Nonna Mayer : « au niveau des opinions, la minorité juive est la mieux acceptée »
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Nonna Mayer : « au niveau des opinions, la minorité juive est la mieux acceptée »

La chercheuse au CNRS et spécialiste de l'extrême-droite analyse les dernières données relatives à l'antisémitisme en France

Nonna Mayer sur le plateau de Médiapart en 2015 (Crédit: capture d'écran Youtube/Médiapart)
Nonna Mayer sur le plateau de Médiapart en 2015 (Crédit: capture d'écran Youtube/Médiapart)

Nonna Mayer est directrice de recherche émérite au CNRS, rattachée au Centre d’études européennes de Sciences Po et spécialisée dans le Front national – aujourd’hui Rassemblement national.

A l’aune des chiffres dévoilés par le Premier ministre Edouard Philippe – +69 % d’actes antisémites pour les 9 premiers mois de 2018 – elle analyse pour les Inrocks les données disponibles sur l’antisémitisme de droite et l’antisémitisme musulman.

Première constatation, selon différentes sources que la chercheuse cite – statistiques policières, plate-forme Pharos etc…- elle affirme qu’au « niveau des opinions la minorité juive est de loin la mieux acceptée » et qu’elle est « vue comme un modèle d’intégration, même si des stéréotypes anciens, associant les juifs au pouvoir et à l’argent, persistent ».

« Les actes antisémites en revanche connaissent un essor spectaculaire depuis les débuts de la Seconde Intifada, en 2000, alors qu’ils étaient devenus résiduels à la fin des années 1990, rappelle-t-elle. Le conflit israélo-palestinien sert de déclencheur, la critique d’Israël et du sionisme venant s’ajouter aux argumentaires à base religieuse, économique ou raciale. C’est sur les réseaux sociaux enfin que les discours de haine sont les plus virulents et les plus nombreux, sans censure aucune ».

Graffitis retrouvés dans le local de l’UEJF le 28 mars 2018 (Crédit: capture d’écran compte Twitter UEJF)

Mais selon Nonna Mayer « quels que soient l’âge ou le diplôme, ils sont plus fréquents à droite et culminent à l’extrême droite du champ politique, chez les proches du FN/RN ».

« Quant à un ‘nouvel antisémitisme’ qui serait spécifique aux musulmans il y a peu d’enquêtes fiables faisant la part de ce qui tient à la religion, au milieu social, au diplôme et à l’origine. L’enquête de Sylvain Brouard et Vincent Tiberj sur les nouveaux citoyens issus de l’immigration maghrébine, africaine et turque, en majorité musulmans (Français comme les autres ? Presses de Sciences Po, 2005), montre que l’antisémitisme y était un peu plus répandu que dans le reste de la population, tout en restant minoritaire (par exemple 33 % adhéraient au stéréotype du pouvoir des juifs contre 18 % en moyenne) ».

Le concept de nouvel « nouvel antisémitisme » a été popularisé en avril 2018 par une pétition signée par 300 personnalités.

Mireille Knoll, 85 ans, une survivante de l’Holocauste qui a été retrouvée assassinée dans son appartement à Paris (Autorisation)

Elles s’alarmaient, notamment suite aux meurtres de Sarah Halimi et Mireille Knoll, du nombre de Juifs tués en France parce que Juifs par des radicaux islamistes au cours de ces derniers années.

« Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France », lit-on dans ce texte signé par des personnalités politiques de droite comme de gauche (l’ancien président de droite Nicolas Sarkozy, le chef de la droite Laurent Wauquiez, l’ex-Premier ministre socialiste Manuel Valls, l’ancien maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë…), des artistes (feu le chanteur Charles Aznavour, l’acteur Gérard Depardieu…), des intellectuels, des responsables religieux juifs, musulmans et catholiques.

« Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs par des islamistes radicaux », écrivent-ils, en référence à l’assassinat du jeune Ilan Halimi en 2006, la tuerie qui a fait quatre morts, dont trois enfants – le rabbin Jonathan Sandler et deux de ses enfants, Gabriel, 3 ans, et Aryeh, 6 ans ainsi qu’une autre petite fille de 8 ans, Myriam Monsonégo – dans une école juive de Toulouse (sud) en 2012, de l’attaque du magasin Hyper Cacher à Paris en 2015 qui a fait quatre morts Yoav Hattab, Yohan Cohen, Francois-Michel Saada, Philippe Braham, de la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et, récemment, du meurtre d’une octogénaire juive dans la capitale, Mireille Knoll.

Extrait d’un montage d’Esther Grinberg, diffusé sur Instagram (Crédit : https://www.instagram.com/esthergrinberg/)

Ciblant principalement ce « nouvel antisémitisme » qui sévit dans les quartiers populaires sous l’effet d’un islam identitaire voire radical, les signataires demandant « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ».

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