« Nous sommes vilipendés » : Faisant écho à Netanyahu, Gantz attaque les médias
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Analyse

« Nous sommes vilipendés » : Faisant écho à Netanyahu, Gantz attaque les médias

La (non-)relation du dirigeant de Kakhol lavan avec la presse commence à ressembler à celle du Premier ministre qu'il cherche à remplacer

Raoul Wootliff

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Benny Gantz, chef du parti Hossen LeYisrael, prend la parole lors d'une conférence présentant la liste des candidats du parti pour les prochaines élections à la Knesset lors d'un événement à Tel Aviv, le 19 février 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)
Benny Gantz, chef du parti Hossen LeYisrael, prend la parole lors d'une conférence présentant la liste des candidats du parti pour les prochaines élections à la Knesset lors d'un événement à Tel Aviv, le 19 février 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Benny Gantz a bâti sa candidature au poste de prochain Premier ministre d’Israël sur la promesse qu’il sera différent de celui qui l’occupe actuellement.

« Kakhol lavan sera le nouveau et différent parti au pouvoir en Israël », avait-il déclaré aux militants nouvellement recrutés lorsqu’il a présenté la liste unifiée de son parti Hossen LeYisrael et de Yesh Atid de Yair Lapid le mois dernier.

« Il y a une direction différente en Israël », a-t-il déclaré la semaine dernière dans une réponse télévisée à l’annonce faite par le procureur général Avichai Mandelblit de son intention de porter des accusations, en attendant une audience, contre l’homme que Gantz cherche à renverser en tant que Premier ministre, Benjamin Netanyahu.

Gantz, dont le parti Kakhol lavan devance le Likud dans les sondages et dont la popularité personnelle en tant que Premier ministre potentiel rivalise avec celle de Netanyahu dans quelques sondages, a critiqué Netanyahu de façon répétée pour sa méthode qui consiste à « diviser pour mieux régner » dans son gouvernement et ses attaques contre des institutions publiques impliquées dans des enquêtes pénales contre lui.

Mais dans le même temps, les relations entre le dirigeant de Kakhol lavan et une autre institution visée par Netanyahu – la presse – commencent peut-être à ressembler à celles du Premier ministre qui, selon lui, doit être remplacé.

Benny Gantz fait une déclaration aux médias à Tel Aviv, le 28 février 2019. (Flash90)

Dans le sillage le plus éloquent de la relation exacerbée de Netanyahu avec les médias, le parti de Gantz a publié mardi une attaque virulente contre un animateur de radio, Yakov Bardugo, qui a à plusieurs reprises exprimé des opinions critiques et virulentes sur l’ancien chef d’état-major de Tsahal.

« Tous les soirs, nous sommes dénigrés par Bardugo, commentateur de la radio de l’armée, et c’est notre réponse à une autre fausse accusation qui a été soulevée aujourd’hui dans son émission : Kakhol lavan ne souhaite pas répondre aux questions de Bardugo ni participer à son émission, tout comme nous ne participons pas à des émissions en Corée du Nord. Bardugo, le représentant de Netanyahu à la radio de l’armée, utilise le temps d’antenne public pour servir son maître », a tweeté Kakhol lavan, en réponse à une série d’affirmations faites par ce journaliste de renom durant une émission qu’il a animée mardi après-midi, ainsi qu’aux critiques qu’il a formulées à l’encontre de Gantz sur son refus d’être interviewé dans l’émission.

Yakov Bardugo (à gauche) et le co-présentateur Yaron Vilensky. (Radio de l’armée)

Pour être clair, Bardugo, ancien chef de la loterie israélienne (nommé incidemment par Netanyahu) et ancien candidat de droite à la Knesset, ne répondraient pas du tout à l’exigence d’“impartialité” de la BBC vis-à-vis de ses journalistes. Intervieweur combatif et parfois agressif, il est connu à la fois comme un critique virulent de la gauche israélienne et un fervent partisan de Netanyahu.

Après avoir attaqué sans relâche Gantz depuis son entrée dans l’arène politique il y a deux mois, Bardugo a ouvert l’émission de l’après-midi de mardi sur la radio de l’armée avec une série de nouvelles attaques cinglantes contre le principal challenger de Netanyahu lors des élections d’avril prochain, dont un certain nombre de déclarations douteuses et fausses faites précédemment par, oui, le Premier ministre.

