Netanyahu fustigé par l’opposition pour l’accord de réconciliation avec la Turquie
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Netanyahu fustigé par l’opposition pour l’accord de réconciliation avec la Turquie

Pour des députés de l’Union sioniste, le Premier ministre est allé “trop loin” en acceptant de dédommager les victimes du raid de la flottille de Gaza ; la Liste Arabe unie parle d’“admission de culpabilité”

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 1er juin 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 1er juin 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les députés de l’opposition ont critiqué dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour la conclusion d’un accord qui restaure les relations avec la Turquie, et implique de payer des millions de dollars de dédommagement aux familles des citoyens turcs tués pendant un violent affrontement avec les troupes israéliennes en 2010.

Après des mois de négociation, Israël et la Turquie ont conclu un accord dimanche, mettant ainsi fin à des années de brouille diplomatique suite au raid mortel de 2010 contre un navire de la flottille à destination de Gaza, a annoncé un responsable israélien.

Les relations autrefois étroites entre Israël et la Turquie s’étaient significativement dégradées quand un commando israélien avait lancé un raid avant l’aube sur une flottille de six navires qui essayaient de briser le blocus sécuritaire d’Israël sur la bande de Gaza dirigée par le Hamas, et avait intercepté le Mavi Marmara, battant pavillon turc. Les soldats israéliens avaient été violemment attaqués par les militants se trouvant à bord du bateau.

Neuf citoyens turcs, dont un possédait aussi la nationalité américaine, avaient été tués dans la mêlée qui avait suivi. Un dixième était décédé des années plus tard de ses blessures. Nombre de soldats israéliens avaient été blessés.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant l'inauguration de la mosquée Bayzid I à l'aéroport international Esenboga d'Ankara, le 23 juin 2016. (Crédit : AFP/Adem Altan)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant l’inauguration de la mosquée Bayzid I à l’aéroport international Esenboga d’Ankara, le 23 juin 2016. (Crédit : AFP/Adem Altan)

Israël a imposé un blocus su la bande de Gaza en juin 2006, après l’enlèvement du soldat Gilad Shalit par le Hamas. Les restrictions, conçues pour empêcher le Hamas d’importer des armes, avaient été durcies un an après, quand le groupe terroriste, qui s’est engagé à détruire Israël, avait pris le contrôle de l’enclave après un violent coup d’état contre le Fatah.

L’accord pour restaurer les relations diplomatiques entre Jérusalem et Ankara inclut un dédommagement israélien de 20 millions de dollars pour les familles des victimes turques du raid, et un engagement turc à aider à libérer les prisonniers israéliens et les corps de deux soldats détenus à Gaza.

Les passagers sur le port du Mavi Marmara, le 31 mai 2010. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne/Flash90)
Les passagers sur le port du Mavi Marmara, le 31 mai 2010. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne/Flash90)

« A nouveau, Netanyahu met la queue entre les jambes avec le Hamas, nuit aux soldats israéliens sans ciller, et blesse les familles des [soldats et civils] disparus], a déclaré Erel Margalit, député de l’Union sioniste, sur Facebook. « A nouveau, M. Sécurité renforce les radicaux et affaiblit Israël. »

Itzik Shmuli, lui aussi député de l’Union sioniste, a déclaré que bien que les relations avec la Turquie soient importantes, Netanyahu était allé « trop loin » dans les termes de l’accord. « Où est l’ancien [ministre de la Défense Avigdor] Liberman qui aurait hurlé qu’ils récompensaient le terrorisme ? », a-t-il demandé.

Gideon Saar, ancien ministre du Likud, qui prévoirait de se présenter contre Netanyahu pour les prochaines élections générales, a déclaré qu’il espérait que les articles de presse au sujet de l’accord avec la Turquie n’étaient pas corrects.

« S’ils sont vrais, c’est une honte nationale et une invitation à plus de flottilles et plus de calomnie par les ennemis d’Israël », a-t-il déclaré.

Les députés Hanin Zoabi (au centre) et Jamal Zahalka (à gauche) devant la Cour suprême pendant l'appel de Zoabi en 2012 contre sa disqualification pour les prochaines élections en raison de sa participation à la flottille pour Gaza en mai 2010 à bord du Mavi Marmara. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les députés Hanin Zoabi (au centre) et Jamal Zahalka (à gauche) devant la Cour suprême pendant l’appel de Zoabi en 2012 contre sa disqualification pour les prochaines élections en raison de sa participation à la flottille pour Gaza en mai 2010 à bord du Mavi Marmara. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Hanin Zoabi, députée de la Liste arabe unie qui avait pris part à la flottille du 31 mai 2010 pour briser le blocus israélien sur la bande de Gaza, a déclaré que l’acquiescement du gouvernement au dédommagement des victimes était une admission de culpabilité d’avoir « assassiné neuf personnes, en avoir blessé des dizaines, et d’enlèvement et de piraterie en haute mer ».

