L’UE et l’ONU dénoncent les démolitions d’un village bédouin
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L’UE et l’ONU dénoncent les démolitions d’un village bédouin

Le COGAT affirme que l'armée a détruit des structures qui avaient été érigées illégalement dans une zone de tirs réels

Des bédouines palestiniennes après la destruction de leur campement par l'armée israélienne, à l'est du village de Toubas, en Cisjordanie, le 3 novembre 2020. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)
Des bédouines palestiniennes après la destruction de leur campement par l'armée israélienne, à l'est du village de Toubas, en Cisjordanie, le 3 novembre 2020. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

L’Union européenne a condamné jeudi les démolitions à grande échelle de logements palestiniens et d’infrastructures par Israël et a réclamé l’abandon des projets de destruction d’écoles.

Les Européens protestent contre la démolition de plus de 70 logements et installations sanitaires appartenant à 11 familles palestiniennes avec 41 enfants à Khirbet Hamsa al-Foqa, dans le nord de la vallée du Jourdain, a déclaré dans un communiqué le porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

« Cette démolition à grande échelle confirme une fois de plus la tendance regrettable des confiscations et des démolitions depuis le début de l’année », a-t-il déploré.

« Elle s’ajoute à la menace de démolition de l’école palestinienne de la communauté de Ras Al-Teen, dans le centre de la Cisjordanie, qui a été cofinancée par l’UE et plusieurs États membres de l’UE », a-t-il souligné, précisant que 52 écoles palestiniennes étaient menacées de démolition.

L’UE rappelle que « l’éducation est un droit humain fondamental qui doit être protégé et maintenu ».

« De tels développements constituent un obstacle à la solution à deux États. L’UE demande une nouvelle fois à Israël de mettre un terme à toutes ces démolitions, y compris de structures financées par l’UE, compte tenu notamment de l’impact humanitaire de l’actuelle pandémie de coronavirus », a-t-il conclu.

La liaison militaire d’Israël avec les Palestiniens (COGAT) a déclaré qu’elle avait détruit des structures qui avaient été érigées illégalement sur une zone de tirs réels de l’armée israélienne. Khirbet Humsa est l’une des 38 communautés bédouines sur des terres que l’armée israélienne a accaparées pour ses activités de formation, selon l’ONU.

Israël a déclaré la zone comme étant une zone de tirs réels en 1972, selon les dossiers du tribunal. Les résidents bédouins de Humsa ont fait appel à la Haute Cour israélienne pour annuler la démolition imminente de leur hameau. En 2019, le tribunal a rejeté la requête et a décidé que les bergers n’avaient pas le droit de rester dans la zone.

« Une activité de contrôle a été menée par l’unité de supervision de l’administration civile contre 7 tentes et 8 enclos qui ont été illégalement construits dans un champ de tir situé dans la vallée du Jourdain », a rapporté le COGAT dans un communiqué.

Bien que la loi militaire israélienne interdise l’expulsion de résidents permanents d’une zone de tir, la Haute Cour a jugé que les résidents de Khirbet Humsa ne répondaient pas à cette norme.

« Les requérants n’ont aucun droit de propriété reconnu dans ces zones. Ce sont des intrus qui utilisent ces zones pour le pâturage », a déclaré la Haute Cour.

Les résidents palestiniens de Khirbet Humsa ont cependant rejeté la décision de la Cour, en déclarant au Times of Israel qu’ils ont vécu dans cette zone toute leur vie.

« Nous allons tout recommencer. Nous ne pouvons pas quitter cet endroit – j’ai été élevé ici, et mes enfants ont été élevés ici, et maintenant mes petits-enfants. C’est ma maison, et je n’ai nulle part ailleurs où aller », a déclaré Yasir Abu al-Kabbash, résident de Khirbet Humsa.

La vallée du Jourdain se trouve dans la zone C, sous sécurité israélienne et contrôle civil conformément aux accords d’Oslo de 1995. Selon ces accords, Israël est responsable de la planification et de la construction dans la zone. Les autorités israéliennes démolissent régulièrement les structures palestiniennes dans la zone C qu’elles considèrent comme illégalement construites.

Les Palestiniens rétorquent qu’Israël ne leur fournit aucune possibilité légale de construire. Selon le groupe de défense des droits de l’homme Bimkom, 98,6 % des demandes de permis de construire présentées par les Palestiniens de Cisjordanie entre 2016 et 2018 ont été rejetées.

Vue d’ensemble du campement bédouin détruit par l’armée israélienne, à l’est du village de Toubas, en Cisjordanie, le 3 novembre 2020. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Quelque 52 écoles palestiniennes dans la zone C sont sous le coup d’ordres de démolition, selon l’UE. Certaines de ces écoles, comme celle du petit village bédouin de Ras al-Tin, dans les collines du sud de Hébron, ont été construites grâce à des fonds de l’UE.

Les Nations unies ont également condamné la démolition et qualifié l’opération de violation des obligations d’Israël en vertu du droit humanitaire international.“

Comme cela a été réitéré dans les précédentes conclusions du Conseil de l’UE, l’UE appelle à la protection des enfants, notamment en garantissant leur droit à l’éducation dans un environnement scolaire sûr et sécurisé », a déclaré l’UE.

« Je rappelle à toutes les parties que la destruction massive de biens et le transfert forcé de personnes protégées dans un territoire occupé sont des violations graves de la quatrième Convention de Genève », a déclaré Yvonne Helle, haut fonctionnaire des Nations unies.

« Tout en assurant que la communauté humanitaire est prête à soutenir tous ceux qui ont été déplacés ou autrement touchés, je réitère avec force notre appel à Israël pour qu’il mette immédiatement fin aux démolitions illégales », a-t-elle ajouté.

Selon B’Tselem, un groupe de défense des droits de l’Homme controversé, 798 Palestiniens de Cisjordanie se sont retrouvés sans abri suite aux démolitions israéliennes cette année, le nombre le plus élevé depuis que l’organisation a commencé à recueillir des données en 2016.

« L’anéantissement de toute une communauté en une seule fois est extrêmement rare », a déclaré Amit Gilutz, un porte-parole de B’Tselem. « Il semble qu’Israël se servait du fait que l’attention de tout le monde est actuellement fixée ailleurs pour procéder à cet acte inhumain ».

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