Michigan: une démocrate pro-Israël fustige Netanyahu, un candidat anti-Israël dénonce l’AIPAC
Haley Stevens a traité le Premier ministre de "danger pour les Juifs d'Amérique et du monde entier" et Abdul El-Sayed a qualigié Israël d'État "voyou" lors d'un débat pour les Primaires, alors que la question de l'État juif gagne en importance dans cette course
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JTA — Ceux qui ont suivi, dans la soirée de mardi, le débat des primaires démocrates du Michigan pour le Sénat américain ont pu, à certains moments, oublier que l’un des candidats bénéficiait du soutien massif de donateurs pro-israéliens.
« Le Premier ministre israélien a échoué », a déclaré la représentante Haley Stevens, interrogée sur l’Iran : selon elle, ni Benjamin Netanyahu, en Israël, ni le président américain Donald Trump n’ont su instaurer une « paix durable ».
Stevens a ensuite souligné qu’elle était favorable à « l’aide à Gaza », et elle a réaffirmé qu’elle estimait que Netanyahu avait eu un impact négatif sur les Juifs américains.
« Netanyahu n’a pas renforcé notre sécurité, il ne nous a pas rapprochés de la paix, et il représente un danger pour les Juifs d’Amérique et du monde entier, c’est indéniable », a-t-elle indiqué.
Des propos qui ont pris la forme de critiques acerbes à l’égard des dirigeants israéliens dans un contexte de désaffection croissante des électeurs démocrates à l’égard de l’État juif. Ils ont pourtant émané d’une candidate considérée comme l’une des démocrates les plus fidèles à Israël au Congrès et qui, selon les registres fédéraux de campagne, a bénéficié de plus de 10 millions de dollars de soutien de la part de donateurs affiliés à l’AIPAC, le lobby pro-israélien – lobby que son adversaire progressiste, Abdul El-Sayed, a sévèrement condamné, durant la campagne et au cours du débat de mardi.
El-Sayed, pour sa part, a affirmé lors du débat que la politique étrangère des États-Unis « nous a été imposée » par Jérusalem et par l’AIPAC. Il a ensuite traité Israël d’ »État voyou ».
Cet ancien directeur de la santé du comté de Wayne, dont la campagne locale a pris de l’ampleur au fur et à mesure qu’elle s’est davantage concentrée sur un discours anti-israélien, n’a pas ménagé ses critiques.
Invoquant « l’influence de l’AIPAC sur notre vie politique » pour justifier la guerre américano-israélienne contre l’Iran, El-Sayed a soutenu que les objectifs du groupe de pression étaient « d’annexer le Liban ou de commettre un génocide à Gaza ». Il a ajouté qu’Israël « violait les droits de l’Homme, commettait un génocide et pratiquait l’apartheid », et il a exhorté les États-Unis à « cesser de financer l’armée israélienne, avec des chèques en blanc et sans contrepartie ».
El-Sayed a également établi un lien entre les difficultés économiques des électeurs et Israël. « Posez-vous la question : pourquoi payons-nous l’essence à 5 dollars le gallon ? Pourquoi ne pouvons-nous pas sortir de ce bourbier ? », a-t-il lancé. « C’est parce que notre politique étrangère, depuis trop longtemps, nous est dictée par des entités telles que l’État d’Israël et l’AIPAC, qui veillent à ce que démocrates et républicains se plient à leur volonté. »
Il a en outre assuré que les positionnements de son adversaire démocrate et du candidat républicain présumé, l’ancien représentant Mike Rogers, sur la question israélienne étaient identiques.
« Que la députée Stevens l’emporte ou que Mike Rogers gagne, dans les deux cas, c’est Israël qui sortira vainqueur », a conclu El-Sayed. « L’AIPAC s’accommode parfaitement de l’un ou de l’autre de mes deux adversaires. Le groupe sait qu’il disposera dans tous les cas d’un vote sûr et fiable au Sénat américain. »
Stevens, qui a rappelé qu’elle était favorable à une solution à deux États, a rejeté cette accusation. « Personne n’est propriétaire de mon vote ni de mes positionnements politiques », a-t-elle affirmé. « Tous ceux qui contribuent à ma campagne pour le Sénat le font en raison de mon engagement avéré en faveur du Michigan. »
El-Sayed a également suggéré que les échanges entre Stevens et Netanyahu, qui est extrêmement impopulaire auprès des électeurs américains, n’étaient qu’une façade. Plus tôt dans la journée, Netanyahu avait fait savoir à CNN qu’il estimait que les précédentes déclarations faites par Stevens, laquelle l’accusait de mettre en danger la sécurité des Juifs américains, « visent probablement à excuser l’antisémitisme ».
