Notre lune de miel Transsibérienne casher de 10 000 km de long
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Témoignage

Notre lune de miel Transsibérienne casher de 10 000 km de long

Le légendaire voyage en train à travers la Russie permet de découvrir les villes, la nature et les communautés juives - et ce, sans enfreindre les lois alimentaires juives

  • Le Centre communautaire juif d'Ekaterinbourg. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
    Le Centre communautaire juif d'Ekaterinbourg. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
  • La ligne de chemin de fer Circum-Baïkal le long du lac Baïkal. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
    La ligne de chemin de fer Circum-Baïkal le long du lac Baïkal. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
  • Gare de Birobidjan. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
    Gare de Birobidjan. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
  • L'auteur et son mari font une pause pendant le trajet d'Oulan-Oudé à Vladivostok, à la gare Skovorodinskiy Rayon. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
    L'auteur et son mari font une pause pendant le trajet d'Oulan-Oudé à Vladivostok, à la gare Skovorodinskiy Rayon. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
  • Le temple bouddhiste Datsan de Rinpoché Bagsha, à Oulan-Oudé, Sibérie du Sud. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
    Le temple bouddhiste Datsan de Rinpoché Bagsha, à Oulan-Oudé, Sibérie du Sud. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

MOSCOU – Bien avant notre rencontre, mon mari Isaac et moi avions tous les deux voulu voyager sur le Transsibérien. Ce train légendaire et historique parcourt 9 259 kilomètres de Moscou à Vladivostok.

Quelques mois après le début de notre mariage, nous avons senti que c’était maintenant ou jamais, et nous avons donc décidé d’en faire notre lune de miel. En voyageant pendant les Fêtes juives d’automne, nous aurions l’occasion de les passer dans les différentes communautés juives le long du parcours.

Isaac et moi sommes tous les deux des Juifs halakhiquement pratiquants [Loi juive orthodoxe (halakha)], et voyager pendant des semaines où un jour sur deux est soit Shabbat soit un jour de fête – jours pendant lesquels des choses comme les transports publics, les dépenses financières ou l’utilisation de l’électricité sont interdites – serait un exercice qui serait difficile à effectuer. Mais quelle meilleure façon de connaître un pays étranger, son histoire et sa vie juive, que de partager des repas de Fêtes avec la population locale ?

Au cours de l’été, nous avons passé des semaines à élaborer un itinéraire en tenant compte des dates des fêtes et en adaptant les trajets et les arrêts possibles. Au début du mois d’août, la planification finale était arrêtée.

Notre premier défi a été de réserver les vols et les billets de train. Heureusement, les Chemins de fer russes avaient récemment publié une version anglaise de leur site Web, forçant les agences de voyages qui étaient auparavant l’option la plus facile pour les non-russophones à réduire leurs prix gonflés. Dans l’ensemble, les billets ont baissé de près de 50 %, passant d’environ 900 dollars à 500 dollars chacun.

Après avoir récupéré nos billets, nous avons envoyé un courriel aux institutions juives des différentes villes pour les informer de notre arrivée, et nous avons recouper leurs adresses avec d’éventuels appartements ou auberges pour nous assurer de pouvoir faire le chemin à pied.

Pour terminer, nous avons préparé des sous-vêtements chauds avec un kilo de chocolat, des crackers, des biscuits, du salami et du beurre d’arachide comme nourriture casher de base. Nous avons aussi emporté une casserole, une poêle, un couteau et un petit réchaud de cuisine pour pouvoir préparer notre propre nourriture casher.

Le lendemain de Rosh HaShana, nous quittions notre maison de Jérusalem.

L’auteur et son mari font une pause pendant le trajet d’Oulan-Oudé à Vladivostok, à la gare Skovorodinskiy Rayon. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Saint-Pétersbourg nous a permis d’atterrir en douceur. Après des semaines d’efforts pour trouver des synagogues, des logements et des repas casher, l’ancienne capitale russe nous a fourni une solution complète : Nous avons logé dans la petite maison d’hôtes dans l’enceinte historique de la Grand Choral Synagogue, qui comprend également un charmant restaurant casher et un petit supermarché casher qui vend aussi des souvenirs tels que des poupées russes en forme de rabbins. (Non, nous n’en avons pas acheté.)

La Grand Choral Synagogue elle-même est un imposant bâtiment de style mauresque de 1893. Les fidèles de la communauté se souviennent que pendant la période sombre de l’Union soviétique, la synagogue était dirigée par un rabbin fantoche nommé par le gouvernement avec une connaissance confuse et limitée du judaïsme. Nous avons appris que dans les coulisses, les rabbins qui avaient étudié dans les grandes maisons d’études européennes ont lutté pour maintenir en vie le vrai judaïsme.

