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Nouvelle-Orléans : Mort de Sandra Jaffe, propriétaire d’un célèbre club de jazz

Jaffe, qui avait dirigé le Preservation Hall depuis des décennies avec son mari, Allan, aura aidé à préserver le jazz dans la ville - un genre musical menacé à l'époque par le rock

Sandra Jaffe, à gauche, qui avec son mari, Allan, était propriétaire et gérante du club de jazz Preservation Hall depuis le début des années 1960, regarde le tromboniste Freddie Lonzo chanter lors de la réouverture du club, après la pandémie de coronavirus, le 10 juin 2021. (Crédit : Chris Granger/The Times-Picayune/The Advocate via AP)
Sandra Jaffe, à gauche, qui avec son mari, Allan, était propriétaire et gérante du club de jazz Preservation Hall depuis le début des années 1960, regarde le tromboniste Freddie Lonzo chanter lors de la réouverture du club, après la pandémie de coronavirus, le 10 juin 2021. (Crédit : Chris Granger/The Times-Picayune/The Advocate via AP)

JTA — Sandra Jaffe, une femme juive qui, aux côtés de son mari, dirigeait l’un des plus célèbres clubs de jazz de la Nouvelle-Orléans depuis des décennies, est morte le mois dernier à l’âge de 83 ans.

Jaffe et son mari, Allan, étaient considérés comme des pionniers et des protecteurs du jazz dans la ville qui a donné naissance à ce genre musical. Ils étaient arrivés dans la ville de la Nouvelle-Orléans depuis Philadelphie à une époque où le jazz était menacé par de nouveaux genres musicaux, comme le rock and roll. Leur club, le Preservation Hall, a accueilli de célèbres musiciens. Le Preservation Hall Jazz Band – le groupe de tournée du club – s’est illustré aux côtés d’artistes majeurs, avec parmi eux Pete Seeger, Tom Waits et Louis Armstrong.

« Il n’y a aucun doute sur le fait que le Preservation Hall a sauvé le jazz à la Nouvelle-Orléans », avait commenté George Wein, promoteur influent de jazz qui s’est éteint en 2021, à Vanity Fair en 2011.

Jaffe était née Sandra Smolen en 1938 à Philadelphie. Ses parents juifs ont immigré aux États-Unis depuis l’Ukraine. Diplômée du Harcum College, elle a épousé Allan Jaffe en 1960. Au retour de leur lune de miel au Mexique, le couple s’est arrêté à la Nouvelle-Orléans et est allé dans une galerie d’art pour écouter un groupe de jazz. Tous les deux ont été enthousiasmés par la musique et ont pris la décision de rester quelques jours supplémentaires pour écouter le groupe jouer à nouveau.

« En revenant à Philadelphie, ils s’étaient arrêtés à la Nouvelle-Orléans et, comme d’autres avant et après eux, ils ont été enthousiasmés par la beauté, le romantisme, l’excitation, le mystère, la liberté, l’histoire et le charme de la ville », ont écrit les fils du couple dans un éloge funèbre qui a été publié sur le site du Preservation Hall.

Quand ils sont retournés dans la galerie, quelques jours plus tard, le propriétaire, Larry Borenstein, a expliqué aux jeunes mariés qu’il allait s’installer dans une galerie voisine et il leur a proposé de louer l’espace qu’il allait quitter au prix de 400 dollars mensuels. Même s’ils n’avaient aucune expérience en matière de gestion d’un club – et même si les parents de Sandra s’attendaient à ce qu’ils reviennent à Philadelphie – ils ont accepté la proposition, et le Preservation Hall a ouvert ses portes en 1961.

« Nous n’étions pas venus à la Nouvelle-Orléans pour travailler, ou pour ouvrir le Preservation Hall, ou pour sauver la musique », avait déclaré Sandra à Vanity Fair, en 2011. « Nous n’étions venus que pour écouter de la musique. »

Après s’être lancé dans l’aventure du club, le couple a eu un premier fils, Russell, en 1969 et Sandra a cessé de travailler. Elle n’est retournée travailler au club qu’en 1987, année où Allan est mort d’un mélanome. Son second fils, Ben, est revenu travailler au club après avoir obtenu son diplôme à l’université, en 1993.

Sandra Jaffe aux abords du Preservation Hall, club de jazz célèbre de la Nouvelle-Orléans qu’elle a cofondé avec son époux, Allan. (Crédit : Danny Clinch via JTA)

Au fil des décennies qui se sont écoulées depuis la création du club, d’innombrables locaux et touristes sont venus prendre place dans cette salle minuscule pour y écouter des musiciens. Assis sur des bancs, dans un intérieur à la décoration et à l’apparence rustiques, le public partage une intimité avec les musiciens qui rappelle davantage celle d’un salon que d’une salle de concert.

Les enfants s’installent souvent à même le sol, directement devant les musiciens qui, tour à tour, jouent, racontent des histoires de jazz ou répondent aux questions du public. Les murs en plâtre croulants, les parquets en bois et un assortiment hasardeux de peintures ajoutent à l’ambiance faite de simplicité, offrant un contraste saisissant avec l’atmosphère colorée créée par les néons éblouissants et les cocktails des salles de divertissement de Bourbon Street, quelques maisons plus bas.

Sandra Jaffe qui avec son mari, Allan, était propriétaire et gérante du club de jazz Preservation Hall depuis le début des années 1960, avec son fils, Ben, alors qu’ils accueillent des spectateurs pour le tout premier concert post-confinement à la Nouvelle-Orléans, le 10 juin 2021. (Crédit : Chris Granger/The Times-Picayune/The Advocate via AP)

Selon l’éloge funèbre publié sur le site du Preservation Hall, le club a été le tout premier à être mixte à la Nouvelle-Orléans, défiant les lois Jim Crow qui étaient encore en vigueur avant l’adoption de la Loi sur les droits civils en 1964. Sandy Jaffe a été arrêtée à une occasion pour avoir contrevenu aux lois sur la ségrégation encore en application à ce moment-là.

S’exprimant auprès du Crescent Jewish Times, un journal local juif de la Nouvelle-Orléans, au sujet de son implication dans un concert de Jazz pour Shabbat en 2015, Ben Jaffe avait indiqué que sa mère considérait que la musique était un moyen de rassembler les communautés et que ses parents, tous deux issus de communautés juives pratiquantes, tenaient à maintenir les traditions juives.

« C’est une manière de continuer à maintenir la vision de mes parents, cette vision d’union des communautés par le biais de la musique », avait-il commenté.

Ben s’était souvenu de sa bar-mitzvah dans une synagogue locale, « l’une des bar-mitzvahs les plus diversifiées de la Nouvelle-Orléans » en raison des musiciens de jazz qui étaient présents.

Comme les autres clubs de musique de Nouvelle-Orléans, le Preservation Hall a été fermé dans le contexte de la pandémie de coronavirus. Il a rouvert au mois de juin mais est de nouveau fermé depuis quelques jours, alors que le virus est en recrudescence aux États-Unis.

Sandra Jaffe était présente lors de la réouverture du club, au mois de juin, étreignant les musiciens locaux venus jouer ce soir-là.

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