Netanyahu reconnaît l’impossibilité d’un gouvernement soutenu par Raam
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Netanyahu reconnaît l’impossibilité d’un gouvernement soutenu par Raam

Après l'opposition de la formation islamiste à un vote important pour le Likud, Netanyahu réclame à nouveau un scrutin spécial pour désigner le Premier ministre

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au cours d'une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 20 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au cours d'une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 20 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré, mardi soir, n’entrevoir aucune possibilité de former un gouvernement qui serait soutenu par le parti islamiste Raam, après que la formation arabe israélienne a voté contre le bloc partisan du chef du Likud dans la journée de lundi, lors d’un scrutin déterminant.

Netanyahu a donc estimé que les seules options permettant d’éviter à ses adversaires de prendre le pouvoir – ou d’éviter un cinquième retour des Israéliens aux urnes – seraient que Gideon Saar revienne sur la promesse de campagne qu’il a mise au cœur de son parti, Tikva Hadasha, de ne jamais s’allier au leader du Likud, ou encore l’organisation d’un vote direct qui permettrait de nommer un Premier ministre, une idée qui a été évoquée par certains et très critiquée par ailleurs.

« Nous n’avons pas besoin de Raam », a expliqué le Premier ministre lors d’une conférence de presse. « Il faut organiser des élections directes de manière à ce que nous puissions mettre en place un gouvernement. »

« Je veux être en mesure de former un gouvernement de droite et la seule manière de réussir à le faire sans s’appuyer sur une faction ou une autre, c’est un scrutin direct », a-t-il ajouté.

Cette proposition d’élection directe semble toutefois compromise, les responsables de la formation Raam ayant fait savoir, mardi, qu’il était improbable qu’ils apportent leur soutien à cette initiative.

Dans le contexte d’impasse politique en cours suite aux élections, une proposition concernant la représentation des différentes formations au sein de l’importante commission des Arrangements, qui avait été soumise par le Likud, a été rejetée lundi par la Knesset, Raam rejoignant l’opposition lors du vote. Le parti arabe israélien a alors soutenu une contre-proposition de l’opposition qui, pour sa part, a été adoptée, le bloc anti-Netanyahu ayant la majorité dans la commission.

La coopération de Raam et du bloc anti-Netanyahu est arrivée alors que le parti s’était abstenu de se positionner clairement auprès des formations partisanes du Premier ministre ou adversaires de ce dernier au cours des négociations consacrées à la formation d’un gouvernement. Netanyahu avait espéré mettre en place un gouvernement de droite avec l’appui extérieur de Raam, mais l’idée avait été immédiatement rejetée par le Parti sioniste religieux d’extrême-droite qui avait répété qu’il ne siégerait jamais dans une coalition bâtie sur le principe d’une coopération avec une formation arabe israélienne.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au centre, arrive pour sa réunion de faction à la Knesset de Jérusalem, le 19 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Pour asseoir une majorité à la Knesset, il faudrait que Netanyahu puisse rallier à ses côtés le Parti sioniste religieux et le parti de droite Yamina, en plus du soutien externe de Raam. Suite au vote de Raam, qui a rejeté la proposition du Likud, les députés du Parti sioniste religieux ont fait remarquer qu’il était à l’évidence impossible de se fier à Raam et de compter sur la faction de Mansour Abbas pour soutenir le gouvernement, même de l’extérieur.

Face à Netanyahu, il y a le dit « bloc du changement » avec à sa tête Yair Lapid, qui réunit des partis de droite, de gauche et du centre. Ce bloc sera également dans l’incapacité de former une coalition au pouvoir sans Yamina et sans Raam qui, pour leur part, n’ont pas pris d’engagement à l’égard des uns ou des autres.

Alors que ses possibilités de rassembler une coalition semblent s’évanouir petit à petit, Netanyahu apporte dorénavant son soutien à une initiative – qui bloquerait toute possibilité pour le président de Yesh Atid, Yair Lapid, de devenir Premier ministre et qui préviendrait aussi l’organisation d’un cinquième scrutin – de mettre en place une élection directe qui nommerait le Premier ministre.

« Il y a une solution à cette impasse et cette solution, c’est un vote direct pour désigner le Premier ministre qui permettra au public de décider qui il veut voir diriger le pays. Il est aujourd’hui impossible de former un gouvernement de droite en raison de questions purement personnelles », a déclaré Netanyahu dans la journée de mardi.

Lundi, le parti ultra-orthodoxe Shas a soumis un projet de loi qui prévoit la tenue d’un scrutin spécial, dès le mois prochain, qui désignerait le Premier ministre – un moyen de sortir, selon la formation, de l’impasse politique qui a été marquée par quatre élections dont les résultats se sont avérés non-concluants en l’espace de deux ans. Les dernières ont eu lieu au mois de mars.

Si la loi du Shas devait être adoptée, elle empêcherait Lapid d’avoir l’opportunité de tenter de rassembler une coalition, et ce même si Netanyahu est dans l’incapacité de le faire de son côté – et elle mettrait également un terme à la tentative de Bennett de devenir Premier ministre. De plus, elle empêcherait aussi Benny Gantz de devenir Premier ministre au mois de novembre conformément à ce que stipule l’accord qui avait été conclu dans le cadre du gouvernement d’unité, dont les règles pourraient continuer à s’appliquer si aucune coalition n’est formée d’ici là.

