Meretz accuse Levy-Abekasis de « trahison » en s’opposant au gouvernement Gantz
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Meretz accuse Levy-Abekasis de « trahison » en s’opposant au gouvernement Gantz

"Démission", a dit Nitzan Horowitz après le rejet par la chef du parti Gesher "élue grâce à nous" de la coalition avec la Liste arabe ; le chef travailliste Peretz reste silencieux

La dirigeante du parti Gesher, la députée Orly Levy-Abekasis, fait inscrire la liste de son parti pour les prochaines élections, le 21 février 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
La dirigeante du parti Gesher, la députée Orly Levy-Abekasis, fait inscrire la liste de son parti pour les prochaines élections, le 21 février 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les dirigeants de gauche ont attaqué mercredi leur ancienne alliée politique, la députée Orly Levy-Abekasis, après que cette dernière a annoncé qu’elle ne soutiendrait pas un gouvernement minoritaire dirigé par le parti centriste Kakhol lavan qui serait soutenu par la Liste arabe unie, composée de partis à majorité arabe.

Levy-Abekasis, qui a échoué dans sa tentative d’entrer à la Knesset en avril avec son parti Gesher seul, a gagné un siège dans les élections de septembre et de mars grâce aux unions avec les partis de gauche Travailliste et Meretz.

Mardi, elle a semblé porter un coup fatal aux chances du dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz de former un gouvernement, annonçant sur son compte Facebook qu’un gouvernement minoritaire soutenu par la Liste arabe unie « viole les normes et valeurs fondamentales », qu’elle ne voterait pas pour un tel gouvernement et qu’elle ne se considérait plus comme redevable à son alliance avec le Parti travailliste et Meretz.

Nitzan Horowitz, chef du Meretz, n°3 sur la liste Travailliste-Gesher-Meretz, a été l’un des nombreux à exiger qu’elle démissionne immédiatement de son siège à la Knesset, obtenu par des voix de gauche.

« La députée Orly Levy doit rendre le siège. Ses paroles étaient irresponsables et risibles. Tout au long de la campagne, les membres de l’alliance Travailliste-Gesher-Meretz, dont elle faisait partie, ont clairement exprimé leur soutien à un gouvernement restreint dirigé par Gantz et soutenu par la Liste arabe unie. Revenir sur cette promesse, c’est cracher au visage des électeurs. Elle devrait se retirer de la position que les électeurs de gauche lui ont donnée », a déclaré M. Horowitz.

Les dirigeants de l’alliance Travailliste-Gesher-Meretz Nitzan Horowitz (à gauche), Amir Peretz (au centre), et Orly Levy-Abekasis à l’entrée de la commission centrale électorale à la Knesset, le 15 janvier 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

L’ancienne dirigeante du Meretz, Zehava Galon, a déclaré dans un post sur Twitter qu’elle « n’avait jamais imaginé une telle trahison des électeurs ». Prendre les voix du Meretz pour pouvoir ensuite collaborer à la campagne raciste de Bibi [Netanyahu] [contre la Liste arabe unie] est nauséabond. Orly Levy doit restituer son siège ce matin même ».

L’ancienne présidente de Meretz, Tamar Zandberg, est du même avis : « Quelle honte ! L’attitude d’Orly Levy envers les représentants élus de la population arabe est honteuse et raciste. Le fait qu’elle ait été élue à la Knesset sur notre dos – avec les votes d’hommes et de femmes qui sont engagés dans un gouvernement Gantz et dans la coopération entre Juifs et Arabes – exige qu’elle abandonne son siège et démissionne. Elle n’a aucun mandat pour empêcher un gouvernement de gauche ».

Selon des rumeurs non confirmées mardi, le frère de Lévy-Abecassis, Jacky, le maire Likud de la ville de Beit Shean, a été vu mardi matin en visite à la résidence officielle du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, portant apparemment un message de la chef de Gesher quelques heures avant que Lévy-Abekasis n’annonce sa scission de facto avec ses alliés de gauche.

Les dirigeants du Parti travailliste, en particulier le chef du parti, le député Amir Peretz, qui a conçu l’alliance avec Levy-Abekasis, sont restés silencieux mercredi.

Parallèlement, certains à droite ont défendu sa volte-face.

La députée du Meretz Tamar Zandberg, à Jérusalem, le 22 août 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Simcha Rothman, un éminent militant de droite, a rejeté les allégations selon lesquelles elle aurait trompé ses électeurs.

En réponse aux accusations de la gauche selon lesquelles Levy-Abekasis avait accepté un gouvernement soutenu par la Liste arabe unie pendant la campagne, Rothman a écrit sur les médias sociaux qu’elle « n’avait aucun problème avec le fait qu’ils [la Liste arabe unie] soutiennent [un gouvernement minoritaire] de l’extérieur sur les questions sociales. La formation d’un gouvernement dépendant de Balad pour sa constitution et chaque vote ultérieur ne constitue pas un ‘soutien extérieur de la Liste arabe unie sur les questions sociales’. C’est la fin du sionisme ».

