Manif au Capitole: les Juifs unis contre l’antisémitisme mais divisés sur Israël
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Manif au Capitole: les Juifs unis contre l’antisémitisme mais divisés sur Israël

L'événement "No Fear" attire une série de sponsors couvrant le spectre religieux, de nombreuses organisations juives centrales de droite, mais pas de groupes de gauche

Une femme assiste à la manifestation "NO FEAR :Rallye en solidarité avec le peuple juif" au Capitole à Washington, le 11juillet 2021. (Crédit : Susan Walsh/AP)  
Une femme assiste à la manifestation "NO FEAR :Rallye en solidarité avec le peuple juif" au Capitole à Washington, le 11juillet 2021. (Crédit : Susan Walsh/AP)  

WASHINGTON (JTA) – Plusieurs milliers de personnes ont passé un après-midi étouffant devant le Capitole américain lors d’un rassemblement dimanche organisé pour dénoncer l’antisémitisme comme étant non américain et faisant valoir que l’identité juive et le soutien à Israël sont inextricables.

Tels étaient les messages fédérateurs de la manifestation intitulée « No Fear » de dimanche, qui a attiré environ 2 000 personnes, mais il y avait des différences entre les orateurs et la foule quant à la place précise d’Israël dans la lutte contre l’antisémitisme.

Certains des messages les plus virulents provenaient de personnes ayant subi des attaques antisémites ces dernières années. Un thème récurrent parmi ces intervenants était qu’ils ne s’attendaient pas à subir de telles attaques aux États-Unis.

Le rabbin Habad-Loubavitch Shlomo Noginsky, qui a reçu des coups de couteau lors d’une attaque à Boston le 1er juillet, est apparu avec le bras encore en écharpe, et dans une douleur évidente. « Je suis né en Union soviétique dans la ville de Saint-Pétersbourg », a déclaré Noginsky en hébreu, après avoir expliqué qu’il était encore trop souffrant pour pouvoir s’exprimer couramment en anglais. « Je me souviens que même lorsque j’étais un jeune enfant, j’avais fait l’expérience d’un antisémitisme terrible. Jamais dans mes rêves les plus sombres, je n’ai imaginé que je ressentirais la même chose ici, aux États-Unis, le pays de la liberté et des possibilités infinies. »

La foule a alors crié « héros ! ». Il avait tenu l’agresseur à distance à l’extérieur d’un établissement Habad où étaient présents une centaine d’enfants.

Un autre orateur, salué aussi comme un héros était le rabbin Jeffrey Myers, qui a dit avoir prononcé la prière juive avant la mort, alors qu’un tireur était abattait 11 fidèles dans la synagogue Tree of Life à Pittsburgh en octobre 2018. Myers avait été le premier à alerter la police.

« ‘Nous tenons ces vérités pour évidentes que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont tous dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la recherche du bonheur' », a déclaré Myers, en référence à la Déclaration d’indépendance. « Être un antisémite signifie que vous n’acceptez pas ce pacte d’être un Américain ».

Le rassemblement a attiré un large éventail d’organisations, couvrant le spectre religieux et de nombreuses organisations juives de droite et du centre pro-Israël.

On notera cependant l’absence de représentants de groupes plus à gauche qui avaient pourtant été invités à se joindre à la manifestation mais qui ont préféré ne pas y participer parce que certains des groupes parrainant l’événement adhèrent à une définition de l’antisémitisme qui englobe les sévères critiques à l’égard d’Israël, y compris le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanction (BDS) d’Israël. Des groupes comme
J Street et Americans for Peace Now s’opposent au BDS, mais refusent de le définir comme antisémite.

Meghan McCain prend la parole lors d’un rassemblement sous le regard de l’actrice israélienne Noa Tishby (G) et de la représentante de l’Arizona Alma Hernandez (C), au Capitole à Washington D.C.,le 11 juillet 2021. (Crédit : Ron Kampeas)

Melissa Landa, qui dirige l’Alliance pour Israël, un groupe relativement nouveau qui défend l’idée que le BDS est antisémite, a donné le ton dès le début de l’événement. Landa avait lancé les plans du rassemblement après que l’antisémitisme eut connu un pic pendant le conflit Israël-Gaza en mai dernier.

