Majoritairement silencieux sur l’attaque chimique, les élus arabes israéliens sont divisés sur Assad
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Majoritairement silencieux sur l’attaque chimique, les élus arabes israéliens sont divisés sur Assad

Le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh a déclaré que son 'coeur souffre' pour les enfants victimes des attaques chimiques mais n'a pas condamné le régime

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le leader de la Liste arabe unie,  Ayman Odeh, durant le vote d'un projet de loi qui permettrait aux législateurs de suspendre des parlementaires de la Knesset, le 28 mars 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le leader de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, durant le vote d'un projet de loi qui permettrait aux législateurs de suspendre des parlementaires de la Knesset, le 28 mars 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Durant les six jours qui ont suivi les premières informations faisant état d’une attaque meurtrière aux armes chimiques dans la province syrienne d’Idlib, de nombreuses réactions ont émané des acteurs politiques israéliens. Les propos tenus par la majorité d’entre eux ne se sont distingués qu’en fonction du degré d’indignation exprimé, de l’immédiateté des appels en faveur d’un passage à l’action et dans l’ardeur du soutien qu’ils ont apporté aux frappes aériennes américaines.

Une exception, toutefois, est celle de la Liste arabe unie. Cette union de convenance de treize membres issus de quatre factions très différentes dirigées par les Arabes n’a pas condamné l’attaque au gaz.

Les membres de l’une des formations qui la constituent – le Hadash – a exprimé un certain soutien au régime du président Bashar Assad.

Selon un article paru dans Haaretz dimanche, la Liste arabe unie avait préparé un communiqué condamnant l’attaque mais la faction du Hadash s’y est opposée.

Un porte-parole du parti a expliqué au Times of Israël dimanche que le président de la formation Ayman Odeh avait fait part de la ligne officielle adoptée par la Liste arabe unie au cours d’un discours prononcé la semaine dernière à la Knesset et qu’aucune autre déclaration n’était planifiée.

Des partisans palestiniens de l'Organisation de la libération de la Palestine brandissent des drapeaux syriens et palestiniens aux côtés d'un portrait du président Bashar Assad lors d'une manifestation organisée le 9 avril 2017 dans la ville de Naplouse, en Cisjordanie, contre les frappes aériennes américaines en Syrie. (AFP/JAAFAR ASHTIYEH)
Des partisans palestiniens de l’Organisation de la libération de la Palestine brandissent des drapeaux syriens et palestiniens aux côtés d’un portrait du président Bashar Assad lors d’une manifestation organisée le 9 avril 2017 dans la ville de Naplouse, en Cisjordanie, contre les frappes aériennes américaines en Syrie. (AFP/JAAFAR ASHTIYEH)

Prenant la parole mercredi lors d’une session à la Knesset, Odeh, qui est également à la tête du Hadash, a exprimé son choc face aux photographies brutales de femmes et d’enfants empoisonnés au gaz sarin meurtrier mais n’est pas parvenu à critiquer le régime d’Assad pour être à l’origine de cette tragédie.

« Mon coeur souffre pour les enfants assassinés en Syrie tout comme il souffre pour les images des enfants tués au Yémen et à Gaza », a dit Odeh.

« Il doit y avoir une position de principe contre tout mal commis à l’encontre des citoyens, à tous les citoyens, et spécifiquement aux enfants indépendamment de leur religion », a-t-il ajouté.

Un enfant syrien inconscient transporté à l'hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)
Un enfant syrien inconscient transporté à l’hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d’Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

Tandis qu’Odeh n’a pas été le seul membre de la Knesset a éviter de mentionner Assad en s’exprimant sur l’attaque, cette omission a été considérée par certains comme conforme au soutien apparent accordé par la faction du Hadash au président syrien au cours des six années de guerre civiles qui ont enflammé ce pays, situé de l’autre côté de la frontière israélienne.

Au mois de décembre, dans un post, le secrétaire-général du Hadash, Adal Amar, avait été vivement critiqué pour avoir salué « l’unification d’Alep » après que la partie orientale de la ville syrienne est tombée sous le contrôle des forces du régime d’Assad.

Dans une réponse immédiate au post d’Amar, Odeh avait diffusé un communiqué où il mettait en cause la responsabilité du régime syrien, ajoutant néanmoins que le conflit a été « détourné par des groupes sauvages, comme Jabhat al-Nusra (un affilié d’al-Qaida) et l’Etat islamique ».

Prenant la parole jeudi dernier, la formation Hadash et le législateur issu de la Liste arabe unie Abdullah Abu Maaruf se sont, comme Odeh, attachés à dénoncer les atrocités commises par l’Etat islamique, minimisant celles du régime syrien. Il a même absous Assad de toute responsabilité.

« L’Etat islamique est responsable du meurtre de civils innocents en Syrie depuis six ans maintenant. Assad ne fait que protéger le peuple », a indiqué Marroff à l’armée militaire. « Si quelqu’un doit être critiqué, cela devrait être l’Arabie saoudite qui bombarde les citoyens au Yémen », a-t-il ajouté, se référant à un autre conflit dans la région.

Le député de la Liste arabe unie Dov Khenin à la Knesset (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)
Le député de la Liste arabe unie Dov Khenin à la Knesset (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Dov Khenin, le seul membre juif de la Knesset représentant le Hadash et la Liste arabe unie, a expliqué que la position adoptée par le parti était claire : « Toute attaque menée à dessein contre des civils est un crime, où qu’elle prenne place et l’utilisation d’armes chimiques est un crime de guerre ». Il a également toutefois omis de mentionner Assad par son nom, affirmant seulement qu’une enquête était nécessaire pour déterminer l’identité des responsables.

Les parlementaires issus des autres factions de la Liste arabe unie ont montré moins d’indulgence pour le rôle tenu par Assad, mais ils ont suivi la ligne adoptée par Odeh en mettant en cause l’intérêt particulier porté aux civils syriens au détriment de ce qu’ils ont qualifié de crimes similaires côté israélien.

« Bachar est un criminel de guerre et ce qu’il fait depuis que la révolution a commencé en 2011, est un massacre », a déclaré la parlementaire Hanin Zoabi, issue de la faction jusqu’au boutiste du Balad, au micro de la radio militaire jeudi.

Mais « l’armée israélienne est une criminelle de guerre elle aussi. Les deux [Assad et les soldats israéliens] devraient être traduits devant la Cour pénale internationale », a-t-elle ajouté, amorçant une vive querelle avec les animateurs de l’émission.

Les membres de la Liste arabe unie Jamal Zahalka (à gauche), Hanin Zoabi (à droite), Basel Ghattas (deuxième à droite) et Ayman Odeh (au centre) pendant la réunion de parti hebdomadaire à la Knesset, le 8février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les membres de la Liste arabe unie Jamal Zahalka (à gauche), Hanin Zoabi (à droite), Basel Ghattas (deuxième à droite) et Ayman Odeh (au centre) pendant la réunion de parti hebdomadaire à la Knesset, le 8février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le parlementaire Ahmed Tibi, qui dirige la faction Taal de la Liste arabe unie, qui a pris la parole après Zoabi, a indiqué qu’avec quatre factions séparées au sein de la formation, des différences d’opinions étaient inévitables et que lui-même ne soutenait personnellement pas tous les propos tenus par ses collègues.

« Ce qui est arrivé au cours de ces dernières années, pas seulement de ces derniers jours, est un crime de guerre et les responsables doivent payer. C’est mon opinion », a-t-il affirmé.

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