Mairie de Jérusalem : Azaria se retire de la course, soutient Elkin
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Mairie de Jérusalem : Azaria se retire de la course, soutient Elkin

Il y a 10 ans, la députée de Koulanou se battait pour figurer sur les pubs des bus de Jérusalem ; aujourd'hui, l'ex-adjointe au maire dit que sa ville natale est en pleine mutation

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Rachel Azaria, députée de Koulanou, et candidate à la mairie de Jérusalem (Autorisation).
Rachel Azaria, députée de Koulanou, et candidate à la mairie de Jérusalem (Autorisation).

Rachel Azaria, députée de Koulanou, a annoncé mercredi son retrait dans la course électorale pour la mairie de Jérusalem et exprimé son soutien à Zeev Elkin, ministre de la Protection de l’environnement, membre du Likud et favori pour ces élections.

« Je suis fière d’avoir eu l’occasion historique d’être une femme candidate à la mairie [de Jérusalem] et d’avoir brisé ce plafond de verre », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse dans la capitale mercredi soir.

« Je retire ma candidature par sens des responsabilités pour Jérusalem. »

Suit une interview datant de sa candidature :

En pensant à sa campagne nouvellement lancée pour devenir la première femme maire de Jérusalem, Rachel Azaria, la députée de Koulanou, a évoqué avec nostalgie le « retour à Jérusalem » et a souligné combien elle se languissait de la ville où elle est née.

Ce qui était quelque peu particulier, étant donné que notre entretien avait lieu dans son bureau de la Knesset, au cœur de Jérusalem. Mais du point de vue d’Azaria, malgré son emplacement, la tour législative siégeant au sommet de la colline qui découpe la ligne d’horizon de la capitale est très éloignée des résidents qui se trouvent au pied de ses portes fortifiées.

« La Knesset, en général, est déconnectée du public », a déclaré l’ancienne adjointe au maire et membre du conseil municipal de Jérusalem pendant sept ans, qui est entrée au Parlement israélien et dans la coalition gouvernementale en 2015.

En tant que députée du parti de coalition de centre-droit Koulanou, « j’ai rencontré un grand nombre de groupes, beaucoup de gens, et je leur ai demandé : « Combien de députés avez-vous déjà rencontrés ? En général, ils m’ont dit que j’étais la première. Et quand je leur demandais : « Combien d’entre vous ont rencontré votre maire ? Presque tous levaient la main. C’est la différence qui existe entre les conseils municipaux et la politique nationale », a-t-elle expliqué.

Incisive et professionnelle, Azaria s’assied pour sa première tasse de café de la journée (« les campagnes vous donnent de l’énergie ! »), dans un emploi du temps chargé afin de régler divers problèmes législatifs à la Knesset avant de dire adieu au Parlement.

Quel que soit le résultat de la course à la mairie d’octobre, Azaria se retirera de la politique nationale et retournera au conseil municipal de Jérusalem.

Récapitulant sa carrière parlementaire de trois ans, elle a fait état de cinq lois visant à aider les parents qui travaillent, dont la prolongation du congé de maternité payé, parmi les diverses initiatives dont elle est la plus fière d’avoir accomplies alors qu’elle était à la Knesset.

Beaucoup de ces propositions étaient des amendements aux lois, a-t-elle progressivement découvert, proposés par une jeune Golda Meir au cours de la première décennie de l’existence d’Israël.

Azaria, 40 ans, a annoncé fin juin qu’elle se présentait aux élections municipales de Jérusalem, rejoignant ainsi une longue liste de candidats à la course, dont son collègue Zeev Elkin (Likud), le candidat de Hitorerut, Ofer Berkovich, Moshe Lion, membre du conseil municipal de Jérusalem, Yossi Havilio, ancien conseiller juridique municipal et Avi Salman, peu connu.