Intérieur de la Grande synagogue chorale de Saint-Pétersbourg, lors de la prière du matin, le vendredi 14 septembre 2018. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Notre première nuit en Russie avait tout le charme romantique dont nous avions rêvé : Nous avons vu un ballet à l’illustre Théâtre Mariinsky, fait une promenade dans la ville et mangé du pelmeni – de délicieux raviolis russes farcis à la viande.

Le soir du Shabbat, nous avons été invités à un dîner à la Moishe House locale, une organisation juive qui subventionne une partie du loyer pour des groupes de personnes dans la vingtaine, en échange de l’engagement à organiser des événements pour leurs congénères. Fondée en Amérique, Moishe House est devenue très populaire dans le monde russophone.

Nous étions ravis de rencontrer de jeunes Juifs de la ville. Nous étions également curieux de découvrir un autre aspect de la communauté juive que celui de la Grande synagogue chorale, qui est affiliée au mouvement Habad Loubavitch – qui est sans doute la principale force derrière la renaissance juive russe actuelle.

Souvenirs vendus au magasin dans l’enceinte de la Grande Synagogue Chorale à Saint-Pétersbourg. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Les résidents nous ont gentiment commandé de la nourriture casher puisque la Moishe House, un appartement spacieux sur un boulevard central, n’est pas casher. Une quinzaine ou une vingtaine d’étudiants et de jeunes professionnels sont venus, et la conversation a porté sur un large éventail de sujets, de Vladimir Poutine à leurs relations avec le judaïsme et Israël, des derniers films à leur fier attachement à Saint Pétersbourg.

En effet, l’ancienne capitale de l’Empire russe est aussi pittoresque que n’importe quelle ville européenne historique, avec des palais décorés de façon exquise dont les couleurs vives défient le gris du ciel.

Pour nous rendre à Moscou, nous avions prévu de prendre un train rapide qui parcourt les 650 kilomètres en moins de quatre heures. Ils étaient tous complets. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans ce qui allait être la première d’une longue série de voyages de nuit, dans un train rouge à deux étages rempli de touristes chinois qui bourdonnaient comme une ruche.

Nous sommes arrivés à Moscou 36 heures avant Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon. Notre hôtel, un grand bâtiment carré avec des tapis à l’ancienne, ne pouvait pas avoir l’air plus typiquement soviétique, mais il était proche du Centre communautaire juif du quartier Marina Roscha, où un ami d’un ami d’un ami nous avait proposé d’assister aux offices.

Malgré les détecteurs de métaux et les gardes à l’entrée, le bâtiment grouillait de vie. À 11h30, la salle principale accueillait la quatrième session de chaharit (l’office de prière du matin) de la journée. Plusieurs personnes étaient occupées à l’étude de la Torah. Le mur d’entrée présentait des photos de près de 30 sites juifs affiliés au mouvement Habad Loubavitch, dans la région de Moscou et une carte des dizaines de communautés juives du pays.

Photos des sites juifs affiliés au mouvement Habad Loubavitch dans la région de Moscou au Centre communautaire juif de Marina Roscha à Moscou. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Après avoir reçu l’assurance que pour assister aux offices de la grande fête, nous n’avions qu’à nous présenter, nous sommes allés visiter la Place Rouge. L’un des thèmes récurrents que nous avons explorés au cours de notre voyage était l’interconnexion entre les pouvoirs politiques et religieux en Russie pré-soviétique et post-soviétique. Le grand nombre d’églises situées dans le périmètre du Kremlin est un excellent exemple du rôle important que la religion y a toujours joué.

Les préparatifs pour Yom Kippour ont pris plus de temps que prévu. Heureusement, Moscou offre les meilleurs restaurants casher. Nous avons acheté des plats à emporter dans un restaurant appelé Yerusalim (du nom de la capitale israélienne), où nous allions aussi rompre notre jeûne. La nourriture était irrésistible – et abordable. Un plat principal de viande coûte entre 400 et 700 roubles (six à 10 dollars).

Comme on pouvait s’y attendre, Yom Kippour a attiré des centaines de personnes à la synagogue. Comme dans de nombreuses communautés à travers le monde, il y avait une distinction assez claire entre les habitués et les visiteurs occasionnels. Cependant, même ces derniers semblaient à l’aise, et la plupart avaient un livre de prières en hébreu dans leurs mains. L’office était rapide et les chants étaient minimalistes. Devant la salle de prière, des dizaines d’enfants jouaient et couraient sans arrêt. C’était un spectacle palpitant.

