Melbourne : Polémique après l’organisation de fiançailles pendant le confinement
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Melbourne : Polémique après l’organisation de fiançailles pendant le confinement

Malgré le confinement strict dans l'État de Victoria, 68 personnes auraient participé à l'évènement, dont l'une a été testée positive à la COVID-19

La police a patrouillé dans une rue de Melbourne le 12 août 2021, alors que cinq millions d'habitants de la deuxième plus grande ville d'Australie resteront sous le coup d'un ordre de rester à la maison pendant au moins une semaine de plus. (Crédit : William WEST / AFP)
La police a patrouillé dans une rue de Melbourne le 12 août 2021, alors que cinq millions d'habitants de la deuxième plus grande ville d'Australie resteront sous le coup d'un ordre de rester à la maison pendant au moins une semaine de plus. (Crédit : William WEST / AFP)

JTA – Une vidéo d’une fête de fiançailles a mis en émoi la communauté juive de Melbourne, en Australie, alors que la hausse des cas de COVID-19 dans la région a conduit à l’instauration d’un nouveau confinement strict.

Les règles n’ont été que partiellement respectées à Melbourne au cours de ce dernier confinement, qui survient après un an et demi d’intenses restrictions destinées à freiner la propagation du coronavirus.

La communauté juive locale notamment semble avoir été particulièrement touchée par une hausse des cas. Les autorités locales prévoient ainsi de mettre en place des sites de vaccination et de dépistage dans la banlieue fortement orthodoxe de St. Kilda East, après qu’une mère et son fils y ont été testés positifs. D’autres zones orthodoxes, y compris Caulfield et Balaclava, ont été ajoutées à la liste croissante des lieux à risque. À Melbourne, 25 personnes ont été testées positives à la COVID-19 samedi.

Entre-temps, une vidéo d’une fête de fiançailles a été vue comme une preuve irréfutable que certains Juifs orthodoxes ne prennent pas la pandémie au sérieux.

La vidéo, qui circule en ligne, montre un marié s’adressant à une salle remplie par des invités non masqués, et plaisantant à un moment donné : « Il est clair que c’est légal, car il s’agit d’une séance de thérapie de groupe. » Les rires fusent alors.

« Beaucoup de gens ont vu circuler une vidéo d’une fête de fiançailles. C’est mon cas », a écrit sur Facebook dimanche Philip Dalidakis, un ancien député juif qui travaille pour la poste australienne. « Il y a des gens que je connais dans cette vidéo et je reste sans voix. Je suis sincèrement choqué par le mépris éhonté de nos lois. »

Selon Rafael Epstein, journaliste à l’Australian Broadcasting Corporation, 68 personnes étaient présentes à l’évènement, et le tracking des individus est en cours après qu’une personne présente a été testée positive à la COVID-19.

« Si vous êtes en colère, croyez-moi, vous n’êtes pas aussi en colère que la quasi-totalité de la communauté juive », a tweeté Epstein.

Parmi ceux qui ont exprimé leur colère : l’Australia Jewish News, qui a appelé les dirigeants orthodoxes locaux à condamner les rassemblements qui violent les règles de confinement dans la ville et à pénaliser les rabbins locaux qui les ont tolérés.

Dimanche, le Conseil rabbinique de Victoria a publié une déclaration exhortant les Juifs de la région à « se conformer à toutes les restrictions gouvernementales sans exception », avant de faire preuve de plus de sévérité après les critiques du journal et d’autres.

« Pour lever tout doute possible, cela inclut tous les rassemblements illégaux, y compris concernant la prière », a indiqué le communiqué non signé, qui a été publié sur Facebook. « Nous implorons toute personne envisageant de bafouer la loi de s’abstenir de le faire. Nous condamnons sans réserve de telles actions, qui font courir un risque et une honte à l’ensemble de la communauté. »

Please see our statement to the Herald Sun based on our statement issued yesterday.

Posted by Rabbinical Council of Victoria on Saturday, August 14, 2021

Mais le groupe n’a pas laissé entendre qu’il nommerait ou pénaliserait les rabbins qui ont participé à des rassemblements, qui, selon les Juifs locaux, ont eu lieu pour diverses raisons tout au long de la pandémie.

Répondant à un post publié sur Facebook par l’Australia Jewish News, le rabbin James Kennard, directeur du Mount Scopus Memorial College, un externat orthodoxe moderne, a écrit qu’une telle condamnation était nécessaire et a signalé qu’un large éventail de rassemblements avaient eu lieu en violation des règles locales.

Un groupe de Juifs ultra-orthodoxes à Melbourne, en Australie, le 10 octobre 2020. (Capture d’écran Twitter)

« Il est douloureux de s’exprimer contre des coreligionnaires en public. Mais à l’heure actuelle, le danger qu’impliquerait de rester silencieux est trop grand », a écrit Kennard. « Alors que la loi stipule que nous devons rester à la maison, que les experts nous disent que c’est la façon de sauver des vies, qu’il y a le risque terrible de Hiloul Hashem [profanation du nom de Dieu], chaque rabbin et leader doit se faire entendre. Nous devons stopper les rassemblements – de prières, de s’machot [célébrations], à l’école. Arrêtez, tout simplement. »

S’exprimant à la télévision australienne, Daniel Aghion, président du Conseil de la communauté juive de Victoria, a déclaré : « Nous avons entendu parler d’un certain nombre de non-conformités. C’est en fait assez inquiétant pour nous. »

L’Australie a connu les restrictions parmi les plus strictes au monde afin de freiner la propagation de la COVID-19. Depuis le début de la pandémie, les Australiens et les résidents permanents se sont vus interdire de quitter le pays, tandis que seul un petit nombre de personnes a été autorisé à y entrer. Dans le cadre du confinement actuel de Victoria, la région de Melbourne, tous les rassemblements dans les domiciles privées sont interdits et les seuls types de rassemblements autorisés sont les funérailles de 10 personnes ou moins.

Des tensions ont éclaté dans le monde entier dans et autour des communautés orthodoxes depuis mars 2020, quand des règles visant à stopper la propagation de la maladie ont rendu les minyans, ou les quorums nécessaires pour dire certaines prières, illégaux dans de nombreux endroits.

Au début de la pandémie, la police de Melbourne est intervenue dans plusieurs sites où des Juifs orthodoxes tenaient illégalement des minyans. En octobre dernier, des particuliers ont confronté un groupe d’orthodoxes sortant d’une école.

Dalidakis a écrit que la plupart des Juifs locaux respectaient les règles. Mais, a-t-il ajouté, « de petites poches de notre communauté orthodoxe et ultra-orthodoxe doivent considérer cet événement comme une occasion de se remettre en question et de réfléchir à la dangerosité et à l’égoïsme de leur comportement ».

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