Rejetant les prédictions largement diffusées selon lesquelles le large éventail de candidats (y compris Berkovich et Elkin) attirant les communautés laïque et orthodoxe moderne de la ville pourrait permettre à un candidat ultra-orthodoxe de gagner, Azaria, une mère moderne-orthodoxe de quatre enfants, affirme élargir le vote pluraliste des laïcs, des religieux et des Haredi modernes de Jérusalem.

La députée, Rachel Azaria (Koulanou), lors d’une réunion de la Knesset, le 6 novembre 2017 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

La présidente du Comité des réformes de la Knesset, Mme Azaria, a déclaré qu’elle considérait que son rôle politique au Parlement israélien était une source de satisfaction et qu’elle ne considérait pas cette décision comme un renoncement.

Au contraire, Azaria a insisté sur le fait qu’elle avait toujours eu l’intention de revenir travailler au niveau municipal, en s’attaquant à ce qu’elle considère comme ses défis les plus urgents : le logement et la rénovation urbaine pour éviter une crise de congestion imminente ; la création d’opportunités d’emploi et de centres d’affaires dans les quartiers résidentiels ; la lutte contre la grave pénurie de salles de classe, notamment dans les écoles haredi ; la résolution des problèmes immobiliers et la relance du financement des mouvements de jeunesse.

Les changements réels qui se produisent dans la société israélienne ainsi que la diminution graduelle des frontières communautaires se produisent à un rythme plus rapide à Jérusalem, a-t-elle dit de la plus grande ville du pays qui compte une population laïque, orthodoxe moderne, ultra-orthodoxe, et arabe.

Est-ce que Jérusalem élirait une femme comme maire ?

En 70 ans d’histoire d’Israël, aucune femme n’a jamais occupé le poste de maire dans ses trois grandes villes de Tel Aviv, Jérusalem ou Haïfa.

Actuellement, 98 % des conseils municipaux sont dirigés par des hommes, avec seulement quatre exceptions sur 201 municipalités – Netanya, Yehud, Or Yehuda et Ganei Tikva, selon un rapport de la Knesset de mars.

Militante de longue date sur les problèmes de la religion, de l’État et des femmes, Azaria s’est engagée dans une bataille juridique (dans laquelle elle a triomphé) pour faire en sorte que son visage et ceux des membres féminins de sa faction Yerushalmim soient imprimés sur les publicités des bus de la ville.

La compagnie de bus Egged avait refusé par crainte que les images n’offensent sa clientèle ultra-orthodoxe dans la capitale, où un tiers des résidents juifs se définissent comme Haredi.

La dernière affiche du parti Yerushalmim sur les bus Egged pour sa campagne contre la ségrégation dans la sphère publique (Avec l’aimable autorisation de Yerushalmim).

Dix ans après une lutte acharnée concernant la soi-disant disparition des femmes de la sphère publique, pense-t-elle que la ville conservatrice élirait une femme comme maire ?

En guise de réponse, Azaria a pointé ce qu’elle décrit comme une véritable ouverture entre les différentes communautés de la ville.

Une recherche interne menée dans le cadre de sa campagne sur les habitants de Jérusalem a révélé que 75 % des 869 personnes interrogées qui ont le droit de vote ont rejeté l’affirmation selon laquelle le maire de la ville doit « choisir un camp » entre laïc et ultra-orthodoxe ; 67 % ont déclaré que le changement réel ne viendra à Jérusalem que lorsque les laïques et les Haredim uniront leurs forces ; et parmi les ultra-orthodoxes, quelque 30 % ont indiqué que les opinions ou le soutien de leur rabbin ne détermineront pas leur vote pour le poste de maire. Reconnaissant que certains segments de la communauté Haredi ne voteraient jamais pour une candidate, Azaria a déclaré que son enquête interne lui donnait néanmoins une chance de gagner.

Opposer les laïques aux ultra-orthodoxes est une « politique d’il y a dix ans », a-t-elle précisé, s’engageant à ne pas attiser les tensions entre les différentes communautés dans sa campagne à des fins politiques.

Ce n’est pas ‘Hallelujah’ ou ‘We are the World’. Le défi est de taille… Mais ce à quoi nous assistons est une évolution.