Elle a parlé de la « promesse partagée pour nos enfants, qu’ils seront libres de vivre en tant que juifs fiers, et d’exercer leurs libertés religieuses accordées par la Constitution des États-Unis, libres de porter leurs kippas et leurs Magen David et libres de dire leur amour d’Israël sans être attaqués dans les rues de New York ou de Los Angeles ».

Landa, comme d’autres orateurs, a nommé des législateurs de gauche ou de droite qui ont été accusés d’antisémitisme ces derniers mois. Les mentions de la représentante Ilhan Omar, une démocrate du Minnesota dont les critiques d’Israël ont été considérées par des groupes juifs comme relevant de l’antisémitisme, ont notamment suscité des huées beaucoup plus fortes que celles de Marjorie Taylor Greene, une républicaine de Géorgie qui s’est attirée des critiques pour avoir colporté de nombreuses théories de conspiration antisémites et pour avoir comparé les restrictions sur le coronavirus aux lois nazies.

Noa Tishby, une actrice israélienne vivant aux États-Unis, est apparue aux côtés de Meghan McCain, une personnalité conservatrice, et d’Alma Hernandez, une législatrice démocrate de l’Arizona. Chacune a indiqué que l’anti-sionisme était équivalent à l’antisémitisme.

« Une grande partie de l’antisémitisme d’aujourd’hui attribue simplement à l’Etat juif tous les tropes, les mensonges et les calomnies qui ont été utilisés pendant des siècles pour justifier les pires horreurs contre le peuple juif », a déclaré Tishby, qui est bien connu en Israël et dans le monde entier, et qui a récemment publié un livre à succès intitulé Israël : A Simple Guide to the Most Misunderstood Country on Earth. [Israel : un guide simple du pays le plus incompris de la planète].

« Comme vous allez l’entendre aujourd’hui, cette haine est utilisée pour attaquer nos communautés juives. Elle est utilisée pour imposer un lourd tribut à toute personne qui s’identifie comme juive ou même, Dieu nous en préserve, sioniste », a-t-elle déclaré.

Meghan McCain est devenue une ardente défenseuse d’Israël sur le talk-show « The View » – qu’elle quittera bientôt – et ailleurs. « Je suis Meghan McCain et je suis sioniste parce que, apparemment, c’est maintenant quelque chose de controversé à dire », a-t-elle déclaré dimanche.

Shlomo Noginsky, un rabbin qui a été poignardé à Boston, s’exprime lors d’un rassemblement contre l’antisémitisme au Capitole américain à Washington, D.C., le 11 juillet 2021. (Crédit : Ron Kampeas)

Elisha Wiesel, le fils du lauréat du prix Nobel de la paix et survivant de la Shoah, Elie Wiesel, s’est joint au rassemblement et a tenté d’y faire participer les groupes traditionnels et libéraux après que Landa s’eut heurtée à un mur.

Les principaux groupes traditionnels tels que l’Anti-Defamation League, l’American Jewish Committee et le B’nai B’rith International, ainsi que l’Orthodoxe Union et les mouvements réformiste et conservateur, se sont engagés comme sponsors, mais peu de leurs représentants ont pris la parole.

Wiesel a déclaré qu’il craignait la division mais qu’il était apaisé par l’unité qu’il avait vue.

« Les sages enseignent que c’est la haine que nous éprouvons les uns envers les autres qui a causé la destruction du premier et du deuxième temples », a-t-il déclaré. « Et dans les semaines qui ont précédé ce rassemblement, c’est cette peur qui a dominé mon champ de vision, la peur que notre communauté soit divisée au-delà de toute réparation. Cette peur est le rêve de notre ennemi. Mais en vous regardant tous aujourd’hui, il apparaît clairement qu’au lieu de nous diviser, les ennemis du peuple juif, qu’ils soient de droite ou de gauche, chez nous ou à l’étranger, nous ont au contraire unis. »

Wiesel a semblé faire un clin d’œil aux préoccupations de certains groupes libéraux – que la critique d’Israël et le soutien aux Palestiniens soient confondus avec l’antisémitisme lors du rassemblement.