Office du matin dans la salle principale du Centre communautaire juif de Marina Roscha à Moscou le 17 septembre 2018. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Le lendemain, avant de quitter Moscou, nous sommes allés faire des courses pour nous réapprovisionner en nourriture casher, à commencer par une grande boîte de matsah [pain azyme], un aliment de base que les Juifs russes semblent apprécier en toute saison. Beaucoup nous ont raconté que pendant de longues années, sous les Soviétiques, leur seul lien avec le judaïsme était de manger de la matsah.

Nous sommes arrivés à la gare en franchissant les embouteillages légendaires de Moscou juste à temps, et nous avons glissé nos valises dans le wagon de troisième classe, qui compte 54 places. Lorsque nous sommes parvenus à nos sièges, le compartiment à bagages supérieur était inaccessible – c’est du moins ce qu’il semblait jusqu’à ce que notre très grand voisin bien Russe, 71 ans, nous aide. Peu de temps après, il s’est déshabillé ne gardant que son caleçon. Il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, nous l’avons appris – au cours de notre voyage, nous avons découvert que de nombreux hommes russes aiment voyager avec un minimum de vêtements.

La voiture de troisième classe dans le train de Moscou à Perm. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Nous avons été constamment surpris par la gentillesse des gens. Le fait que nous ne parlions pas la langue ne nous empêchait pas d’avoir de longues conversations avec des gestes et des traductions Google.

La kippa, le tallit et les tefillin d’Isaac suscitèrent des questions mais aucune hostilité. En fait, durant notre séjour en Russie, nous n’avons jamais rencontré le problème de l’antisémitisme – et les Juifs locaux l’ont confirmé, eux non plus.

Bien qu’elle ait été décrite par notre guide comme un centre culturel émergent, Perm s’est avérée être la ville russe que bien des gens nous avaient décrite : en un mot, grise.

Son atmosphère terne n’a été égayée que par l’accueil chaleureux des habitants de la Moishe House. Dans l’humide vendredi après-midi, nous avons fait le tour de la ville ensemble, puis nous nous sommes retrouvés pour le dîner de Shabbat. La plupart des gens ne parlaient pas beaucoup l’anglais, mais l’un des hôtes a aidé à traduire.

Samedi soir, nous avons pris le train au milieu d’un sinistre brouillard. La gare était cependant entièrement éclairée et gardée par un grand nombre de policiers.

La sécurité n’a jamais été ressentie comme un problème pendant le voyage. Les valises devaient passer à travers des détecteurs de métaux et les contrôleurs des trains vérifiaient le passeport de chaque passager. Nous nous demandions cependant si nous nous serions sentis aussi rassurés par l’abondance des contrôles si nous étions des dissidents politiques locaux.

Le trajet en train de Perm à Ekaterinbourg n’a duré que quelques heures. Ekaterinbourg est la quatrième plus grande ville de Russie, où Boris Eltsine – le premier président de la Fédération de Russie – a commencé sa carrière politique et où le tsar Nicolas II et sa famille ont été exécutés en 1918.

Le Centre communautaire juif d’Ekaterinbourg. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Il était également fascinant, quoique un peu surprenant, de voir la dévotion envers Nicolas II et sa famille. En 2000, ils ont été canonisés par l’Église orthodoxe russe. L’église de Tous-les-Saints a été construite en leur honneur et est entourée de photos de ces derniers, tandis qu’à l’intérieur, des icônes typiquement russes les dépeignent avec des halos. En pensant à leur antisémitisme enragé et à l’incompétence totale de Nicolas à gouverner la Russie, nous ne pouvions nous empêcher de frémir devant leur exaltation d’aujourd’hui.

L’église de Tous-les-Saints, construite à l’endroit où le dernier tsar, Nicolas II, et sa famille ont été exécutés à Ekaterinbourg. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

À l’extérieur du grand bâtiment de la communauté juive se dressait une souccah richement décorée avec un toit en branches de pin. Le repas de la première nuit de Souccot était somptueux. La souccah était décorée de lanternes et la table était dressée avec de vraies nappes et de la vaisselle en porcelaine. Les hommes et les femmes étaient assis séparément, deux énormes arrivées d’air chaud réchauffaient l’espace, et toutes les boissons – y compris l’eau – étaient servies chaudes.

Le lendemain matin, des centaines de personnes ont rempli la salle principale de la synagogue pour l’office. Pendant la pause, les enfants jouaient à des jeux dans la souccah, les gens secouaient les quatre espèces et il y avait des collations. Ensuite, la plupart des fidèles sont partis et l’office s’est poursuivi dans la petite salle. C’était un lundi, et quelqu’un nous a expliqué que le fait de manquer une journée de travail en Russie n’est pas pris à la légère.

