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« Mon cœur me fait mal » dit le frère d’une victime de la fusillade à Pittsburgh

Joyce Fienberg, universitaire de renom, a été saluée comme une amie désintéressée, une voisine et une parente dont la "bonté sans pareille continue de vivre"

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Joyce Feinberg, une victime de la fusillade de la synagogue Tree of Life, chercheuse à l'Université de Pittsburgh, a été enterrée le 31 octobre 2018. (Autorisation)
Joyce Feinberg, une victime de la fusillade de la synagogue Tree of Life, chercheuse à l'Université de Pittsburgh, a été enterrée le 31 octobre 2018. (Autorisation)

PITTSBURGH – Les funérailles d’une cinquième victime de la fusillade de samedi dans une synagogue, Joyce Fienberg, 74 ans, ont eu lieu mercredi matin dans la congrégation Beth Shalom de Pittsburgh.

Des centaines de personnes de la communauté juive de Pittsburgh et d’ailleurs ont assisté aux funérailles de Fienberg, membre de la synagogue Conservative Tree of Life, qui ont commencé avec des paroles du rabbin émérite Alvin Berkun de sa congrégation.

Mme Fienberg, qui a enseigné toute sa vie comme éducatrice et chercheuse à l’Université de Pittsburgh, a été saluée par Berkun et les autres intervenants comme une universitaire renommée qui a fait des conférences internationales sur ses travaux au Pitt’s Learning Research and Development Center. Dans sa vie privée, elle était une amie précieuse, une bénévole de la communauté, une mère fière de ses fils Anthony et Howard, une grand-mère dévouée et une épouse aimée de son collègue universitaire, le Dr Stephen E. Fienberg, statisticien.

« Elle apportait de la joie à ceux qu’elle rencontrait », a dit Berkun. « Joyce était une personne fondamentalement honnête. Elle disait ce qu’elle pensait et pensait ce qu’elle disait ».

Robert Libman, le frère de Fienberg, a dit : « Mon cœur me fait mal. Et tu n’es pas là pour réparer ça ».

« Ma sœur a été assassinée », a-t-il dit en sanglotant.

Un mémorial de fortune se dresse devant la synagogue Tree of Life à la suite d’une fusillade meurtrière à Pittsburgh, Pennsylvanie, le 29 octobre 2018. (Matt Rourke/AP)

Citant sa fille, Libman a dit : « Elle n’était pas le genre de personne à animer la fête, mais plutôt le genre de personne à donner vie à cette fête. »

Libman a ajouté : « En fin de compte, une vie de pure générosité est une vie bien remplie ». Il a exhorté les personnes endeuillées à se remettre en question et à s’efforcer de reprendre à leur compte le modèle de dévouement de Fienberg à l’égard des autres.

« Parfois, je ne supporte pas d’y penser. Le mal a essayé d’éteindre la lumière, mais la lumière refuse d’être obscurcie même dans nos cœurs brisés… Joyce était ma sœur, mais elle est aussi votre sœur… Sa bonté sans pareille continue de vivre », a déclaré Libman.

Funérailles de Joyce Fienberg, 74 ans, dans la congrégation Beth Shalom de Pittsburgh, le 31 octobre 2018. (Amanda Borschel-Dan / Times of Israel)

Le fils de Fienberg, Anthony, commença son éloge funèbre et s’arrêta immédiatement pour dire en plaisantant que sa mère aurait été horrifiée par la syntaxe de sa première phrase.

Anthony parla de cette portion biblique de Shabbat à venir, Chayei Sarah, dans laquelle Avraham fait l’éloge de Sarah. Comme Abraham partant pour la Terre d’Israël, Anthony a dit que sa mère, originaire de Toronto, avait pris son destin en main et s’était fait une vie pour elle et sa famille à Pittsburgh. Anthony, qui vit aujourd’hui avec sa famille à Paris, en France, a dit que sa mère n’était jamais aussi fière que lorsqu’elle parlait de ses six petits-enfants.

En s’adressant à sa mère, Anthony a ajouté : « Maman, j’espère que nous serons à la hauteur de tes attentes. Tu nous manques terriblement, mais tu as déjà commencé à bâtir ta postérité. »

Joyce Feinberg, une victime de la fusillade de la synagogue Tree of Life, chercheuse à l’Université de Pittsburgh, a été enterrée le 31 octobre 2018. (Autorisation)

En évoquant la perte de leur père il y a deux ans, Howard, le deuxième fils de Fienberg, a dit que leur mère avait ri à l’idée de quitter Pittsburgh et sa communauté soudée une fois devenue veuve.

« Tree of Life est devenu un refuge pour elle et elle est devenue une fidèle membre du minyan« , dit-il, en utilisant le terme désignant le quorum de dix personnes nécessaire à la récitation de certains passages de la prière et à la lecture de la Torah.

Howard a raconté que samedi matin, après avoir entendu parler de la fusillade à la synagogue de sa mère, Joyce, lui et sa famille ont immédiatement quitté leur maison à Washington, DC. La famille n’arrivait pas à joindre leur mère, mais elle a d’abord supposé qu’elle avait éteint son téléphone pour s’occuper de ses amis.

Sa douceur touchait votre âme d’une manière aussi naturelle que l’oxygène qui vous est indispensable

« Ma mère était ma mère, et c’était aussi la vôtre. Sa douceur touchait votre âme d’une manière aussi naturelle que l’oxygène qui vous est indispensable », expliqua Howard. Il a dit qu’elle passait au moins une heure par jour à tendre la main à ses amis et à sa famille, à écrire de longs textos et des e-mails de quatre pages « juste pour toi ».

« Ma mère serait extrêmement contrariée et gênée de voir des gens s’intéresser à elle », a dit Howard, l’imaginant savourer « le plus long cocktail » avec son père et ses grands-parents.

Les victimes de la fusillade à la synagogue de Pittsburgh, le 27 octobre 2018. (Crédit : Facebook/Google Maps/JTA Collage)

Devenant sombre, il a dit que sa mère aurait été très fâchée d’avoir été enterrée à Beth Shalom et non à son cher Tree of Life. Il a invité des membres du « minyan » à porter le cercueil.

Une nièce en larmes a dit « Tante Joyce » Fienberg était une grand-mère magnifique pour ses enfants. « Bien que nous ayons toujours pensé qu’elle vivrait éternellement, nous sommes réconfortés de savoir que les martyrs sont emmenés directement au ciel », a dit la nièce.

Le rabbin de Tree of Life, Jeffrey Myers, présent lors de l’assassinat de 11 membres de sa congrégation, a récité la prière de deuil traditionnelle « El Maale Rachamim », en louange au Seigneur Miséricordieux. Avant de commencer, Myers a déclaré aux personnes présentes qu’il ajoutait une expression en hébreu « Kiddush Hashem », qui fait de Fienberg une martyre qui a sanctifié le nom de Dieu.

Jeffrey Myers, rabbin de la synagogue Tree of Life, à Pittsburgh, le 29 ocotbre 2018. (Crédit : AP Photo/Matt Rourke)

Après les funérailles émouvantes, l’amie Barbara Burstin, professeure d’histoire à l’Université Carnegie Mellon, a déclaré que bien que souvent les éloges funèbres ne correspondent pas tout à fait aux actions du défunt, dans ce cas, les éloges affectueux des orateurs ont été très fidèles à la personnalité même du Dr Fienberg.

La shiva se tiendra au domicile familial et Beth Shalom invite les fidèles de Tree of Life à se joindre à sa communauté pour les prières du Shabbat.

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