Accusant d’abord Gantz d’essayer de « manipuler le public » en « prétendant être du courant dominant », Bardugo le décrit ensuite comme « l’instigateur de la guerre totale de Mandelblit contre Netanyahu », avant de remettre en question ses exploits militaires et a affirmé à tort qu’il avait été responsable du Commandement Nord de Tsahal pendant la guerre du Liban en 2006, au cours de laquelle 121 soldats israéliens ont été tués « sous sa direction ». Et ce n’était que l’introduction à l’interview de 25 minutes que lui et son co-animateur Illil Shachar ont animée avec Miri Regev, ministre de la Culture et acolyte de Netanyahu, dans laquelle elle, pratiquement sans la moindre objection, a davantage sali la réputation de Gantz.

Pourtant, dans son attaque hostile contre Bardugo, la réponse de Kakhol lavan présentait le genre de mépris pour les détracteurs dans la presse qui est une marque de fabrique très critiquée de Netanyahu.

Au cours des deux dernières décennies, Netanyahu a essayé à plusieurs reprises de museler ses nombreux détracteurs dans les médias grand public, qu’il considère partial à son égard. Il n’a cessé de limiter au minimum les questions lors des conférences de presse et des interviews avec des journalistes israéliens, et a publiquement dénoncé des articles ou des médias spécifiques pour des articles qu’il n’aimait pas.

Sa célèbre relation conflictuelle avec les médias s’est encore détériorée au cours des deux dernières années, alors que la police enquêtait sur trois affaires criminelles contre lui. Accusant la presse de se livrer à une « chasse aux sorcières » contre lui – avec l’opposition, puis la police et, plus récemment, le ministère public – il a écarté certains journalistes comme étant partiaux et indignes de confiance et a dénoncé les articles critiques à son sujet comme étant de « fausses nouvelles ». Deux des trois affaires de corruption contre Netanyahu tournent autour de ses efforts présumés pour obtenir une couverture plus favorable – dans l’empire de l’information le plus influent du pays, Yedioth Ahronoth, et sur l’un des plus grands sites d’information d’Israël, Walla !

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 14 mars 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans son tweet sur Bardugo, le parti Kakhol lavan de Gantz a employé plusieurs des méthodes dont s’est fait le champion Netanyahu : attaques personnelles, victimisation, dénonciation d’accusations mensongères, et, notamment, refuser de les contester lors des interviews. Même la publication du communiqué sur le compte Twitter du parti, par opposition à celle de Gantz, reflétait l’utilisation du Likud et des « sources du Likud » par le Premier ministre pour salir les rivaux tout en gardant une certaine distance et un certain pouvoir d’opposition.

L’affirmation selon laquelle Gantz ne participerait pas à l’émission, « tout comme nous ne participons pas à des émissions en Corée du Nord », soulignait une autre similitude avec Netanyahu – le refus presque total de l’ancien général à la voix douce de répondre aux questions des journalistes dans les semaines qui ont suivi son entrée en campagne. En effet, les rédactions israéliennes l’ont vu presque autant que les médias publics de la République populaire démocratique de Corée.

Dans sa seule interview depuis qu’il est entré en campagne en janvier, Gantz a été interviewé non pas par des journalistes politiques chevronnés, mais par le curieux duo entre le chanteur israélien Shlomo Artzi et le chroniqueur de droite et comédien Hanoch Daum. Les 7 000 mots publiés librement dans le Yedioth Ahronoth couvraient certes un large éventail de sujets liés à presque tous les domaines de la vie quotidienne en Israël, mais ils étaient particulièrement légers sur les propositions politiques, Gantz gardant ses cartes bien cachées sur plusieurs questions délicates.

Depuis lors, M. Gantz a décliné toute autre question, que ce soit dans le cadre d’une interview ou d’une conférence de presse. Face à des questions sérieuses de la presse sur les positions de Gantz, Kakhol lavan, tout en répondant toujours rapidement et avec courtoisie, a esquivé, refusé de commenter ou transmis certaines questions à d’autres membres du parti qui parlent à la presse, dont le co-dirigeant Lapid de Yesh Atid.

En réponse au communiqué de Kakhol lavan, Bardugo a livré sa critique la plus dévastatrice contre Gantz à ce jour.

« Est-ce ainsi que Kakhol lavan attaque les médias ? De pareils grands démocrates », a-t-il dit, en raillant les critiques souvent adressées à Netanyahu.

« Vous avez le droit de participer aux émissions que vous voulez, mais je ne fais que poser des questions fondamentales que l’on doit poser à quelqu’un qui veut devenir Premier ministre », a fait remarquer Bardugo. « Vous avez parlé de la Corée du Nord, où le chef choisit ses intervieweurs. Que diriez-vous d’une interview par la presse libre ? »

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