Intérieur de la Soucca à Ekaterinbourg pendant les préparatifs de la nuit de Souccot le dimanche 23 septembre 2018. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Le trajet suivant jusqu’à Irkoutsk nous a obligés à rester dans le train pendant deux jours. Au début, nous étions un peu inquiets du long voyage, mais nos craintes se sont avérées sans fondement. Nous regardions par les fenêtres, baignant dans la lumière de l’automne sibérien. Des arbres jaune vif, rouge brique et vert foncé alternaient avec des villages en bois.

J’ai pris le temps de lire (j’ai finalement entrepris Guerre et Paix !), Isaac a étudié la Torah et nous avons eu des conversations intéressantes. Beaucoup de passagers nous ont expliqué que Poutine avait peut-être ses défauts, mais que sa politique étrangère rétablissait l’orgueil blessé de la Russie. On a fait beaucoup de siestes. Malheureusement, nous nous sommes vite rendu compte que nous avions fait l’erreur d’apporter très peu de fruits et légumes – mais au moins nous ne manquions pas de matsah et de chocolat.

L’auteur et son mari avec un nouvel ami dans le train pour Perm. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Nous n’étions pas les seuls à consommer notre propre nourriture sur place. Au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner, la voiture se remplissait de l’odeur des saucisses, des soupes instantanées et du poisson fumé. Cela se mêlait à l’odeur de la sueur, des pieds et d’une légère effluve des toilettes, créant ainsi le fameux bouquet des trains russes.

Quand nous sommes arrivés, nous étions impatients de nous dégourdir les jambes. Heureusement, notre aventure suivante fut une randonnée de 12 kilomètres le long de l’ancien chemin de fer Circum-Baïkal, le long du magnifique lac Baïkal, qui contient un cinquième de l’eau douce non gelée du monde. Après des milliers de kilomètres en train, il y avait quelque chose de poétique à avancer sur les voies à pied, enfin seuls.

La ligne de chemin de fer Circum-Baïkal le long du lac Baïkal. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Irkoutsk est une ville charmante où l’architecture traditionnelle en bois est encore très répandue et où des groupes de bénévoles repeignent les façades décolorées avec des couleurs vives. Conformément aux coutumes locales, la synagogue est également peinte en jaune et aigue-marine. Construite à l’origine en 1879, elle a survécu aux incendies et aux persécutions et sert aujourd’hui de sanctuaire et de centre communautaire.

Malgré la température fraîche de quelques degrés au-dessus du point de congélation (bien que nos hôtes n’arrêtaient pas de nous dire à quel point il faisait chaud en saison), notre Shabbat dans une souccah sibérienne fût merveilleux.

Une fois de plus, voir la renaissance de la vie juive dans des endroits où elle avait été complètement supprimée était puissant mais doux-amer. Après tout, à quoi ressemblerait le judaïsme russe aujourd’hui, sans parler du peuple juif en général, si ces centaines de milliers de personnes n’avaient pas été contraintes de laisser leur identité derrière elles ?

Une maison partiellement repeinte à Irkoutsk. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Notre prochaine destination, Oulan-Oudé, était la seule ville que nous avons visitée où il n’y avait pas de présence juive organisée. Comme c’est une ville frontalière, la population est majoritairement d’origine mongole. Depuis la chute de l’Union soviétique, le bouddhisme connaît également un renouveau – et après avoir visité de nombreuses synagogues et églises, voir un temple bouddhiste était fascinant.

Les supermarchés, cependant, n’avaient pas grand-chose à offrir en ce qui concerne la nourriture casher, et nous avons eu un bref moment de panique en pensant que nous ne pourrions pas préparer un repas de fête (et rassasiant) pour la fête de Simha Torah.

Le temple bouddhiste Datsan de Rinpoché Bagsha, à Oulan-Oudé, Sibérie du Sud. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

La crise a été évitée lorsque nous avons trouvé un poisson gargantuesque du lac Baïkal. Nous avons réussi à l’écailler, à l’éviscérer et à le nettoyer, et nous avons organisé une joyeuse fête en tête-à-tête. A l’aide d’une petite bouteille de vodka, nous avons exécuté les hakafot traditionnelles avec deux exemplaires du Houmash (les Cinq Livres de Moïse) que nous avions apportés avec nous.