« Nous pouvons être en désaccord, même passionnément, sans être divisés. Nous pouvons même être en désaccord sur Israel », a-t-il déclaré. « Nous ne devons pas tolérer les appels à la fin de l’État juif d’Israël, par une solution à un seul État qui laisse une fois de plus les Juifs sans défense. Nous ne devons pas non plus tolérer le dénigrement ou la haine envers l’aspiration à la dignité et à l’auto-détermination de nos cousins palestiniens. Si nous haïssons, nous ne gagnerons pas ».

Elisha Wiesel assiste au dîner de charité annuel Blue Card 2019 à New York, le 8 avril 2019. (Crédit : Aurora Rose/Patrick McMullan viaGetty Images via JTA)

Quelques minutes seulement après son propre discours, Wiesel a aidé une autre oratrice – Erika Moritsugu, une assistante adjointe du président américain Joe Biden qui représentait la Maison Blanche, a été huée. Un groupe de partisans de l’ancien président américain Donald Trump a crié pendant son discours, notamment lorsqu’elle a mentionné que Biden avait décidé de se présenter après la marche néo-nazie meurtrière de Charlottesville en 2017. Trump avait hésité à condamner les manifestants, ce qui est devenu un point sensible parmi ses partisans.

« Élection volée ! », a crié un homme. » Vous payez de l’argent aux
terroristes ! », a dit un autre. Un autre a brandi une pancarte disant « J’emmerde Kristen Clarke ». Clarke, qui dirige la division des droits civils au ministère de la Justice, a été critiquée lors de ses audiences de confirmation pour avoir accueilli un orateur antisémite lors d’un événement lorsqu’elle était étudiante à Harvard il y a des décennies.

Moritsugu a semblé désorientée et d’autres personnes dans la foule ont fait taire les huées. Après qu’elle a fini de parler, Wiesel est intervenu et a dit, sous les applaudissements : « J’aimerais que tout le monde remercie le président Biden pour la façon dont la Maison Blanche a soutenu Israël pendant la guerre de Gaza ».

Le révérend Jimmie Hawkins, directeur du Presbyterian Office of Public Witness – l’aile de l’Assemblée générale de l’Église presbytérienne chargée de la défense des intérêts publics – a invoqué l’alliance judéo-noire de l’époque des droits civiques, sous les acclamations.

« Je suis ici aujourd’hui pour exprimer mon soutien à la communauté juive face à l’antisémitisme, face aux fusillades et aux tentatives de meurtre dans les synagogues, les magasins et les maisons », a-t-il déclaré. « L’heure est à la solidarité. L’heure est à l’unité. »

Des personnes assistent au rassemblement « NO FEAR : Rassemblement en solidarité avec le peuple juif » au Capitole à Washington, le 11 juillet 2021 (Crédit : Susan Walsh/AP).

Un couple de Kensington, Maryland, Bruce et Malka Kutnick, a été déconcerté par la présence de l’extrême-droite juive au rassemblement. Malka Kutnick a déclaré qu’elle avait été rassurée par l’affirmation de Wiesel, avant le rassemblement, selon laquelle les personnes qui ne se soucient pas de l’existence d’Israël et les kahanistes – les disciples de feu le rabbin extrémiste Meir Kahane – ne seraient pas les bienvenus. Elle tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Non à l’occupation, non à l’antisémitisme ».

« Je viens d’être accostée par quelqu’un portant un tee-shirt de Kahane », a-t-elle déclaré. « Il a dit que je devais me tenir avec les Neturei Karta. » Un petit groupe marginal, qui est à la fois ultra-orthodoxe et antisioniste, s’est rassemblé sur un terrain vert de l’autre côté de la rue.

Marie Berlin-Fischler, une institutrice de maternelle de 28 ans de Washington, D.C., se tenait debout avec une affiche sur laquelle on pouvait lire : « Mes amis progressistes, vous avez raté le coche : Arrêtez l’antisémitisme ».

« Le problème est que dans ce pays, ces derniers temps, je n’ai plus l’impression que quelqu’un comme moi puisse exister dans un espace progressiste sans vérifier mon intersectionnalité à la porte », a-t-elle déclaré. « Lorsqu’on me demande de faire partie de moi-même lorsque je me présente dans ces espaces, le fossé se referme. Il n’y a nulle part pour les personnes qui veulent être américaines, comme je le fais. »

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