Elle attribue le passage de la politique identitaire à la coopération intercommunautaire dans sa stratégie à des politiques basées sur la population – par exemple, pour les parents, les jeunes enfants, les personnes âgées, etc., basées sur des intérêts et des problèmes communs plutôt que sur des avantages communautaires.

« Il y a beaucoup de personnes qui ne reçoivent pas ce qui leur est dû parce que nous avons l’habitude de considérer les sujets selon les communautés », a-t-elle expliqué.

En préconisant des politiques ciblant les populations en fonction de l’âge ou de la démographie plutôt qu’en fonction de la religion ou de l’appartenance politique, les clivages entre les différents groupes « s’adoucissent », a-t-elle affirmé.

« Je pense que chaque groupe à un moment donné, a rêvé que l’autre groupe disparaisse », avant de réaliser que finalement « cela n’arrivera pas », a dit Azaria.

Un homme juif brandissant le drapeau israélien se dispute avec une femme arabe alors que des milliers de personnes célèbrent la Journée de Jérusalem en dansant en traversant la Porte de Damas sur leur chemin vers le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 13 mai 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous ne nous aimons pas nécessairement les uns les autres, nous avons même parfois peur les uns des autres », a-t-elle poursuivi, notant en passant sa maîtrise en résolution de conflits.

« Mais nous comprenons que personne ne disparaîtra. Et quand vous commencez à réaliser cela, vous vous dites : « OK, ce groupe a des enfants qui ont besoin d’une salle de classe, et celui-ci a des enfants et a besoin d’un jardin d’enfants, d’une piste cyclable, d’un sentier piétonnier ».

En fin de compte, Jérusalem est une ville et ses habitants peuvent trouver un dénominateur commun aux détails de la vie quotidienne et des services, a-t-elle dit.

Ce n’est pas ‘Hallelujah’ ou ‘We are the World’. Le défi est de taille, c’est une ville difficile. Mais ce à quoi nous assistons est une évolution. Il y a dix ans, nous n’aurions jamais imaginé que laïcs et religieux seraient partenaires dans un tel processus. C’est un processus dans lequel un grand nombre de gens disent : « Nous voulons vivre ici ensemble. »

Terres de l’Église, logements, bassins d’emploi

Parmi les questions les plus urgentes auxquelles Azaria pense que Jérusalem doit faire face, il y a le logement et l’urbanisme. Avec peu de place pour l’expansion à l’ouest et à l’est, la capitale fait face à une pénurie de logements qui, selon Azaria, pourrait être corrigée en accélérant les projets de rénovation urbaine, connus sous le nom de « pinui-binui », et nécessite une meilleure planification de la construction dans son ensemble.

Alors que sa génération était encore capable d’acheter des appartements dans la capitale à un taux raisonnable dans les quartiers périphériques et en développement, a dit Azaria, qui vit à Katamone, il y a déjà huit ans que les jeunes ne peuvent plus acheter de logements à Jérusalem en raison de la flambée des prix.

En tant que députée, Azaria s’est également battue pour réglementer les questions de propriété, surtout dans un projet de loi visant à saisir des terres à Jérusalem vendues par des églises à des acheteurs anonymes en échange d’une compensation financière. Quelque 1 500 maisons ont été construites sur ces terrains avec un bail de 99 ans, qui expirera dans les années à venir et compromettra l’avenir des propriétaires.

En février, les dirigeants orthodoxes et catholiques ont fermé de manière spectaculaire l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem pour protester contre la loi d’Azaria et contre une nouvelle politique fiscale municipale, attirant l’attention du monde entier.

En conséquence, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a nommé un comité spécial dirigé par le ministre du Likud Tzachi Hanegbi pour superviser la loi.

