Netanyahu se dit prêt à annexer les implantations de Cisjordanie, Gantz condamne
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Netanyahu se dit prêt à annexer les implantations de Cisjordanie, Gantz condamne

Le centriste, opposé à toute décision "unilatérale", s'est demandé pourquoi le Premier ministre ne l'avait pas fait "pendant les 13 années durant lesquelles il était au pouvoir"

Le général retraité de Tsahal, Benny Gantz, l'un des dirigeants du parti Kakhol lavan, fait une apparition électorale à Tel-Aviv le 7 avril 2019. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
Le général retraité de Tsahal, Benny Gantz, l'un des dirigeants du parti Kakhol lavan, fait une apparition électorale à Tel-Aviv le 7 avril 2019. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué vouloir annexer les implantations israéliennes de Cisjordanie, une prise de position jugée « irresponsable » par son principal rival Benny Gantz, à deux jours d’élections législatives qui pourraient s’avérer serrées.

Netanyahu a déclaré samedi soir vouloir annexer des implantations israéliennes en Cisjordanie en cas de réélection. « J’appliquerai la souveraineté (israélienne) sans faire de distinction entre les (plus grands) blocs d’implantations et les implantations isolées », a-t-il affirmé sur la Douzième chaîne de télévision israélienne.

Interrogé sur sa propre position dans le cadre d’une interview au site d’information Ynet, Benny Gantz, le meneur de la coalition centriste Kakhol lavan, s’est demandé pourquoi M. Netanyahu n’avait pas annexé la Cisjordanie « pendant les 13 années durant lesquelles il était au pouvoir », si telle était son intention.

« Je pense que s’exprimer sur un choix stratégique et historique dans le cadre d’une campagne électorale (…) est irresponsable », a-t-il ajouté, avant de se dire pour sa part opposé à toute décision « unilatérale ».

« Nous ferons tout notre possible pour parvenir à un accord de paix régional et global tout en restant fidèles à nos principes », a expliqué l’ancien chef d’état-major.

Ces principes sont, selon lui : la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain, dont une partie se trouve en Cisjordanie, ainsi que sur les blocs d’implantations en Cisjordanie et l’ensemble de Jérusalem.

Par le passé, M.Gantz s’est en revanche dit favorable à l’évacuation de certaines implantations.

Il a qualifié les remarques de Netanyahu de « déclaration dénuée de sens ».

« C’est dommage de jouer avec des gens comme ça », a-t-il ajouté.

Saeb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine, s’entretient avec des journalistes lors d’une conférence de presse après sa rencontre avec des diplomates et des dignitaires étrangers, à Ramallah, en Cisjordanie, le 28 février 2018. (AFP / Abbas Momani

Le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Riyad al-Maliki, a déclaré à l’Associated Press en marge du Forum économique mondial en Jordanie que Netanyahu serait confronté à un « réel problème » s’il poursuivait l’annexion des implantations.

« Si Netanyahu veut déclarer la souveraineté d’Israël sur la Cisjordanie, alors vous savez qu’il doit faire face à un réel problème : la présence de 4,5 millions de Palestiniens, que faire d’eux », a déclaré Maliki, faisant apparemment référence à l’ensemble de la population palestinienne vivant en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza.

Malki a déclaré qu’Israël ne pouvait pas expulser les Palestiniens. « Nous resterons là-bas », a-t-il déclaré. « La communauté internationale doit traiter avec nous. »

Commentant la déclaration du Premier ministre israélien, un haut dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erekat, a estimé qu’elle n’était pas « surprenante ».

« Israël va continuer à violer cyniquement la loi internationale aussi longtemps que la communauté internationale laissera l’Etat hébreu passer outre ses obligations en toute impunité, particulièrement avec le soutien de l’administration (américaine de Donald) Trump », a-t-il écrit sur Twitter.

Les implantations installées depuis 1967 sur les Territoires palestiniens sont illégales au regard du droit international et une grande partie de la communauté internationale voit en elles un obstacle majeur à la paix.

Leur annexion par Israël pourrait sonner le glas de la solution dite à deux Etats, c’est-à-dire la création d’un Etat palestinien qui coexisterait avec Israël.

La Turquie a vigoureusement dénoncé les déclarations de M. Netanyahu.

« La Cisjordanie est un territoire palestinien occupé par Israël en violation du droit international », et ces propos qui « visent à glaner quelques voix (…) n’y changeront rien », a dit le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, sur Twitter.

« Les démocraties occidentales vont-elles réagir ou continuer d’être dans l’apaisement ? Honte à tous ! », a réagi sur Twitter Ibrahim Kalin, porte-parole du président turc Recep Tayyip Erdogan.

Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères. (Crédit : capture d’écran YouTube)

A trois jours des législatives, les propos du Premier ministre israélien semblent être un appel du pied aux électeurs de droite qui ne croient pas en la faisabilité de cette solution.

M. Netanyahu avait affirmé vendredi avoir dit à Donald Trump qu’Israël refuserait, dans le cadre d’un futur plan de paix, d’évacuer « ne serait-ce qu’une personne » des implantations en Cisjordanie.

Il a cependant dit douter que cela serait préconisé par le plan américain, qui doit être proposé dans la foulée des législatives.

« Et si (le plan propose le retrait des implantations), alors Israël n’y souscrira pas », avait-il prévenu.

Plus de 400 000 Israéliens vivent dans des implantations en Cisjordanie, tandis que 200 000 autres habitent à Jérusalem-Est, secteur palestinien de la ville sainte.

Benjamin Netanyahu se targue régulièrement d’être proche du président Trump, tandis que le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a rompu ses relations avec Washington après la reconnaissance américaine fin 2017 de Jérusalem comme capitale d’Israël. Les Palestiniens accusent l’administration Trump de parti pris, ce qui discrédite selon eux les Etats-Unis dans leur rôle historique de médiateur.

Les efforts pour une paix israélo-palestinienne sont à l’arrêt depuis l’échec de l’administration de Barack Obama en 2014.

Donald Trump s’est montré samedi prudent sur l’issue des législatives israéliennes, prévoyant un scrutin « serré ».

« Au fait, qui va gagner la course ? Je ne sais pas », a lancé M. Trump lors de la convention annuelle de la Republican Jewish Coalition à Las Vegas. « Je pense que ça va être serré », a-t-il ajouté. « Deux hommes bien, deux hommes bien », a-t-il poursuivi en référence à MM. Netanyahu et Gantz.

Mais il a rappelé qu’il était aux côtés du premier à la Maison Blanche le 25 mars « pour reconnaître la souveraineté d’Israël » sur la partie du Golan syrien occupée par l’Etat hébreu.

Cette reconnaissance a été perçue comme un coup de pouce supplémentaire de Donald Trump pour « Bibi » – le surnom de M. Netanyahu – dans la perspective des élections.

Les derniers sondages autorisés avant les législatives placent les listes de Benjamin Netanyahu et de Benny Gantz au coude à coude. Ils confèrent cependant l’avantage au Premier ministre sortant pour former le prochain gouvernement.

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