Netanyahu accepte en partie l’initiative de paix arabe pour “raviver” les négociations
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Netanyahu accepte en partie l’initiative de paix arabe pour “raviver” les négociations

Le Premier ministre propose de négocier sur la base de la version de 2002 ; le nouveau ministre de la Défense Liberman y voit aussi “des éléments très positifs”

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Défense Avigdor Liberman pendant une conférence de presse commune à la Knesset, le 30 mai 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Défense Avigdor Liberman pendant une conférence de presse commune à la Knesset, le 30 mai 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pendant une déclaration spectaculaire, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a en partie soutenu lundi l’initiative de paix arabe, proposant de négocier avec le monde arabe les paramètres de ce projet, qui promet à Israël des relations diplomatiques complètes avec 57 pays arabes ou musulmans après la conclusion d’un accord de paix avec les Palestiniens.

« Je saisis cette opportunité pour préciser que je reste déterminé à faire la paix avec les Palestiniens et avec tous nos voisins. L’initiative de paix arabe contient des éléments positifs qui pourraient aider à raviver les négociations avec les Palestiniens », a déclaré Netanyahu à la Knesset.

« Nous sommes prêts à négocier avec les états arabes des révisions de cette initiative pour qu’elle reflète les changements spectaculaires de notre région depuis 2002 [date initiale de la proposition], mais maintienne l’objectif accepté de deux états pour deux peuples », a déclaré Netanyahu, dans une première déclaration en hébreu qu’il a répétée en anglais.

Le Premier ministre a conclu ses remarques en saluant un récent discours du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi, qui proposait l’aide du Caire pour qu’Israéliens et Palestiniens concluent un accord de paix.

Netanyahu n’a pas mentionné ses conditions, souvent répétées, à tout accord de paix avec Ramallah : tout état palestinien doit être démilitarisé et doit reconnaitre Israël comme le foyer national du peuple juif.

Netanyahu n’a pas non plus mentionné la nouvelle initiative de paix française, qui débutera vendredi avec une conférence où se réuniront les ministres des Affaires étrangères de certains des états les plus importants du monde, dont les Etats-Unis, l’Egypte et l’Arabie saoudite.

Aux côtés de Netanyahu, le nouveau ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré qu’il soutenait totalement la déclaration du Premier ministre, y compris son appel à un accord menant à deux états pour deux peuples. Son parti, Yisrael Beytenu, soutient depuis longtemps le discours de Bar-Ilan de Netanyahu en 2009, dans lequel il avait pour la première fois accepté le principe d’un état palestinien, a déclaré Liberman.

« Le discours du président Sissi était très important, il a créé une opportunité authentique qui nous oblige à saisir le défi, a déclaré Liberman. J’accepte évidemment que dans l’initiative de paix arabe, il y a des éléments très positifs qui nous permettront de mener un dialogue sérieux avec nos voisins dans la région. »

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une rencontre des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe pour préparer la conférence de paix organisée par la France, au Caire, le 28 mai 2016. (Crédit : AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une rencontre des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe pour préparer la conférence de paix organisée par la France, au Caire, le 28 mai 2016. (Crédit : AFP)

Proposée par l’Arabie saoudite puis acceptée par la Ligue arabe il y a 14 ans, l’initiative de paix arabe dit que 57 pays arabes et musulmans établiront « des relations diplomatiques complètes et normales » avec Israël, en échange d’un « accord de paix totale » avec les Palestiniens.

En 2002, le gouvernement israélien était curieux mais avait perçu l’initiative comme une proposition à prendre ou à laisser qu’il ne pouvait saisir. « En surface, la proposition semblait séduisante, avec sa disposition disant que les états arabes accueilleraient la paix avec Israël – quelque chose qu’ils n’ont jamais voulu faire depuis la fondation de l’Etat », a écrit en 2011 Gilad Sharon, le fils d’Ariel Sharon, Premier ministre à l’époque, dans ses mémoires sur son père. « Mais les détails ont rendu l’offre inacceptable. »

Initialement, l’initiative demandait un « retrait israélien total de tous les territoires arabes occupés depuis juin 1967 », l’établissement d’un Etat palestinien avec Jérusalem Est comme capitale, et une solution « juste » et « acceptée » à la question des réfugiés palestiniens.

Au fil des années, l’initiative a été en partie acceptée par certains au sein de la gauche israélienne, mais l’initiative a été considérée comme vouée à l’échec par beaucoup d’Israéliens en raison du retrait nécessaire du plateau du Golan et de la nature ouverte du sujet des réfugiés.

En 2013, la Ligue arabe avait fait preuve de flexibilité en permettant que, pour atteindre un accord final sur le conflit israélo-palestinien, des échanges de territoires « comparables », mutuellement acceptés et « mineurs » soient possibles.

Il y a exactement un an, Netanyahu avait pour la première fois parlé positivement de l’initiative, bien qu’il se soit arrêté avant de la soutenir.

« L’initiative a 13 ans, et la situation au Moyen Orient a changé depuis sa première proposition », avait-il dit aux journalistes le 28 mai 2015. « Mais l’idée générale, d’essayer de conclure des protocoles avec les pays arabes dirigeants, est une bonne idée. »

Ces derniers mois, Netanyahu a fréquemment vanté ce qu’il décrit comme un réchauffement des relations avec les pays arabes sunnites, avec lesquels Israël partage de plus en plus d’intérêts sécuritaires régionaux.

Sa déclaration et celle de Liberman, acceptant des négociations de paix avec les Palestiniens, interviennent en même temps que des critiques nationales et internationales de la nomination de Liberman, largement perçu comme tenant d’une ligne dure, au poste sensible de ministre de la Défense, et sur l’ajout de son parti à la coalition pour former ce qui a été décrits par des experts comme le gouvernement « le plus à droite » de l’histoire d’Israël.

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