Le Patriarche grec orthodoxe (au centre, avec la barbe blanche), entouré d’autres dirigeants d’églises, annonce que l’Église du Saint-Sépulcre doit être fermée à clé jusqu’à nouvel ordre, pour protester contre un projet de loi de la Knesset visant à limiter la liberté des églises de vendre des terres et la décision de la municipalité de Jérusalem de geler les avoirs des églises jusqu’à ce qu’elles paient les taxes municipales contestées. (Mab-CTS)

Azaria a salué la formation du comité, disant qu’il était en train d’élaborer un compromis avec les promoteurs immobiliers, et ajoutant qu’elle transmettrait le flambeau à d’autres députés du gouvernement.

« Si tout le monde agit raisonnablement, il n’y a aucune raison de recourir à l’expropriation. Mais s’ils commencent à maltraiter des personnes âgées de 80 ans, qui vivent dans leurs appartements [depuis des décennies], le gouvernement interviendra, a-t-elle précisé.

Jérusalem doit également améliorer son offre en matière d’emplois et créer des centres d’affaires en dehors du centre-ville, a déclaré Mme Azaria.

Malgré de généreux allégements fiscaux pour les entreprises, en particulier pour la haute technologie, « il n’y a pratiquement pas de dialogue entre les entreprises et la municipalité », a-t-elle dit.

S’engageant à créer une unité spéciale dans la municipalité dédiée à cette fin si elle est élue, Azaria s’est également engagée à convoquer des réunions fréquentes et une supervision rigoureuse pour tous les projets proposés par la municipalité afin d’obtenir des résultats.

« En fin de compte, c’est de la gestion, uniquement de la gestion », a-t-elle dit.

« Un manque de confiance » entre l’hôtel de ville et Jérusalem-Est.

« A mes yeux, Jérusalem constitue une seule ville. Tous les discours de division ne sont, à mon avis, pas pertinents », a dit Azaria,

En ce qui concerne Jérusalem-Est, l’ancien maire adjoint a déclaré que les principaux écarts entre l’est et l’ouest de la ville concernent l’éducation, la planification de la construction et les transports publics.

En ce qui concerne l’éducation, des écoles supplémentaires doivent être construites, tandis que la planification et les plans de transport public exigent « beaucoup plus de dialogue », a-t-elle dit, notant un « manque de confiance » chronique entre les dirigeants de Jérusalem-Est et la municipalité.

Mais pour souligner les améliorations de ces dernières années, Mme Azaria a déclaré qu’il n’était plus exact de dire que les unités de logement n’étaient pas approuvées par la municipalité pour Jérusalem-Est, et que les terrains destinés aux écoles situées à l’est étaient moins susceptibles de faire l’objet d’une construction illégale.

Des Palestiniens courent alors que la police israélienne émet des gaz lacrymogènes après les affrontements lors des prières du vendredi dans le quartier de Jérusalem-Est à Wadi al-Joz, le 28 juillet 2017 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Et il y a aussi des exemples de confiance et de coopération, a-t-elle dit.

Fin 2014, lors d’une flambée de violences, de nombreux agresseurs étaient des enfants et des adolescents de Jérusalem-Est qui fuyaient les autorités israéliennes en entrant dans les écoles palestiniennes, se souvient-elle.

La police des frontières israélienne était prête à entrer dans les écoles pour récupérer les assaillants lorsque la municipalité de Jérusalem a conclu un accord avec les directeurs arabes : S’assurer que les enfants sont à l’école, les garder à l’intérieur avec des activités parascolaires financées par la ville jusqu’au soir, et la police des frontières restera à l’extérieur.

« Les directeurs ont accepté. C’est arrivé à un point où ils venaient au domicile des enfants, les sortaient du lit et les amenaient à l’école », a dit Azaria, qui était maire adjointe à l’époque.

« C’était très impressionnant. »

« Je pense que Jérusalem est l’une de ces villes où, parce qu’elle peut exploser à tout moment, cela n’arrive pas », a-t-elle ajouté, saluant les efforts de la société civile en plus des opérations de sécurité de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet.

« Et l’une des raisons pour lesquelles cela n’arrive pas, c’est que beaucoup de gens travaillent très dur pour qu’il en soit ainsi. »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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