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Manifestation massive de citoyens arabes pour plus d’action policière contre la criminalité

Selon les organisateurs, 100 000 personnes ont défilé dans le nord du pays lors d’une grève générale, fermant commerces et écoles ; la marche a été stoppée par la police

Des dizaines de milliers de manifestants arabes sont descendus dans les rues jeudi dans la ville de Sakhnin, dans le nord du pays, dans le cadre d’une grève générale pour réclamer des actions policières face à la vague de criminalité violente qui touche leur communauté.

Il s’agit de la plus importante manifestation à avoir été organisée ces dernières années contre la hausse du nombre d’homicides au sein de la société arabe. Vingt personnes ont déjà été tuées depuis le début de l’année 2026, après une année 2025 marquée par un nombre record de morts parmi les citoyens arabes.

Brandissant des drapeaux noirs, les manifestants ont scandé en arabe : « Ben Gvir, misérable, le sang arabe a un prix », exprimant leur colère face à la gestion du dossier par le ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben Gvir.

Les manifestants, pour la plupart des parents et leurs enfants, sont venus de localités arabes du nord et du centre d’Israël. Les organisateurs ont décrit cette mobilisation comme une tentative désespérée de citoyens ordinaires pour imposer la question de la criminalité à l’agenda du gouvernement.

À Sakhnin, les habitants sont en grève depuis trois jours, en raison des fusillades quasi quotidiennes – des fusillades qui, pour la plupart, sont liées au racket de protection, visant des commerces locaux. Mardi, les commerçants ont été les premiers à fermer boutique, déclenchant un mouvement qui est appelé à se poursuivre jusqu’à samedi.

Avant le début de la marche, les rues étaient silencieuses et désertes, aucun magasin n’étant ouvert sur l’artère principale de la ville.

Les magasins de la ville de Sakhnin, dans le nord du pays, restent fermés pendant une grève nationale de la société arabe contre la manière dont la police traite les crimes violents, le 22 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Après l’appel lancé par le Haut Comité de suivi, la principale instance représentative des citoyens arabes d’Israël, à une grève générale jeudi, toutes les villes arabes du pays ont emboîté le pas aux commerçants de Sakhnin.

En tête du cortège figuraient Jamal Zahalka, ancien président du parti Balad et nouveau chef du Haut Comité de suivi, ainsi que le maire de Sakhnin, Mazen Ghnaim, ancien député de Raam.

Jamal Zahalka, ancien président du parti Balad et actuel président du Comité supérieur de suivi, marche aux côtés du maire de Sakhnin, Mazen Ghnaim, à Sakhnin, pour protester contre la manière dont la police traite les crimes violents dans la société arabe, le 22 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Dans le sud, les villes bédouines ont également observé la grève. Une manifestation parallèle, de moindre ampleur, s’est tenue à Rahat. Bien que des responsables politiques aient participé aux rassemblements, ceux-ci se sont déroulés sans slogans ni bannières partisanes, se concentrant exclusivement sur la criminalité violente.

« La population [arabe] perd espoir. Elle comprend que le Premier ministre et les autres ministres du gouvernement l’ont abandonnée », a déclaré Aida Touma-Sliman (Hadash-Taal), présente à la manifestation de Sakhnin.

S’adressant au Times of Israel, elle a expliqué que cette mobilisation sans précédent n’avait été possible qu’après la fin de la guerre de deux ans à Gaza. Tant que le conflit a duré, a-t-elle dit, la population arabe « a estimé qu’il était difficile de parler, de mettre en avant ses propres difficultés ».

« Aujourd’hui, après tous ces meurtres… la population se réveille », a-t-elle ajouté. Elle a accusé Ben Gvir, qui supervise les forces de l’ordre, d’avoir transformé les organisations criminelles en « sous-traitants ».

« Ben Gvir réussit à faire avancer une politique dans laquelle les organisations criminelles sont ses sous-traitants », a-t-elle affirmé. « Il reste les bras croisés et regarde les organisations criminelles contrôler nos vies et terroriser la population. Plutôt que de poursuivre des objectifs politiques, elles nous ont réduits à essayer simplement de survivre. »

À l’approche de la marche, les bus ont été interdits d’entrée à Sakhnin et les forces de l’ordre ont empêché les chauffeurs de poursuivre leur route vers la ville, obligeant de nombreux manifestants à parcourir de longues distances à pied pour rejoindre le point de départ.