El-Sayed s’est dit peu convaincu de l’authenticité de ces propos. « Je ne pense pas que Benjamin Netanyahu ait fait cette remarque avec l’intention véritable de l’attaquer », a-t-il expliqué lors du débat. « Je pense qu’il cherche plutôt à détourner l’attention du soutien indéfectible qu’elle apporte à leur politique. »
El-Sayed s’en est aussi pris à Stevens au sujet d’un vote de la députée, en juin 2025, à la Chambre des représentants, visant à « remercier » les agents de l’ICE (Immigrations and Customs Enforcement). Ces remerciements figuraient dans une résolution condamnant l’attentat à la bombe incendiaire qui avait été perpétré contre une marche pacifique organisée à Boulder, dans le Colorado, en soutien aux otages israéliens. Stevens a accusé les républicains d’avoir « fait preuve de cynisme » en remerciant l’ICE, et elle a reproché à El-Sayed d’être tombé dans un piège tendu par le Parti républicain.
La question israélienne occupe une place de plus en plus centrale à l’approche de la primaire du Michigan, qui se tiendra le 4 août – le Michigan est un État électoral stratégique dans lequel vivent d’importantes communautés d’électeurs juifs et arabes/musulmans. Une troisième candidate, qui entendait se positionner entre Stevens et El-Sayed, a suspendu sa campagne en début de semaine, ce qui a exacerbé les inquiétudes des Juifs américains concernant cette élection.
La candidature de Stevens au Sénat intervient quatre ans après qu’elle a évincé Andy Levin, un député juif progressiste qui avait critiqué Israël, à l’issue d’une campagne qui avait mobilisé plus de 4 millions de dollars de dépenses liées à l’AIPAC. Depuis lors, elle fait partie de la minorité de moins en moins importante de démocrates du Congrès qui ont voté contre toutes les mesures visant à bloquer ou à rendre conditionnelle l’aide militaire à Israël.
La candidature d’El-Sayed survient alors que d’autres progressistes anti-israéliens se sont imposés lors des primaires parlementaires, faisant basculer à gauche le discours de campagne sur Israël. Dans une interview accordée à CNN et également publiée mardi, El-Sayed a remis en cause l’idée même d’un État juif.
« Toutes les définitions d’un État juif finissent par s’articuler autour de valeurs réactionnaires, sans exception », a-t-il répondu à CNN. Questionné sur la possibilité que le soutien à Israël puisse aller au-delà de l’aspect financier, il a rétorqué : « Pas si vous êtes démocrate et que vous croyez aux droits de l’Homme. »
D’autres scrutins dans le Michigan se transforment également en référendums sur la position des démocrates vis-à-vis d’Israël. El-Sayed a apporté son soutien à deux candidats de gauche au Congrès, le représentant de l’État Donavan McKinney et le militant William Lawrence, qui ont tous les deux affirmé qu’Israël avait commis un génocide à Gaza. Stevens, quant à elle, a appuyé la candidature du sénateur juif pro-israélien Jeremy Moss pour son siège à la Chambre des représentants.
Plus bas sur la liste électorale du Michigan, l’activiste démocrate Abbas Alawieh, l’un des principaux artisans du mouvement « Uncommitted » de 2024, conçu pour faire pression sur les démocrates au niveau national au sujet de Gaza, a obtenu mardi le soutien de la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, dans sa candidature à un siège au Sénat de l’État sous la bannière du parti. Alawieh a également rencontré l’ancienne vice-présidente, Kamala Harris, qui avait perdu le Michigan face à Donald Trump aux élections présidentielles, après que l’importante population arabe/musulmane de l’État a exprimé son profond désaccord avec sa position sur Israël.
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