Netanyahu à Londres : « Les implantations ne sont pas le problème »
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Netanyahu à Londres : « Les implantations ne sont pas le problème »

Le Premier ministre a rejeté les inquiétudes du Grand Rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis, sur l'expansion des implantations

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son épouse Sara rencontrant les dirigeants juifs du Royaume-Uni, y compris le Grand Rabbin Ephraïm Mirvis (en bas à droite) à Londres, le 9 septembre 2015 (Crédit : Avi Ohayon / GPO)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son épouse Sara rencontrant les dirigeants juifs du Royaume-Uni, y compris le Grand Rabbin Ephraïm Mirvis (en bas à droite) à Londres, le 9 septembre 2015 (Crédit : Avi Ohayon / GPO)

Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a repoussé les préoccupations soulevées par le Grand Rabbin de Grande-Bretagne qui a affirmé que la construction d’implantations troublait les partisans d’Israël au Royaume-Uni.

Le Grand Rabbin Ephraïm Mirvis a soulevé la question lors d’une réunion entre les dirigeants juifs et Netanyahu à Londres mercredi soir.

Selon les minutes de la réunion à huis clos d’une heure prises par un fonctionnaire qui y a assisté, Mirvis a déclaré à Netanyahu que les amis d’Israël l’avaient approché lui proposant de « nous aider à vous aider » en limitant l’expansion des implantations.

Netanyahu lui a répondu que « les implantations ne sont pas le problème », et a fait valoir que le conflit israélo-arabe existait bien avant la création des implantations israéliennes situées au-delà de la Ligne verte.

Mirvis n’était pas le seul dirigeant juif britannique à avoir récemment exprimé son inquiétude vis-à-vis de la détérioration de l’image d’Israël en Europe.

Le rabbin Jonathan Sacks (Photo: autorisation Core18)
Le rabbin Jonathan Sacks (Photo: autorisation Core18)

Lors de la conférence d’Herzliya en juin, le prédécesseur de Mirvis, Lord Jonathan Sacks, a déclaré que le mouvement BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) a rendu « presque impossible » pour les Juifs européens de soutenir Israël. Il avait déclaré que le mouvement a déjà réussi à diviser les communautés juives américaines et européennes.

Jeudi, lors d’une réunion avec des parlementaires britanniques, Netanyahu a de nouveau fait face à la question des implantations, mais a fourni une réponse légèrement différente.

La plupart des résidents des implantations, dit-il, vivaient dans les trois blocs urbains qui sont considérés comme étant des régions qui resteraient sous la souveraineté israélienne dans un accord permanent.

« Il doit y avoir une reconnaissance mutuelle, la fin des revendications, et une fin des demandes d’inonder Israël avec les descendants des réfugiés palestiniens, pas plus que nous nous n’inonderons leur territoire avec les descendants des résidents israéliens. Il doit y avoir de la symétrie », a-t-il signalé.

Netanyahu a réaffirmé son aversion pour un État bi-national, affirmant qu’il ne veut pas diriger les Palestiniens indéfiniment.

« J’ai fait la guerre. J’ai été personnellement blessé et perdu des êtres chers … les guerres sont mauvaises… l’idée que le peuple d’Israël ou que moi, je préfère le conflit à la paix, ou que nous ne sommes pas prêts à prendre des mesures pour la paix, est absurde », a-t-il dénoncé.

Le Premier ministre israélien a employé le même ton conciliant publiquement mercredi lors de sa rencontre avec le Premier ministre britannique David Cameron, à qui il a dit qu’il était prêt à rencontrer Abbas « à tout moment, n’importe où, maintenant, sans conditions préalables ».

Lors de la réunion avec les députés britanniques jeudi, Netanyahu a également déclaré que l’augmentation des activistes islamistes dans le Moyen-Orient a conduit à un « changement de mer » dans les relations d’Israël avec les Etats arabes sunnites, qui pourrait être mise à profit pour forger un accord de paix avec les Palestiniens.

S’adressant à quelque 120 membres des associations d’amitié parlementaire britannique à Londres, Netanyahu a déclaré qu’il serait « difficile » de nommer un seul dirigeant arabe qui n’est pas d’accord avec lui à propos de la menace croissante de l’activisme sunnite et chiite initié par les révolutions populaires à travers le Moyen-Orient.

« En raison de ce changement de mer qui a eu lieu, il y a aussi un changement de mer dans les relations israélo-arabes », a déclaré Netanyahu. Les dirigeants des pays bordant les « États brisés » de la Syrie, de l’Irak, du Yémen et de la Libye, a-t-il ajouté, « sont venus à considérer Israël non comme un ennemi mais comme un allié pour endiguer le flot de l’islamisme ».

Netanyahu a déclaré que cette nouvelle convergence d’intérêts entre le monde arabe sunnite et Israël pourrait aider à parvenir à une « paix réaliste » avec les Palestiniens, susceptible d’exercer une pression sur le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour qu’il signe un accord.

« Je crois que nous pourrions exploiter cette nouvelle attitude avec les Etats arabes pour créer le climat, et éventuellement les solutions spécifiques, pour une paix israélo-palestinienne qui, je crois, peut être résumée comme un Etat palestinien démilitarisé qui reconnaît l’Etat juif ».

Ce n’est pas la première fois que Netanyahu fait allusion à un rapprochement avec les Etats sunnites anonymes. Lors de la Conférence Herzliya l’année dernière, Netanyahu a déclaré que la montée de l’intégrisme islamique était à l’origine de ce qui a poussé de nombreux Etats arabes sunnites à réévaluer leurs relations avec Israël.

Lors des deux réunions avec les dirigeants juifs mercredi et avec les parlementaires britanniques jeudi, Netanyahu a consacré une quantité considérable de temps pour discuter de la croissance du mouvement BDS en Europe. A deux reprises, il a évoqué l’affaire Dreyfus de 1894, où l’officier juif français, Alfred Dreyfus, a été faussement accusé de collaboration avec l’Allemagne, provoquant des émeutes antisémites à travers le pays.

Netanyahu a exhorté les dirigeants juifs à passer à l’offensive et à « boycotter les boycotteurs » qui, selon lui, sont « dans le camp de la barbarie et du meurtre ». Il a ajouté que c’est seulement quand l’écrivain français Emile Zola a pointé du doigt les agresseurs de Dreyfus dans son célèbre article « J’accuse », que la marée a commencé à attiser la tendance antisémite.

Il a abordé la vague massive de réfugiés – principalement de la Syrie – arrivant sur les rivages de l’Europe. Netanyahu a mis en garde contre un « tsunami » qui menace de nombreux dirigeants européens qui sont dans le déni. Il a évoqué le Premier ministre italien, Matteo Renzi, et le président du Conseil européen, Donald Tusk, les identifiant comme des leaders exceptionnels qui « comprennent ».

Netanyahu a appelé à un « changement de paradigme » dans la pensée européenne envers l’islam militant, à encourager une action occidentale plus robuste contre le groupe de l’Etat islamique.

Il a déclaré qu’Israël était le seul Etat qui représente les valeurs de l’Europe occidentale dans l’étendue du Moyen-Orient qui a, quant à lui, des valeurs remontant au « début du Moyen-âge ».

Il a continué à opposer les attitudes anti-israéliennes qui prévalent en Europe avec celles de l’Inde, de la Chine et du Japon, qui reconnaissent les réalisations technologiques d’Israël et leur contribution à l’économie mondiale.

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