Avec 252 homicides, 2025 est l’année la plus meurtrière pour la société arabe
Alors que le chef de la police revendique des progrès, les meurtres continuent de sévir, avec un nombre record de victimes féminines, et presque tous resteraient non élucidés
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Alors que l’année 2025 touche à sa fin, la société arabe en Israël pleure son année la plus meurtrière jamais enregistrée, avec 252 personnes ayant perdu la vie dans des homicides liés à la criminalité.
Le décompte effectué par l’organisation à but non lucratif The Abraham Initiatives, un groupe de coexistence qui s’est recentré ces dernières années sur le coût humain de la recrudescence de la criminalité dans la communauté arabe, contredit l’affirmation du chef de la police israélienne Danny Levy, qui a déclaré la semaine dernière que les forces de l’ordre avaient constaté une « baisse continue des statistiques de la criminalité » cette année.
En réalité, ces trois dernières années ont été marquées par une forte augmentation des crimes violents parmi les citoyens arabes d’Israël. Les homicides sont devenus monnaie courante dans les villes et villages arabes, et bon nombre de ceux qui ont du sang sur les mains peuvent se déplacer librement, sans être arrêtés ni punis.
Selon l’organisation, sur les 252 victimes, la grande majorité (88 %) ont été tuées par balles, ce qui reflète les difficultés des autorités à lutter contre la forte augmentation du trafic d’armes à travers les frontières israéliennes.
La plupart des victimes étaient des hommes âgés de 18 à 30 ans, mais un nombre record de femmes ont également été tuées cette année, avec 23 féminicides.
Si les victimes étaient souvent elles-mêmes impliquées dans des activités criminelles, bon nombre des personnes tuées ou blessées étaient des passants innocents. Dans certaines localités arabes, les habitants ont pris l’habitude de rester chez eux et disent hésiter à laisser leurs enfants aller à l’école à pied, de peur qu’ils ne soient pris entre deux feux.
Le 23 novembre, Sabah Abu al-Qian se trouvait dans un supermarché de la ville de Jatt, dans le nord du pays, avec sa sœur de 7 ans, lorsqu’elle a été touchée à l’épaule par une balle.
Selon son cousin Anas, qui s’est entretenu avec le Times of Israel au début du mois de décembre, elle a réussi à tenir bon suffisamment longtemps pour pouvoir appeler son père pendant qu’elle était soignée par les secouristes. Elle a toutefois succombé à ses blessures dans l’ambulance qui la transportait à l’hôpital.
Sur les 218 incidents criminels mortels recensés par l’observatoire, la majorité ont eu lieu dans le nord, région dans laquelle vivent la plupart des Arabes du pays. Près de 57 % des meurtres (141 victimes) ont eu lieu dans le nord, notamment à Haïfa.
La région centre, qui inclut Tel Aviv, a dénombré environ 28 % des meurtres (72 victimes). Quatorze pour cent (35 victimes) se sont déroulés dans le sud.
À Jérusalem-Est, dont les habitants, s’ils n’ont pas la citoyenneté israélienne, sont néanmoins soumis à la loi de l’État juif, trois Palestiniens ont perdu la vie.
Parmi eux, une petite fille poignardée à mort par son père et un jeune homme de 19 ans tué lors d’une dispute entre deux familles. Les proches de la victime ont ensuite mis le feu à la maison de la famille du meurtrier.
Dans un cas, un citoyen arabe israélien a été tué dans la ville de Qalqilya, en Cisjordanie, où il vivait depuis quelque temps.
L’augmentation du taux d’homicides dans la société arabe a commencé à la fin des années 2010, ce qui, selon les experts, coïncide avec une action concertée de la police visant à réprimer les activités mafieuses dans les zones juives du pays. Mais depuis 2023, ce taux a connu une forte hausse, dépassant même ces chiffres records.
Les Arabes, s’ils ne représentent qu’un quart environ de la population, sont toutefois responsables de plus de 80 % des meurtres violents commis en Israël cette année. Une tendance qui s’est maintenue tout au long de la vague de criminalité.
Considéré isolément, le taux d’homicides dans la société arabe est comparable à celui des pays les plus dangereux au monde. Selon un rapport parallèle publié par Baladna, les Arabes israéliens se classent au huitième rang mondial en matière d’homicides, derrière la Jamaïque, l’Équateur, Haïti, le Honduras, le Mexique, le Costa Rica et Porto Rico.
Les dirigeants communautaires ont désigné la forte hausse observée ces trois dernières années comme preuve contre l’idée que la criminalité violente est un problème « culturel », intrinsèque à la société arabe.
Au contraire, ils accusent le gouvernement d’avoir mis en place des politiques qui ont permis à la violence et au crime organisé de proliférer dans les villes arabes. Ils affirment également que la police a largement échoué à lutter contre ce problème, rejetant notamment la responsabilité sur le politicien d’extrême droite chargé du maintien de l’ordre public : le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir.
Ben Gvir « sourit chaque fois qu’un Arabe est assassiné », a déclaré samedi soir le président du parti Taal, le député Ahmad Tibi, qui l’une des voix les plus en vue de la société arabe du pays, dans une interview accordée à la chaîne N12.
Ses propos reflètent un sentiment de plus en plus répandu dans la communauté arabe, et même chez certains Juifs, qui considèrent que les forces de l’ordre ne se contentent pas de manquer à leur devoir, mais mènent en outre une politique active de négligence à l’égard des citoyens arabes.
Un récent sondage de l’Institut israélien pour la démocratie a révélé un effondrement de la confiance entre la minorité arabe d’Israël et la police.
En novembre, seuls 19 % des Arabes interrogés ont déclaré faire « très confiance » ou « assez confiance » à la police, contre 27 % l’an dernier. Trente-cinq pour cent des Israéliens juifs ont dit avoir confiance en la police.
La police a fermement nié avoir négligé la communauté arabe. Elle a réfuté les critiques concernant sa gestion de la criminalité dans les quartiers arabes, reconnaissant l’existence du fléau mais insistant sur le fait que les agents font tout ce qui est en leur pouvoir pour combattre la violence.
La police invoque les actes d’intimidation commis par les criminels sur les habitants, qui entravent ses efforts pour lutter contre la violence dans les quartiers arabes. Les syndicats du crime organisé, en effet, sont devenus si insidieux que beaucoup craignent que le fait d’aller voir la police ne les expose à la vengeance des organisations criminelles qui dominent désormais leurs quartiers.
Selon l’organisation Abraham Initiatives, en juin, seuls 10 % des meurtres commis cette année dans la communauté arabe avaient été élucidés par la police.
Parmi les victimes dont les meurtriers courent toujours figure le Dr Abdallah Awad, pédiatre de 30 ans originaire de Mazraa, assassiné en février alors qu’il remplaçait un collègue dans une clinique de la ville voisine de Kafr Yasif.
« La police est inefficace », a affirmé Muhammad Awad, le père du médecin assassiné, à Abraham Initiatives. « Dix mois après un meurtre commis en plein jour, aucune arrestation, aucun suspect, aucune communication avec nous. »
Il a accusé la police de « ne pas respecter le sang d’un citoyen arabe » dans sa gestion de l’affaire de son fils.
Il a opposé l’apparente impuissance des forces de l’ordre face aux homicides dans le secteur arabe, aux capacités de la police en matière de lutte contre le terrorisme.
« Dans les affaires liées à la sécurité, a-t-il fait remarquer, il ne leur faut que quelques heures pour les attrape. Alors pourquoi pas ici ? »
la Communauté du Times of Israël !