Un responsable israélien a rejeté cette affirmation, déclarant que ce n’était pas un signe d’acceptation de responsabilité, mais « un geste humanitaire ». Le responsable a déclaré qu’Israël ne transfèrerait pas les fonds avant que le Parlement turc ne vote une motion pour empêcher la poursuite des soldats israéliens impliqués dans l’incident, a annoncé la Deuxième chaîne.

Zoabi a critiqué l’accord, qui ne va pas assez loin pour lever le blocus. Elle a appelé à plus de flottilles vers Gaza jusqu’à ce qu’il cesse.

Un responsable israélien a annoncé qu’une conférence de presse aurait lieu lundi pour présenter les détails du compromis historique, et que les parties signeront l’accord mardi.

Le responsable s’exprimait depuis Rome, où les négociateurs se sont rencontrés dimanche pour finaliser l’accord et où Netanyahu a atterri dimanche également pour discuter avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry des efforts de paix palestiniens.

Les soldats de Tsahal Oron Shaul (à gauche) et Hadar Goldin (à droite) (Crédit : Flash90)
Les soldats de Tsahal Oron Shaul (à gauche) et Hadar Goldin (à droite) (Crédit : Flash90)

Les familles du Lieutenant Hadar Goldin et du Sergent Oron Shaul, tous deux tués en 2014 pendant la guerre à Gaza, ainsi que celle d’Avraham Abera Mengistu, qui a disparu dans la bande de Gaza plus tard en 2014, ont appelé le gouvernement à s’assurer que le retour de leurs fils fasse partie de l’accord. Un quatrième Israélien serait également détenu à Gaza, selon des responsables.

Le responsable israélien a déclaré que l’accord serait signé mardi par le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Dore Gold, et son homologue turc.

Avraham Mengistu, 28 ans, détenu par le Hamas dans la bande de Gaza depuis 2014. (Crédit : Facebook)
Avraham Mengistu, 28 ans, détenu par le Hamas dans la bande de Gaza depuis 2014. (Crédit : Facebook)

Les deux parties ont travaillé pour finaliser l’accord ces derniers mois, Israël recherchant un client potentiel pour ses exports de gaz naturel offshore, et la Turquie, membre de l’OTAN, voulant restaurer son influence régionale, selon les analystes.

Les Etats-Unis ont également œuvré pour que les deux pays, autrefois alliés régionaux proches et partenaires économiques, résolvent leur dispute, alors qu’ils cherchent une coopération dans le combat contre les extrémistes du groupe terroriste Etat islamique.

Le Mavi Marmara au large des côtes d'Israël, en mai 2010. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)
Le Mavi Marmara au large des côtes d’Israël, en mai 2010. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

L’accord devrait être approuvé mercredi par le cabinet de sécurité israélien, selon des médias et un responsable israélien qui a demandé à rester anonyme.

Deux des conditions cruciales de la Turquie pour une normalisation, des excuses et des dédommagements, ont été largement remplies précédemment, ne laissant comme obstacle à la réconciliation que sa troisième demande, qu’Israël lève le blocus sur la bande de Gaza dirigée par le Hamas, selon un responsable israélien. Le blocus est conçu pour empêcher le Hamas d’importer des armes.

Dans le cadre des termes annoncés de l’accord, Israël autorisera la construction d’un hôpital plus que nécessaire à Gaza, ainsi que la construction d’une nouvelle centrale électrique et d’une usine de désalinisation pour obtenir de l’eau potable.

La Turquie enverrait de l’aide aux Palestiniens via le port israélien d’Ashdod plutôt que directement à Gaza, selon les articles.

La Turquie s’est également engagée à empêcher le groupe terroriste Hamas à mener des activités contre Israël depuis son territoire, a annoncé dimanche un média hébraïque.

Le Hamas pourra continuer à agir en Turquie pour des motifs diplomatiques, selon l’article.

Il y a eu trois guerres entre Israël et les combattants du Hamas dans la bande de Gaza depuis 2008, dont un conflit dévastateur de 50 jours à l’été 2014.

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