Certains militants de Gesher ont condamné sans ambages leur chef de parti. Sur Facebook, Or Sujunov s’est fait l’écho des appels de la gauche à la démission de Mme Levy-Abekasis.

« 100 % des électeurs pour l’alliance Travailliste/Meretz/Gesher veulent un gouvernement avec/soutenu par la Liste arabe unie », a écrit Sujunov mercredi.

« Orly Levy n’a pas réussi à entrer à la Knesset avec son propre parti. Le vote de droite l’a laissée sur la touche. Seul le vote de gauche l’a fait entrer à la Knesset. Orly Levy n’a même pas apporté un quart de siège à sa liste lors des dernières élections… Si Orly Levy ne peut pas supporter la décision de sa liste [de coopérer avec la Liste arabe unie] – elle doit démissionner ».

La présidente du parti Gesher, Orly Levy-Abekasis (à gauche), et le président du Parti travailliste, Amir Peretz, ont annoncé leur fusion aux élections de septembre, à Tel Aviv, le 18 juillet 2019. (Roy Alima / Flash90)

La déclaration de Levy-Abekasis est intervenue alors qu’il devenait évident que Gantz renforçait rapidement ses plans pour présenter à la Knesset, pour approbation, un gouvernement composé de Kakhol lavan (33 sièges), du parti Yisrael Beytenu (7 sièges) et de l’alliance Travailliste-Gesher-Meretz (7 sièges), la plupart ou la totalité des députés arabes de la Liste arabe unie (15 sièges) apportant leur soutien depuis l’extérieur de la coalition.

Ni le Likud de Benjamin Netanyahu ni Kakhol lavan n’ont obtenu la majorité des sièges à la Knesset lors des élections de lundi dernier, et aucun des deux ne dispose d’une voie claire vers une coalition majoritaire. Le Premier ministre est soutenu par 58 députés, et le Likud est le parti comptant le plus de sièges à la Knesset, qui en compte 120.

Si Yisrael Beytenu d’Avidgor Liberman et l’ensemble de la Liste arabe unie, qui a remporté 15 sièges, recommandaient au président Reuven Rivlin que Gantz forme la nouvelle coalition, il disposerait de 62 soutiens et pourrait obtenir le feu vert du chef de l’État.

Les dirigeants de Kakhol lavan ont rencontré le président Liberman mardi pour ce que les deux camps ont qualifié de séance « positive et substantielle ». Les quatre principaux députés – Gantz, Yair Lapid, Moshe Yaalon et Gabi Ashkenazi – ont pris la pose avec Liberman à la fin de la réunion et diffusé la photo sur les réseaux sociaux.

Mais avec le rejet d’Orly Levy-Abekasis et l’opposition de deux députés de l’aile droite de Kakhol lavan, Zvi Hauser et Yoav Hendel, qui ont également rejeté une coalition basée sur le soutien de la Liste arabe unie, Gantz n’aurait pas les 61 députés nécessaires pour être invité à bâtir un gouvernement, même si les 15 parlementaires arabes le soutenaient.

Les membres de la Knesset Yoaz Hendel (à gauche) et Zvi Hauser (à droite) aperçus à la Knesset, avant la session d’ouverture du nouveau gouvernement, le 29 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Abstraction faite de l’opposition des trois députés, il n’est pas certain que la Liste arabe unie et Kakhol lavan puissent parvenir à un accord. L’une des exigences précédemment soulevées par l’alliance arabe a été le rejet par Gantz du plan de paix de l’administration du président américain Donald Trump, que l’ancien chef d’état-major de l’armée a approuvé.

Le Likud a tenté de présenter la Liste arabe unie comme étant hors des limites de la politique israélienne, en qualifiant ses membres de « partisans du terrorisme » et en citant leur opposition au sionisme et certaines positions anti-Israël extrêmes de membres de Balad, l’une des factions de la liste.

Le chef du parti de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, s’adresse aux médias devant son domicile à Haïfa, le 3 mars 2020. (Meir Vaknin/Flash90)

Les députés arabes israéliens refusent depuis longtemps de rejoindre un gouvernement pour des raisons idéologiques, enracinées dans leur soutien aux Palestiniens. Les parlementaires juifs ont, mutuellement, considéré que les partis arabes étaient inacceptables et se sont généralement abstenus de les inclure dans les tractations de coalition. Cependant, sous la direction de son dirigeant actuel, Ayman Odeh, certains segments de la Liste arabe unie ont apparemment atténué leur opposition à un tel partenariat. Après le précédent vote national en septembre, le parti a soutenu Gantz pour la formation d’un gouvernement, rompant avec son refus de longue date de soutenir les candidats aux postes de Premier ministre.

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