouté le diplomate hongrois.

« Il n’y a pas de financement du terrorisme par des fonds de l’UE. Tant qu’il y aura des fonds de l’UE, cela ne se produira pas. Cela ne sera pas toléré. Et si cela se produit, il y sera remédié. Et je veillerai moi-même à ce que cela soit fait et appliqué ».

Cet ancien ambassadeur de Hongrie auprès de l’UE est un sympathisant d’Israël. Son poste à la Commission européenne comprend « le renforcement des relations de l’UE avec ses voisins ».

Au début de ce mois, Bruxelles et Jérusalem ont débattu de la possibilité que l’UE finance des terroristes et leurs soutiens, après que l’ambassadeur du bloc dans les Territoires palestiniens a déclaré dans une lettre que les individus affiliés ou soutenant des organisations terroristes ne sont pas automatiquement inéligibles aux subventions de l’Union.

Le 7 mai, le ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de l’UE en Israël, Emanuele Giaufret, pour une mise au pas après la publication d’une lettre dans laquelle un haut fonctionnaire de l’UE en poste à Jérusalem-Est assure aux Palestiniens que l’appartenance ou les liens avec une organisation terroriste n’empêchent pas automatiquement une personne de participer à des programmes financés par l’UE.

« Israël condamne totalement et s’oppose catégoriquement à la politique de l’Union en matière de financement des organisations terroristes. Cette politique autorise essentiellement l’incitation, le soutien et la participation au terrorisme », a déclaré le ministère dans un communiqué publié peu après la rencontre entre Emanuele Giaufret et Anna Azari, directrice générale adjointe pour l’Europe à Jérusalem.

Alors que l’Union européenne insiste sur le fait qu’aucun argent ne doit aller à des individus qui poursuivent des activités terroristes, Israël proteste contre le fait que les fonds provenant de Bruxelles peuvent toujours aller à des projets ou des programmes qui bénéficieront aux partisans d’un groupe illégal, comme une subvention à un chercheur qui est également affilié au Hamas, groupe terroriste palestinien qui dirige la Bande de Gaza.

« Nous exigeons que l’UE mette immédiatement fin à tout soutien, financier ou autre, à toute entité qui soutient le terrorisme directement ou indirectement », avait alors déclaré le ministre des Affaires étrangères Israel Katz. « Comme l’expérience passée nous l’enseigne, le terrorisme est le terrorisme, et toute aide fournie ne fera qu’engendrer un terrorisme supplémentaire ».

Des enfants bédouins se trouvent sur les décombres de deux salles de classe financées par l’UE et détruites par l’armée israélienne dans le village d’Abu Nuwar en Cisjordanie, le 4 février 2018. (AP/Mahmoud Illean)

Dans cette lettre, signée par le chef de la mission de l’UE en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, Sven Kuehn von Burgsdorff, basé à Jérusalem-Est, l’UE a cherché à répondre aux préoccupations des Palestiniens qui craignent que des projets ne soient pas financés en raison d’une disposition stipulant qu’aucune personne ou entité figurant sur la liste noire du terrorisme de l’UE ne peut bénéficier de programmes ou de fonds de l’UE. Il était impossible de vérifier les antécédents personnels et l’affiliation politique de chaque candidat, se sont plaints les groupes palestiniens.

Dans une réponse de trois pages au réseau des ONG palestiniennes [Palestinian Environmental NGOs Network] basé à Ramallah, Sven Kuehn Von Burgsdorff a écrit qu’“il est entendu qu’une personne physique affiliée, sympathisante ou soutenant l’un des groupes mentionnés dans les listes restrictives de l’UE n’est pas exclue du bénéfice des activités financées par l’UE, sauf si son nom et son prénom exacts … correspondent à l’une des personnes physiques figurant sur les listes restrictives de l’UE ».

Si plusieurs groupes palestiniens – dont le Hamas, le Jihad islamique palestinien et le Front populaire de libération de la Palestine – sont répertoriés par l’UE comme des entités terroristes, aucun Palestinien n’est mentionné nommément.

Des terroristes du Jihad islamique palestinien assistent aux funérailles d’un compagnon de combat à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 14 novembre 2019. (Said Khatib/AFP)

L’UE a rejeté les déclarations des responsables israéliens, insistant sur le fait qu’elle ne soutient en aucune façon le terrorisme.

« Les allégations selon lesquelles l’UE soutient l’incitation à la haine ou le terrorisme sont infondées et inacceptables, et nous nous opposons fermement à toute suggestion de ce type », avait déclaré à l’époque une porte-parole de la délégation de l’UE à Ramat Gan au Times of Israel.

« L’UE a des règles strictes pour filtrer et contrôler les bénéficiaires des fonds européens », a-t-elle poursuivi, soulignant que tous les bénéficiaires de fonds européens doivent s’assurer que ces fonds « ne sont pas mis, directement ou indirectement, à la disposition d’entités, d’individus ou de groupes » qui figurent sur la liste noire du terrorisme de l’UE.

« Il s’agit notamment de veiller à ce que les sous-traitants, les personnes physiques, les participants aux ateliers et/ou aux formations ou les bénéficiaires d’un soutien financier accordé à des tiers ne soient pas détectés et soumis à des mesures restrictives de l’UE », a précisé la porte-parole. « Nous confirmons que ces règles rendent la participation d’entités, d’individus ou de groupes affiliés à des organisations terroristes incompatible avec tout financement de l’UE ».

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