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Macron à Abdallah II : reconnaître un Etat palestinien n’est pas « un tabou »

En recevant à l'Elysée le roi de Jordanie, le président français a aussi alerté sur le "désastre humanitaire sans précédent" et le "tournant" que provoquerait une offensive israélienne à Rafah

Illustration : Le président français Emmanuel Macron accueille le roi Abdallah II de Jordanie avant une réunion au palais de l'Élysée à Paris, le 16 février 2024. (Crédit : Ludovic MARIN / AFP)
Illustration : Le président français Emmanuel Macron accueille le roi Abdallah II de Jordanie avant une réunion au palais de l'Élysée à Paris, le 16 février 2024. (Crédit : Ludovic MARIN / AFP)

Emmanuel Macron a apporté vendredi un soutien de poids, celui de la France, aux partisans d’une reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien, assurant que ce n’était pas « un tabou » malgré les mises en garde d’Israël face à cette perspective qui s’esquisse chez certains alliés occidentaux.

En recevant à l’Elysée le roi Abdallah II de Jordanie, le président français a aussi alerté sur le « désastre humanitaire sans précédent » et le « tournant » que provoquerait une offensive israélienne contre la ville palestinienne de Rafah, où près d’un million et de demi de Palestiniens sont piégés à la frontière avec l’Egypte.

Depuis le 7 octobre, date à laquelle le Hamas a envoyé 3 000 terroristes armés en Israël, le 7 octobre, pour mener une attaque brutale au cours de laquelle ils ont tué près de 1 200 personnes et pris en otage 253 personnes, pour la plupart des civils, Paris affirme que seule la « solution à deux Etats », israélien et palestinien, peut sortir la région de l’ornière.

Et se réjouit que cette idée ancienne, en sourdine pendant des années, ait été remise clairement à l’ordre du jour par les Etats-Unis.

Il faut lui donner « un élan décisif et irréversible », a martelé vendredi le président français.

Mais il a franchi, pour la première fois, un pas diplomatique notable en menaçant d’un feu vert unilatéral en l’absence de volonté israélienne d’aboutir à une telle solution par des négociations.

Des Palestiniens déplacés se tenant devant leurs tentes, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 14 février 2024. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

« La reconnaissance d’un Etat palestinien n’est pas un tabou pour la France », a ainsi prévenu Emmanuel Macron.

« Nous le devons aux Palestiniens, dont les aspirations ont été trop longtemps piétinées. Nous le devons aux Israéliens qui ont vécu le plus grand massacre antisémite de notre siècle. Nous le devons à une région qui aspire à échapper aux promoteurs de chaos et aux semeurs de revanche », a-t-il ajouté.

« Récompense au terrorisme »

La communauté diplomatique plaide depuis des années pour la reconnaissance mutuelle par les Israéliens et les Palestiniens de deux Etats vivant en paix côte à côte. Après avoir été au cœur des négociations menées sous l’égide des Etats-Unis à la fin des années 1990 et au début des années 2000, cette perspective est au point mort depuis des années.

Près de 140 pays ont reconnu unilatéralement un Etat palestinien, mais aucune grande puissance occidentale ou membre du G7. Une reconnaissance française ou européenne, voire américaine, aurait surtout un poids diplomatique : sans paix ni négociations, un tel Etat serait difficilement viable.

Mais en brandir la menace apparaît comme un moyen de pression supplémentaire sur Israël.

S’agit-il d’une stratégie coordonnée ? Les déclarations d’Emmanuel Macron interviennent alors que plusieurs signes en faveur d’une possible reconnaissance occidentale se sont manifestés récemment.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est d’ailleurs monté au créneau jeudi pour rejeter toute reconnaissance internationale d’un Etat palestinien hors négociations israélo-palestiniennes, affirmant qu’une telle initiative « offrirait une énorme récompense au terrorisme ».

Parmi les dirigeants européens les plus sensibles à la cause palestinienne, l’Espagnol Pedro Sanchez a estimé dès novembre que reconnaître un Etat palestinien était « dans l’intérêt de l’Europe », sans écarter une décision unilatérale.

Plusieurs pays européens ont déjà franchi ce pas, comme la Hongrie, la Pologne ou la Roumanie. Mais la plupart l’ont fait avant d’entrer dans l’Union européenne.

Fin janvier, le chef de la diplomatie britannique David Cameron a lui aussi évoqué la nécessité d’examiner, avec les alliés du Royaume-Uni, « la question de la reconnaissance d’un Etat palestinien, y compris aux Nations unies », qui pourrait contribuer « à rendre ce processus irréversible ». Londres a toutefois dû assurer que sa position n’avait pas varié.

Surtout, des médias américains ont rapporté ces toutes dernières semaines qu’une reconnaissance d’un l’Etat palestinien n’était pas exclue par Washington. Le site d’informations Axios, généralement bien renseigné sur ces dossiers, a écrit que le secrétaire d’Etat Antony Blinken avait demandé à ses services de lui présenter les options sur une possible reconnaissance américaine et internationale après la guerre à Gaza.

Le chef de la diplomatie américaine a plaidé publiquement la semaine dernière à Tel Aviv pour la définition d’un « chemin concret, irréversible et sur la base d’un calendrier vers un Etat palestinien vivant en paix et en sécurité à côté d’Israël ».

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