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Négociations Egypte/Israël/Palestiniens pour exploiter du gaz au large de Gaza

Des affiches ont fait leur apparition dans la bande de Gaza pour exhorter les voisins dans la région à raviver le projet d'exploitation du gisement Marine

Des goélands sur la mer méditerranée sur le port de Gaza, à Gaza City, le 8 février 2022. (Crédit : AP Photo/Hatem Moussa)
Des goélands sur la mer méditerranée sur le port de Gaza, à Gaza City, le 8 février 2022. (Crédit : AP Photo/Hatem Moussa)

En filigrane de l’accord annoncé par le Liban et Israël sur leur frontière maritime, des négociations sur l’exploitation d’hydrocarbures en Méditerranée orientale ont lieu entre l’Egypte, les Palestiniens et l’État juif et portent sur d’importants gisements de gaz au large de Gaza.

« Notre gaz, notre droit ! » Des affiches ont récemment fait leur apparition dans la bande de Gaza pour exhorter les voisins dans la région à raviver un projet qui dort dans les cartons depuis deux décennies : l’exploitation du gisement Marine.

En 1999, l’Autorité palestinienne avait chargé la compagnie British Gas de mener des forages d’exploration, avant que le géant Shell ne reprenne la main en 2016 pour s’en retirer deux ans plus tard sur fond d’objections israéliennes et autres désaccords.

Depuis, l’Autorité palestinienne cherche un groupe pour investir dans le développement du gisement situé à une trentaine de kilomètres au large de Gaza et dont les réserves sont estimées à environ 28 milliards de m3 de gaz naturel, une manne pour l’économie palestinienne en difficulté.

Des pourparlers ont lieu de manière sporadique entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP). Seul hic, Gaza n’est pas contrôlé par l’AP mais par le Hamas qui cherche aussi à tirer profit du champ situé toutefois dans une zone sous blocus israélien depuis 15 ans.

« Des discussions sérieuses sont en cours pour parvenir à un accord-cadre, que nous prévoyons d’atteindre avant la fin de cette année », a indiqué cette semaine à l’AFP un haut responsable de l’AP ayant requis l’anonymat.

Elles impliquent l’entreprise palestinienne Consolidated Contractors Company (CCC), le Fonds d’investissement palestinien (FIP), l’Egyptian Natural Gas Holding Company (Egas) et Israël.

« Dès la signature de l’accord, la société égyptienne Egas entamera les travaux afin de développer les gisements Marine 1 et 2, avec pour objectif de lancer la production dans deux ans », a-t-il ajouté.

Avec le Hamas ?

Une source égyptienne a indiqué à l’AFP que Le Caire était « en contact avec toutes les parties, dont Israël, pour développer et tirer profit du champ gazier de Gaza, ce qui permettrait aussi de soutenir l’économie palestinienne ».

Interrogé par l’AFP, le ministère israélien de l’Energie n’a pas souhaité commenter.

« L’approbation d’Israël est nécessaire pour commencer les travaux et étendre le réseau de gazoducs », a indiqué un autre responsable de l’AP au fait des pourparlers.

Il a dit espérer que l’Egypte parvienne à convaincre Israël et que les États-Unis fassent pression comme ils l’ont fait pour l’accord négocié par Washington avec le Liban et Israël pour permettre l’extraction d’hydrocarbures par les deux pays.

Un dialogue existe déjà entre Israël, l’Egypte et les Palestiniens depuis la création en 2019 du Forum du gaz de la Méditerranée orientale, chargé de veiller au respect du droit international dans la gestion des ressources gazières, et dont font également partie la Jordanie, Chypre, la Grèce et l’Italie.

D’autre part, l’Egypte et Israël partagent un gazoduc sous-marin, passant au large de Gaza et permettant d’acheminer du gaz israélien vers l’Egypte, où il sera désormais liquéfié pour le transporter en bateau vers l’Europe qui cherche à diversifier ses approvisionnements.

La plate-forme gazière Leviathan, au large d’Israël. (Crédit : Albatross)

« Obstruction »

Dans le contexte géopolitique et énergétique actuel, le Hamas s’impatiente et organise des manifestations pour insister sur les droits des Palestiniens concernant les ressources gazières au large de l’enclave de Gaza sous blocus israélien.

« Nous mettons en garde l’occupation (Israël, NDLR) contre toute modification de notre droit à nos ressources maritimes, en particulier le gaz naturel au large de nos côtes », a déclaré Suhail al-Hindi, responsable au sein du Hamas chargé du dossier des ressources naturelles.

« D’un point de vue légal, le Hamas n’a rien à voir avec le gaz de Gaza, mais parce qu’il contrôle l’enclave il peut facilement faire obstruction. Je crois toutefois que l’Egypte peut résoudre ce problème en faisant pression sur le Hamas », explique à l’AFP Mazen Al-Ajla, professeur d’économie à l’Université islamique de Gaza.

« Israël insiste d’ailleurs pour que le Hamas ne bénéficie pas du gaz de Gaza comme condition à tout accord. »

Le Hamas et le mouvement du Fatah, qui domine l’Autorité palestinienne, ont signé jeudi un accord de réconciliation après plus de 15 ans de froid, mais on ignore sa portée notamment sur l’exploitation de gaz au large de Gaza.

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