Malgré un soutien mondial, Israël se dresse seul contre l’Iran en Syrie
Rechercher
AnalyseParoles et paroles et paroles

Malgré un soutien mondial, Israël se dresse seul contre l’Iran en Syrie

De nombreux pays, dont Bahreïn, se sont rangés du côté de Jérusalem contre l'Iran. En attendant des mesures concrètes pour contrecarrer l’implantation de l’Iran en Syrie...

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Capture d'écran d'une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, montrant apparemment un tir de roquettes iraniennes visant des positions militaires israéliennes sur le plateau du Golan le 10 mai 2018. (Twitter)
Capture d'écran d'une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, montrant apparemment un tir de roquettes iraniennes visant des positions militaires israéliennes sur le plateau du Golan le 10 mai 2018. (Twitter)

La communauté internationale a soutenu, contrairement à son habitude, les frappes militaires israéliennes menées tôt jeudi contre les positions iraniennes et syriennes sur la partie sud du pays déchiré par la guerre.

Plusieurs pays ont condamné les attaques de roquettes iraniennes qui ont conduit aux frappes israéliennes – 20 roquettes tirées depuis la Syrie vers le nord d’Israël qui ont soit manqué leurs cibles (16) ou qui ont été interceptées par les batteries du Dôme de Fer (4) – et ont souligné le droit d’Israël de se défendre.

Cette dernière phrase – Israël se défendant lui-même – est cruciale.

Car si le conflit israélo-iranien se poursuit en escalade, – et étant donné la détermination apparente de Téhéran à s’implanter militairement en Syrie à tout prix, ce scénario semble de plus en plus possible – Israël sera seul. Personne, pas même ses meilleurs amis, ne se précipitera à son secours.

« Le déploiement par le régime iranien en Syrie de systèmes de roquettes et de missiles d’attaques visant Israël est une situation inacceptable et très dangereuse pour l’intégralité du Moyen-Orient », a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué.

Le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique de l’Iran, dont l’armée israélienne a dit qu’il était derrière les tirs de roquettes, « porte l’entière responsabilité pour les conséquences et les actions irréfléchis ».

Les Etats-Unis ont, à nouveau, incité l’Iran et ses armées alliées, y compris le Hezbollah, à ne pas prendre d’autres « mesures provocatrices ».

Washington a appelé « toutes les nations à exprimer clairement que les actions du régime iranien posent une menace grave pour la paix et la stabilité internationales ».

Au moment où la Maison Blanche publiait ce communiqué, plusieurs autres pays avaient déjà fait des déclarations similaires, comme la France et la Grande-Bretagne.

Le ministère des Affaires étrangères allemand a qualifié les attaques sur le Golan  » de provocation grave que nous condamnons fermement ». La chancelière Angela Merkel a appelé le président iranien Hassan Rouhani pour réitérer le soutien de Berlin à l’accord sur le nucléaire. Mais elle a aussi condamné l’attaque des Gardiens Révolutionnaires sur les positions israéliennes et a « incité l’Iran à contribuer à la désescalade dans la région ».

L’expression la plus surprenante du soutien venait pourtant du ministère des Affaires étrangères du Bahreïn, un petit pays du Golfe avec qui Israël n’a jamais eu de relations diplomatiques.

« Tant que l’Iran continuera avec le status quo de ses forces et de ses roquettes qui opèrent dans la région, n’importe quel pays – y compris Israël – aura le droit de se défendre en éliminant la source du danger », a déclaré sur son compte Twitter Khalid bin Ahmed Al-Khalifa, écrit en arabe.

Le soutien d’une action militaire israélienne d’envergure par un dirigeant arabe est extrêmement rare, si ce n’est sans précédent. Le commentaire d’Al Khalifa est encore plus surprenant étant donné que l’on pense que les Gardiens de la Révolution iranienne visaient des cibles militaires (et non civiles) sur le Plateau du Golan – un bout de terre conquis par Israël en 1967 et formellement annexé en 1981, mais que la communauté internationale considère toujours comme un territoire syrien occupé. (Même le communiqué de la Maison Blanche de jeudi parlait d’une attaque « contre des citoyens israéliens », évitant prudemment de décrire le Golan comme faisant partie de la souveraineté d’Israël).