Pour la dernière étape de notre voyage – trois jours complets en train – nous avons choisi de voyager en deuxième classe, c’est-à-dire en compartiments de quatre couchettes, à bord du légendaire Rossiya, le train emblématique qui parcourt en six jours le Transsibérien dans son intégralité. Cependant, alors que le prix était plus élevé, le service était pire. Les toilettes, qui jusqu’à présent étaient rudimentaires mais décentes (au fait, pas de douches nulle part), étaient particulièrement vieilles et sales.

Le premier matin, notre compagnon de voyage était un jeune homme d’une vingtaine d’années qui buvait beaucoup de cola – c’est ce que nous pensions, avant de nous rendre compte qu’alors qu’une grande bouteille de Pepsi se trouvait sur la table, il avait une bouteille de vodka en dessous.

Un compartiment de deuxième classe de quatre couchettes dans le train de Saint-Pétersbourg à Moscou. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Il a vite été ivre, et au bout d’un moment, deux amis également ivres sont venus le rejoindre. Leur comportement est devenu de plus en plus inapproprié. Heureusement, avant que les choses ne se gâtent, une matrone du compartiment adjacent est arrivée, attirée par le bruit. Elle réprimanda les trois sévèrement, et après en avoir fini avec elle, les deux amis partirent, l’air honteux.

Notre colocataire s’est endormi, ronflant paisiblement, et se réveilla juste à temps pour descendre du train. Les locaux nous ont dit que cette technique s’appelle la « téléportation russe ». Tu montes dans le train, tu te saoules, tu t’évanouis, tu te réveilles et tu descends.

Avec les compagnons de voyage suivants, nous avons eu beaucoup plus de chance : un jeune couple, lui aussi récemment marié. Ils parlaient bien l’anglais, et leur habileté à faire leur lit de façon impeccable était impressionnante. Nous avons vite découvert que lui était un ancien parachutiste, et avec Isaac, ils ont partagé les expériences communes à tous les soldats.

Lorsque les mariés ont débarqué, ils ont été accueillis par des membres de la famille qui nous avaient apporté des cadeaux surprises : un pot de cornichons maison, un sac de thé et un couteau de cérémonie. Nous n’avons même pas eu le temps de les remercier convenablement. Le train repartait déjà.

Nous étions maintenant au-delà de la Sibérie et dans l’Extrême-Orient russe. Le troisième après-midi de la dernière étape de notre voyage, le train est entré dans la gare de Birobidjan.

Gare de Birobidjan. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Birobidjan est la capitale administrative de la Région autonome juive de Russie, le seul territoire officiellement juif au monde en dehors d’Israël. Créé par Joseph Staline en 1934, Birobidjan comptait 30 000 Juifs à son apogée, mais la misère a rapidement décimé la population. Aujourd’hui, Birobidjan compte environ 75 000 habitants, dont seulement quelques milliers sont juifs.

Nous n’avons pas eu l’occasion de faire le tour de la ville, mais même le simple fait de voir le grand panneau en yiddish sur le bâtiment de la gare où l’on pouvait lire « Birobidjan » était très impressionnant à voir. C’était excitant, comme tous les touristes juifs le ressentent quand ils voient des lettres hébraïques quelque part dans le monde. Mais c’était aussi émouvant, parce que Birobidjan avait été aussi une autre forme de persécution.

Un souvenir représentant Vladimir Poutine sur un ours. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Nous sommes arrivés à Vladivostok le vendredi matin avant l’aube, sous une lune décroissante. La ville ressemble vaguement à San Francisco – elle est sur l’océan, vallonnée, et possède d’imposants ponts qui enjambent les deux côtés de la baie.

Dans un magasin de souvenirs, nous avons trouvé un pin’s avec un Poutine torse nu sur un ours. Nous ne savons toujours pas si la photo était un hommage sincère au leader ou simplement un moyen de se moquer de lui.

La synagogue locale n’a été restaurée que récemment et la communauté est plus petite. Ils n’ont pas organisé d’office le vendredi soir, et le matin du Shabbat, il n’y avait pas assez de monde pour compléter le quorum de prière. Mais les prières ont été suivies par le déjeuner, et le petit groupe semblait très heureux de traîner et de jouer aux échecs ensemble.

Notre aventure russe s’est achevée comme elle avait commencé – avec une nuit de ballet du Théâtre Mariinsky, qui a ouvert un théâtre à Vladivostok en 2016.

Le lendemain, nous avons pris l’avion pour Tokyo pour la dernière étape de notre lune de miel. Après 10 000 kilomètres de voies ferrées, 11 nuits en train, sept villes russes et pas moins de deux à 54 colocataires, le Japon nous a appelés – et ce, à seulement deux heures de vol de là.

Un village, vu du train en direction d’Irkoutsk. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)
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