Lapid a immédiatement rejeté cet appel en faveur d’un vote direct de la part de Netanyahu en écrivant sur Twitter que : « Netanyahu, l’État d’Israël n’a pas besoin d’une autre élection. Ce n’est d’ailleurs pas une élection directe : c’est une stratégie de contournement, pour vous, qui vous permettra de gagner du temps au détriment de la population. »

« Le moment est venu de former un gouvernement d’union. C’est possible », a continué Lapid, se référant à une coalition potentielle qui ne comprendrait pas le Likud – mais qui rencontrerait des difficultés significatives dans la mesure où elle devrait faire se côtoyer partis de droite et arabes, ou encore formations ultra-orthodoxes et laïques.

Le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, pendant une conférence de presse, le 18 avril 2021. (Autorisation)

Tandis qu’un vote direct pour désigner le Premier ministre déterminerait automatiquement la personnalité en charge de former le gouvernement, elle ne changerait pas pour autant l’arithmétique de la coalition et le vainqueur devrait encore s’adjoindre une majorité à partir des mêmes partis qui ont été élus au mois de mars.

Netanyahu a toutefois lancé un appel à Bennett en lui demandant d’apporter « dès aujourd’hui » son soutien à une élection directe qui ouvrerait la voie à « la formation d’un gouvernement de droite ».

Au début du mois de décembre 2019, suite au second vote non-concluant de l’année, Netanyahu avait déclaré qu’il soutiendrait une proposition de scrutin direct pour désigner le nouveau chef de gouvernement, une tentative d’éviter un troisième tour national.

A l’époque, Yamina avait soutenu cette proposition qui n’avait pas obtenu suffisamment de soutiens. La Knesset s’était dissous le 11 décembre 2019 et un nouveau scrutin avait été organisé au mois de mars 2020.

Le chef de Raam, Mansour Abbas, au siège du parti à Tamra, le soir des élections, le 23 mars 2021. (Crédit : Flash90)

Tandis que Netanyahu a déclaré, mardi, que le projet de loi pourrait être adopté avec le soutien de Bennett, son bloc – en y intégrant Yamina – ne représenterait que 59 sièges et il aurait probablement besoin de l’appui de Raam dans le cadre d’un vote devant le Parlement.

Le chef de la formation islamiste, Mansour Abbas, a indiqué qu’il réfléchirait à soutenir le projet de loi du Shas pour désigner le Premier ministre par le biais d’une élection. Toutefois, des sources du parti ont estimé qu’il était peu probable que Raam appuie la législation proposée, a noté la Douzième chaîne, mardi.

Suite au vote qui a eu lieu lundi concernant la commission des Arrangements, Abbas a précisé avoir été écarté du Likud en raison des attaques lancées à son encontre par les alliés de Netanyahu au sein du Parti sioniste religieux, qui accusent les parlementaires de Raam d’être anti-sionistes et de soutenir le terrorisme palestinien.

Alors qu’il lui était demandé, mardi, pourquoi il n’avait pas critiqué ses partenaires du Parti sioniste religieux pour leurs critiques de Raam, Netanyahu a répondu que « je ne me mêle pas de ça… Je suis contre les initiations à la violence et je soutiens le public arabe ».

Si Netanyahu échoue à former un gouvernement d’ici le 4 mai, Rivlin aura deux options : Charger un autre candidat de cette mission ou reléguer cette tâche à la Knesset, qui devra alors directement choisir un député pour assumer cette fonction.

Le bloc de l’opposition, dirigé par Lapid, devra lui aussi relever des défis significatifs pour rassembler une majorité, les partis qui le constituent nourrissant des points de vue diamétralement opposés sur des problématiques majeures.

Selon un reportage de la Treizième chaîne diffusé mardi, les négociations sur l’éventuelle formation d’une coalition qui sont actuellement menées par Lapid et Bennett se heurtent à des difficultés, les deux hommes ne parvenant pas à s’accorder sur l’allocation des différents ministères et sur la personnalité qui devra être chargée de mettre en place un gouvernement en cas d’échec de Netanyahu.

Les chefs de parti Naftali Bennett et Yair Lapid lors de la traditionnelle photo de groupe pendant la cérémonie de prestation de serment de la 24e Knesset, au bâtiment de la Knesset à Jérusalem, le 6 avril 2021. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

Le reportage a précisé que si Lapid désirait que chacune des formations obtienne un ministre pour trois députés, Bennett réclamerait que les factions de droite prennent la tête de ministères supplémentaires. Le dirigeant de Yamina insisterait également sur la nécessité de placer les formations de droite à la tête des ministères politiquement sensibles – comme celui de la Justice, de l’Intérieur et de la Culture – tandis que Lapid aurait exigé une répartition équilibrée entre les deux parties.

Si Lapid s’est publiquement engagé à laisser Bennett prendre en premier le poste de chef de gouvernement dans le cadre d’un éventuel accord de rotation du pouvoir, la chaîne a fait savoir qu’il avait demandé à être chargé de la formation d’une coalition en cas d’échec de Netanyahu. Saar, dont le mouvement de droite fait partie du bloc anti-Netanyahu, désire pour sa part que ce soit Bennett qui obtienne ce mandat, selon le reportage.

Si aucun bloc ne devait parvenir à établir un gouvernement, alors Israël se dirigerait vers un nouveau scrutin – ce serait le cinquième en l’espace de trois ans.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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