Malgré les paroles compatissantes de diverses capitales, Israël se dresse seul devant l’hostilité croissante de l’Iran.

Aigrie par le retrait de l’administration américaine de l’accord sur le nucléaire et la destruction par Israël d’une bonne partie de son infrastructure militaire en Syrie, mais renforcée par les gains de territoire des troupes du régime d’Assad dans la guerre civile du pays et la récente progression du Hezbollah aux élections libanaises, la République islamique ne va probablement pas céder dans sa campagne pour attaquer l’Etat juif.

Le fardeau de défendre les frontières d’Israël des volées de roquettes, de drones chargés d’explosifs et d’autres dangereuses sortes d’infiltrations reposera seulement sur les responsables de la défense d’Israël.

Personne ne s’attend à ce que le Bahreïn ou même l’Allemagne et la France ne mette des hommes au sol pour aider Israël à repousser l’ennemi iranien. Et Jérusalem n’a jamais cherché l’assistance des troupes étrangères dans sa défense active.

Mais même les Etats-Unis, qui sont très pro-Israël, investiront apparemment très peu de ressources – pour ne pas dire aucunes – afin de combattre l’agression régionale de Téhéran comme elle se manifeste en Syrie.

Expliquant sa décision de mardi de se retirer de l’accord sur le nucléaire de 2015, le président Donald Trump a aussi cité « le comportement pernicieux [de l’Iran], y compris ses sinistres activités en Syrie ».

Washington cherche maintenant une « véritable solution globale et durable à la menace du nucléaire iranien » qui, selon Trump, incluera des efforts pour bloquer « l’activité menaçante [de Téhéran] à travers le Moyen-Orient ».

Jusqu’à ce qu’un accord de ce genre soit obtenu, « des sanctions puissantes seront mises en place », a déclaré Trump. Son discours, et ses commentaires ultérieurs en la matière, étaient dépourvus de toute menace d’action militaire. Il n’a certainement pas pris d’engagement concret afin d’agir pour empêcher l’implantation de l’Iran en Syrie.

Trump sait que sa base politique aux Etats-Unis déteste l’idée d’une implication américaine dans une autre guerre au Moyen-Orient. Il a ordonné, à deux reprises, des frappes militaires précises sur des objectifs syriens après que le président Bashar al-Assad a gazé sa propre population civile, mais toujours pris grand soin de préciser qu’il ne veut pas se laisser entraîner dans un autre conflit complexe sur le terrain.

De fait, il a exprimé le souhait d’un retrait des troupes américaines restantes en Syrie, dont la plupart sont des le nord du pays et qui se focalisent sur le combat contre l’Etat islamique.

« Nous forces sont en Syrie pour nous opposer à l’ISIS, pour vaincre l’ISIS », a déclaré Andrew Peek, Assistant du Secrétaire d’Etat américain.

« Le processus de limitation et de réduction de l’influence néfaste de l’Iran sera le produit d’une pression financière et politique », a déclaré Peek. D’autres priorités américaines en Syrie vont avancer « le processus politique » (à savoir les efforts internationaux d’obtenir un accord de paix permanent) et d’empêcher Assad d’utiliser des armes chimiques, a-t-il déclaré.

Washington n’a pas l’intention, a clairement expliqué Peek, de prendre des mesures concrètes pour contrecarrer les efforts de l’Iran à s’implanter militairement à proximité de la frontière d’Israël.

Amos Yadlin (Crédit : Flash90)

« Même avec le soutien américain et une ligne verte d’un président qui vous soutient, la campagne militaire restera à la charge d’Israël », a déclaré Amos Yadlin, ancien chef du renseignement militaire israélien et actuel directeur de l’Institut pour les Etudes de Sécurité National de Tel Aviv.

« La communauté internationale a besoin d’empêcher la Force Quds de l’Iran de s’implanter en Syrie, a demandé le Premier ministre Benjamin Netanyahu jeudi soir. Nous avons besoin de nous unir pour couper les tentacules du mal qui se propagent ici et partout ».

Son appel sera probablement ignoré. Quand il s’agit de l’Iran en Syrie, Israël a dû agir seul, et Israël devra agir seul.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...