Miki Zohar, allié de Netanyahu : la Haute cour sera bientôt « inutile »
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Miki Zohar, allié de Netanyahu : la Haute cour sera bientôt « inutile »

Le député a nargué une élue du Meretz, affirmant qu'accorder l'immunité au Premier ministre et affaiblir la Cour suprême permettra d'avoir Netanyahu au pouvoir pendant 10 ans

Le député du Likud qui propose une nouvelle loi pour protéger le Premier ministre Benjamin Netanyahu des poursuites dans les trois affaires pour corruption qui pèsent sur lui, a mis en garde des élus de gauche lundi, avertissant qu’ils pourraient se retrouver avec « une Cour suprême inutile » et Netanyahu au poste de Premier ministre « pendant encore 10 ans ».

Durant un débat lundi soir sur une proposition de loi accordant aux élus l’immunité parlementaire, le député Miki Zohar, président de la puissante commission de la Chambre à la Knesset, a interrompu la députée Michal Rozin, du Meretz, qui critiquait cette proposition et demandait « qu’est-ce que vous ferez » si la coalition adopte de nouvelles limitations de l’autorité de la Haute cour de Justice pour valider des lois jugées anticonstitutionnelles, ainsi que les lois l’immunité parlementaire.

« Comment pouvez-vous cacher cette gêne ? », a demandé Rozin à Zohar dans un enregistrement de la réunion de lundi diffusé mardi par la Douzième chaîne, après qu’elle l’a accusé de compromettre son intégrité et de chercher à affaiblir la Cour suprême dans le seul but de protéger Netanyahu.

Dans une vidéo, Zohar a interjeté dans une Knesset déjà très bruyante  : « Députée Michal Rozin, imagine : la clause [qui limite l’autorité de la Cour suprême à réviser les lois] passe, alors vous ne pourrez plus saisir la Haute cour. La loi d’immunité passe, et vous êtes coincés avec Bibi pendant encore 10 ans. Que ferez-vous ? Que ferez-vous ? », a-t-il demandé avec sarcasme.

D’autres députés sont intervenus alors qu’il continuait à parler d’un ton moqueur : « Oh mon Dieu, je pense que cela pourrait devenir le mandat le plus difficile pour vous. La Haute cour inutile, Bibi ici pendant encore 10 ans. Oh mon Dieu. »

La députée Meretz Michal Rozin réagit lors de la réunion du Comité des Affaires Intérieures concernant l’expulsion des demandeurs d’asile africains à la Knesset le 29 janvier 2018. (Alster/Flash90)

Rozin a rétorqué que cela marquerait « la fin de la démocratie », ajoutant que « finalement, vous avez ici Erdogan », en référence au président turc qui a fait adopter des changements dans la constitution qui lui permettront de rester au pouvoir, et a emprisonné ou limogé des dizaines de milliers de fonctionnaires ou journalistes.

« Quel Erdogan ? », a répliqué Zohar. Netanyahu « est ici démocratiquement. Il a été élu. »

Zohar a officiellement soumis lundi soir le texte de loi destiné à protéger le Premier ministre de poursuites, alors que des sources proches du Premier ministre continuent de nier qu’il a l’intention de changer la loi pour empêcher une inculpation.

Le texte de loi propose que les députés soient immunisés face aux poursuites par défaut, à moins que la commission de la Chambre – que Zohar a présidée lors de la dernière législature, et devrait continuer à présider – vote pour retirer ce droit au député en question. Le projet de loi abrogerait le système actuel, qui ne prévoit pas d’immunité automatique, mais où les législateurs peuvent accorder l’immunité à l’un de leurs confrères.

Les députés de l’opposition ont fustigé Zohar mardi.

Yair Lapid, co-président de Kakhol lavan, a montré le texte de loi et s’est moqué de Netanyahu, qui revendique la neutralité dans le combat pour l’immunité.

« ‘Je ne m’occupe pas de la [loi] sur l’immunité, mais un député proche de moi qui n’agit jamais sans ordre direct a proposé une loi sur l’immunité comme si c’est son idée’ ; voilà ce qu’affirme Netanyahu. La guerre pour notre démocratie a commencé », a tweeté Lapid mardi matin.

Zohar a répliqué dans un tweet laconique « Yair, arrête de mentir au public ».

De gauche à droite, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon et l’ancien chef d’état-major de Tsahal Benny Gantz lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre à la suite de l’opération Bordure protectrice, le 27 août 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

Moshe Yaalon, de Kakhol lavan, et ancien ministre de la Défense du Likud, a promis que son parti mettrait tout en oeuvre pour empêcher que ce texte devienne loi.

« Ce texte de loi n’est conçu qu’en faveur d’une seule personne », a déclaré Yaalon au site ynet, et cela « transformerait la Knesset en un refuge pour criminels, sous la houlette de Netanyahu ».

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