Mahmoud Abbas rejette la démission de son chargé de liaison avec les Israéliens
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Mahmoud Abbas rejette la démission de son chargé de liaison avec les Israéliens

Mohammed al-Madani a présenté sa démission samedi après que la commission qu'il dirige a été critiquée pour des réunions organisées entre Israéliens et Palestiniens

Le membre Muhammad Al-Madani du Comité central du Fatah (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israel)
Le membre Muhammad Al-Madani du Comité central du Fatah (Crédit : Elhanan Miller / Times of Israel)

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a rejeté la démission d’un haut responsable chargé des relations avec les Israéliens, ont fait savoir lundi plusieurs membres de la Commission d’interaction avec la société israélienne, au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Mohammmed al-Madani, chef de cette commission de l’OLP, avait présenté samedi sa démission à Abbas après de sévères critiques, en particulier sur les réseaux sociaux, contre des réunions entre Israéliens et Palestiniens organisées par l’instance au mois de février.

Abbas a informé ce dernier de sa décision de rejeter sa démission lors d’une rencontre avec des membres de la commission au siège présidentiel de l’Autorité palestinienne à Ramallah lundi.

« Le président a dit à Madani qu’il n’accepterait pas sa démission », a fait savoir Ashraf al-Ajrami, membre de la commission et ancien ministre de l’AP, dans un entretien téléphonique. « Madani a accepté de conserver son poste et a quitté la réunion à la fois rassuré et soutenu ».

Ce membre du comité central du Fatah dirige la commission depuis sa création en 2012, après l’accession des Palestiniens au statut d’État observateur non membre aux Nations unies.

Au cours de la rencontre de lundi, Abbas a déclaré aux membres de la commission qu’il les « saluait » et que les autorités palestiniennes n’accepteraient pas que qui que ce soit les « rabaisse ».

« Nous vous soutenons. La présidence et le gouvernement vous soutiennent de toutes leurs forces », a indiqué Abbas, des propos qui ont été diffusés dans un enregistrement sur Palestine TV, la chaîne officielle de l’AP.

« Je sais que le travail que vous faites est nationaliste », a-t-il continué. « Nous apprécions totalement le fait que vous alliez vers l’autre partie, que vous preniez la parole dans leurs habitations et que vous les persuadiez que vous adorez la paix, que vous voulez la paix ».

Le politicien palestinien et directeur du conseil législatif palestinien Abdallah Abdallah (à gauche), le député israélien Hilik Bar (au centre) et le membre du comité central du Fatah Mohammad Madani à la Knesset à Jérusalem, le 31 juillet 2013, avec les drapeaux israélien et palestinien derrière eux. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

« Nous vous défendrons et nous vous protégerons avec tous les outils juridiques à notre disposition. Nous avons commencé à le faire dès aujourd’hui », a-t-il ajouté sans donner de détails.

Ces dernières années, l’Autorité palestinienne a réprimé des dizaines de sites internet et pages Facebook affiliées au groupe terroriste du Hamas et autres détracteurs de sa gouvernance et de ses politiques.

Les rencontres organisées par la commission qui ont été récemment critiquées ont inclus un rassemblement d’Israéliens et de Palestiniens à Tel Aviv, le 14 février, au cours duquel les manifestants ont fait part de leur rejet du plan de résolution du conflit mis au point par l’administration Trump, ainsi qu’une série de points-presse organisés pour les journalistes israéliens à Ramallah, le 16 février, en présence de responsables palestiniens.

Plusieurs activistes palestiniens, ainsi que le Hamas et des branches locales du Fatah, en Cisjordanie, ont considéré que ces différents événements s’apparentaient à une « normalisation » avec Israël.

À Ramallah, une petite manifestation contre ces rencontres avait eu lieu le 17 février, et les étudiants de l’université Birzeit avaient mis le feu à une photographie montrant les journalistes israéliens rencontrant un responsable palestinien, dans la même journée.

Les photos et les noms des Palestiniens ayant participé au rassemblement de Tel Aviv avaient aussi été publiées sur les réseaux sociaux, un effort semblant destiné à les humilier.

Jihad Harb, expert de la politique palestinienne, estime que les critiques des rassemblements organisés récemment par la commission reflètent « la frustration et la désillusion » d’une partie du public palestinien face aux circonstances politiques actuelles, et notamment après la révélation du contenu du plan de paix américain le 28 janvier.

« Certains Palestiniens se sentent tellement impuissants face au processus de paix et à la situation politique qu’ils ne veulent voir aucune interaction entre les Israéliens et les Palestiniens », a-t-il dit dans un entretien accordé la semaine dernière tout en ajoutant que le plan américain avait exacerbé leur désespoir.

« Pour ces gens, le positionnement adopté par les Israéliens qui assistent à ces rencontres sur la question palestinienne importe peu », a-t-il regretté.

Rompant avec les administrations américaines précédentes, le plan prévoit la création d’un État palestinien dans environ 70 % de la Cisjordanie, dans une petite poignée de quartiers de Jérusalem-Est, dans la majeure partie de la bande de Gaza et dans certaines zones du sud d’Israël – si les Palestiniens reconnaissent Israël comme un État juif, désarment le Hamas et d’autres groupes terroristes dans l’enclave gazaouie et remplissent d’autres conditions.

Le plan permet également à Israël d’annexer des implantations, d’accorder à l’État juif la souveraineté sur la vallée du Jourdain et un contrôle sécuritaire primordial à l’ouest du fleuve et d’interdire aux réfugiés palestiniens de s’installer en Israël.

Harb a ajouté que de nombreux Palestiniens ne s’opposaient pas aux événements organisés par la commission, mais ne le disaient pas en public.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, arrive pour rencontrer les Israéliens au siège présidentiel de l’AP à Ramallah, le 5 janvier 2017 (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

Ziad Darwish, membre de la commission et cousin du défunt poète palestinien controversé Mahmoud Darwish, a fait savoir que l’instance avait annulé des rencontres avec les Israéliens, la semaine dernière, en réaction aux critiques.

« Nous avons reporté deux réunions, mais nous allons les reprogrammer maintenant que nous avons rencontré le président Abbas », a-t-il dit.

Le chef de l’Autorité palestinienne figurait parmi les premiers membres du Fatah à chercher le dialogue avec les Israéliens, et a rencontré plusieurs Israéliens accueillis par la commission à Ramallah.

Selon Ziad Darwish, depuis sa fondation, la commission a accueilli des centaines de rencontres avec des Israéliens.

Il a expliqué que Manadni avait été déçu que des cadres du Fatah et de l’OLP n’aient pas immédiatement pris la défense de la commission lorsqu’elle a essuyé un torrent de critiques, la semaine dernière.

« Il s’attendait à recueillir des expressions de soutien alors que nous étions attaqués », a-t-il dit. « Mais tout a été clarifié maintenant depuis que le président a dit que lui et les autorités nous soutenaient pleinement ».

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