Un enfant se tient devant une grande banderole proclamant : « Ensemble, nous vaincrons la violence, la criminalité et l’extorsion. Sakhnin répond à l’appel », lors d’une manifestation contre la vague de criminalité violente qui frappe la société arabe, à Sakhnin, dans le nord d’Israël, le 22 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Les manifestants ont tenté de marcher jusqu’au poste de police de Misgav, à l’ouest de Sakhnin, mais ils ont été stoppés sur l’autoroute par un important dispositif policier, comprenant des unités anti-émeute, des agents à cheval et un canon à eau.

Interrogée par le Times of Israel, la police a démenti les affirmations laissant entendre qu’elle avait contraint les manifestants à modifier leur itinéraire, assurant que celui-ci correspondait au parcours approuvé par la Haute Cour de justice.

La police et la police des frontières empêchent des manifestants arabes de poursuivre leur marche depuis Sakhnin, dans le nord du pays, le 22 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

La plupart des participants ont fait demi-tour à l’approche des forces de l’ordre, mais plusieurs centaines de manifestants, principalement de jeunes hommes, sont restés sur l’autoroute.

Les employés municipaux de Sakhnin ont alors formé une chaîne humaine entre les forces lourdement armées et les protestataires, qui huaient Ben Gvir en scandant « Ben Gvir, Ben Gvir, fils de pute ».

Malgré une forte tension en fin de manifestation, aucun affrontement n’a eu lieu et aucune arrestation n’a été effectuée, a indiqué la police.

Réagissant à la grève, Ben Gvir a raillé les dirigeants arabes pour leur « double discours », affirmant que « d’un côté, ils crient que la police est incompétente et, de l’autre, ils se rangent du côté des organisations criminelles et is s’opposent à toute action policière dans les villes arabes ».

Le ministre d’extrême droite a ajouté que l’opposition généralisée à une récente série de raids policiers dans les villes bédouines, dont l’un s’est soldé par la mort par balle d’un homme arabe devant son domicile, constituait, selon lui, une preuve du soutien des dirigeants locaux à la criminalité.

Le président du Hadash-Taal, le député Ayman Odeh, a pour sa part qualifié la grève « d’étape importante vers une désobéissance civile par des moyens pacifiques ».

« Ce qui a commencé par un seul commerçant de Sakhnin qui a dit ‘assez’ au racket de protection s’est rapidement étendu à toutes nos villes et communautés », a-t-il affirmé. « Nous ferons grève, nous manifesterons et nous nous battrons pour la vie de chacun d’entre nous, jusqu’à ce que nos enfants puissent vivre dans la dignité et la sécurité. »

La police a rejeté les accusations de négligence envers la communauté arabe, reconnaissant l’ampleur du fléau, mais affirmant que les forces de l’ordre font tout leur possible pour lutter contre la violence.

Selon la police, le harcèlement exercé par les criminels complique ses efforts, de nombreux habitants craignant de devenir la cible des organisations qui dominent leurs quartiers s’ils s’adressent aux autorités.

À l’issue de la manifestation à Sakhnin, des responsables arabes nationaux et locaux se sont réunis à la mairie afin de discuter des moyens de maintenir l’élan ayant conduit à cette grève et à cette mobilisation sans précédent, que Zahalka a estimée à 100 000 participants.

Lors de cette réunion, les dirigeants des quatre principaux partis arabes ont signé un engagement en faveur du rétablissement de la Liste arabe unie, un bloc commun destiné à se présenter aux prochaines élections à la Knesset.

La mairie de Sakhnin, une ville arabe du nord d’Israël, le 22 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Les partis étaient en pourparlers depuis des mois afin de relancer la liste, sous la pression croissante de la population arabe. Les négociations ont toutefois été entravées par des dissensions internes entre Raam et les autres formations, principalement autour de la demande de Mansour Abbas d’autoriser son parti à se scinder après les élections et à rejoindre séparément une coalition gouvernementale.

Un porte-parole de l’un des partis a indiqué au Times of Israel que les quatre chefs de parti – Abbas en tête – avaient été contraints de conclure un accord public, sous la pression généralisée d’une population arabe désireuse de relancer le bloc face à l’épidémie de criminalité au sein de la société arabe.

« On ne peut pas dire que ce soit définitif, mais un tel engagement public mènera à des discussions plus sérieuses, et personne ne voudra être perçu comme celui qui aura fait échouer la liste », a-t-il déclaré.

Ariela Karmel a contribué à cet article.

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