L’unité Netzah Yehuda, impliquée dans des controverses, quittera la Cisjordanie
Le bataillon religieux sera transféré au nord ; Tsahal assure que sa décision n'est pas liée aux récentes violences mais qu'elle vise à "diversifier le déploiement opérationnel"
Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.
L’armée israélienne a annoncé qu’elle allait temporairement retirer de Cisjordanie, pour la première fois, une unité de soldats ultra-orthodoxes qui a été au centre de plusieurs controverses liées à des activités d’extrême droite et à des violences contre les Palestiniens.
Lors d’un point presse lundi, l’armée israélienne a déclaré que le bataillon Netzah Yehuda, qui fait partie de la brigade Kfir, serait transféré sur le plateau du Golan, le long du front nord, à la frontière israélo-syrienne, d’ici la fin de l’année.
L’armée a nié que la décision était liée à la série d’incidents controversés et violents survenus au cours de l’année écoulée, notamment la mort d’Omar Asad, un Américain d’origine palestinienne de 78 ans, décédé après avoir été détenu, menotté, les yeux bandés, puis abandonné au cours d’une nuit de janvier presque glaciale par des soldats du bataillon.
Elle a déclaré que la décision « a été prise dans le but de diversifier leur déploiement opérationnel dans de multiples domaines, en plus d’accumuler plus d’expérience opérationnelle ».
Elle a précisé que l’unité retournerait en Cisjordanie à la fin de l’année 2023.
Toutes les autres unités d’infanterie de Tsahal, y compris les autres bataillons de la brigade Kfir, effectuent fréquemment des rotations entre différentes frontières.
Netzah Yehuda, en revanche, est restée en permanence en Cisjordanie depuis le début des années 2000, d’abord dans la vallée du Jourdain, puis dans les environs de Jénine, de Tulkarem et plus tard de Ramallah.
Netzah Yehuda a été créé pour que les soldats ultra-orthodoxes et religieux puissent effectuer leur service militaire sans pour autant avoir l’impression de compromettre leurs croyances. Les soldats n’ont pas la même interaction avec les femmes que les autres militaires et disposent de plus de temps pour la prière et l’étude religieuse.
Les incidents controversés et violents, en particulier la mort d’Asad, ont accru les appels de certains, dont le ministre des Affaires de la diaspora Nachman Shai, à fermer le bataillon.
Une enquête de Tsahal sur ce qui s’est passé le 12 janvier dernier a qualifié la mort d’Asad de « manquement moral » de la part des soldats impliqués. Deux officiers subalternes ont été démis de leurs fonctions à la suite de l’incident et le chef de l’unité, le bataillon Netzah Yehuda, a été formellement sanctionné.
Tsahal envisage également d’inculper un officier et un soldat impliqués dans l’incident.
Israël a dû faire face à une pression intense de la part des États-Unis pour enquêter sur ce décès et traduire les responsables en justice, Asad ayant également la citoyenneté américaine.
Des membres du bataillon ont également été condamnés par le passé pour avoir torturé et maltraité des prisonniers palestiniens.