« Œil pour œil », le message du Hamas à Ben Gvir, écrit sur le dos de l’otage Maxim Herkin
Lex-captif raconte ses passages à tabac après le durcissement des conditions de détention des prisonniers palestiniens ; Ben Gvir dénonce une "campagne du Hamas"

L’otage libéré Maxim Herkin a raconté, dans une interview diffusée jeudi sur la chaîne N12, comment ses ravisseurs du groupe terroriste palestinien du Hamas l’avaient violemment frappé avant d’écrire sur son dos les mots « Œil pour œil, dent pour dent » – un message destiné au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, à qui ils ont envoyé une photo.
Ce jeune père de 35 ans, qui avait caché à ses ravisseurs qu’il était officier de réserve dans Tsahal, est le dernier otage libéré à témoigner de tortures subies après la campagne très médiatisée de Ben Gvir visant à aggraver les conditions de détention des prisonniers palestiniens.
« J’ai été tabassé au moins quatre ou cinq fois à cause de Ben Gvir », a déclaré Herkin à Uvda. Pendant ces passages à tabac, explique-t-il, lui et les autres otages étaient forcés de s’agenouiller, le visage tourné vers un mur de béton.
« Je fermais la tête, vous voyez… et je priais », raconte Herkin, mimant le geste de se protéger le crâne avec les mains. « La première fois qu’on vous plaque contre un mur comme ça, la première pensée qui vous traverse, c’est qu’ils vont vous cribler de balles. »
Ses ravisseurs, se souvient-il, répétaient en arabe, « Ashan Ben Gvir ».
« Ça veut dire, ‘à cause de Ben Gvir’. Tout est à cause de Ben Gvir », dit-il.
« ‘Ce que fait Ben Gvir, c’est ce que nous ferons.’ Et ils se sont vengés sur nous. »
« Ils ont écrit sur mon dos : ‘Œil pour œil, dent pour dent’. Et je sais qu’ils ont fait parvenir cette image en Israël », raconte Herkin. « C’était un message pour une personne bien précise – et elle l’a reçu. »
« Je ne suis pas un homme politique, mais d’après ce que je comprends, quand on est ministre, représentant du gouvernement, on est censé mesurer ses paroles », poursuit-il.
« L’essentiel, comme on dit, c’est d’en tirer les leçons », ajoute Herkin, esquissant un sourire et levant le pouce. « Et de veiller, à l’avenir, à élire des gens qui œuvrent pour le bien de leur nation, pas pour son malheur. »
En réponse aux propos de Herkin, tenus quelques jours après un témoignage similaire de l’otage libéré Bar Kuperstein, Ben Gvir a réitéré son accusation selon laquelle ces récits faisaient « partie d’une campagne au service du Hamas visant à améliorer les conditions de détention des terroristes ».
Le ministre a ajouté que les otages avaient plutôt été torturés en représailles à « l’élimination de terroristes et à la destruction de leurs maisons », sans toutefois présenter de preuves à l’appui de ses affirmations.
« Le concept erroné selon lequel tout ira bien si nous ne contrariions pas le Hamas » a conduit au pogrom du groupe terroriste le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza, a poursuivi le ministre. Ben Gvir n’a fait que réaffirmer son opposition aux accords de cessez-le-feu avec le Hamas et d’échange d’otages contre des prisonniers sécuritaires palestiniens.
Au cours de l’interview, N12 a également un extrait d’une interview radio accordée par Ben Gvir en mai dernier – environ six semaines après l’échec de l’accord précédent – dans laquelle il présentait la nouvelle opération terrestre à Gaza comme « le moyen le plus sûr de ramener les otages ».
Réagissant à ces propos, Herkin a déclaré que « même en oubliant les otages, vous vous rendez compte de ce que vous faites à nos familles ? Vous éteignez la petite flamme qui brûle encore dans leur cœur. Vous leur dites : ‘Je me fiche de vous.’ C’est à en avoir le cœur brisé. »
« Où est votre cœur d’être humain ? Vous savez bien que nous ne sommes pas ici à cause d’une erreur de notre part », a-t-il poursuivi. « Ce jour-là, c’est le gouvernement qui a commis une erreur monumentale. Au lieu de nous présenter vos excuses et de nous sortir de là, vous nous entraînez ailleurs, dans un endroit complètement différent. »
« J’ai fait ce qu’il fallait »
Herkin a été enlevé le 7 octobre alors qu’il tentait d’échapper au massacre perpétré par le Hamas lors du festival de musique Nova, dans la région de Reïm. C’était sa première rave. Il s’y trouvait avec ses amis Matías et Einav Burstein, assassinés alors qu’ils tentaient de s’échapper.
Tous trois se sont précipités vers leurs voitures et ont commencé à s’éloigner, mais ils ont rapidement découvert que la route était bloquée par des terroristes. Herkin est sorti de son véhicule et a rejoint la foule qui courait vers les champs voisins, lorsqu’il a reçu un appel de détresse de Matías, ancien soldat d’infanterie pendant la guerre du Liban en 2006, qui souffrait d’un syndrome de stress post-traumatique.
En une fraction de seconde, Herkin a décidé de revenir sur ses pas pour rejoindre les Burstein, alors que les terroristes, tirant par vagues, se rapprochaient. Tout en s’abritant avec le couple, il a écrit à sa mère qu’il l’aimait, puis a jeté son téléphone et son certificat d’officier de Tsahal.
« S’ils trouvent ça sur moi, c’est la mort », a-t-il expliqué.
Matías, qui était armé, a réussi à abattre un terroriste avant d’être mortellement touché dans le dos. Einav a également été assassinée, tandis qu’Herkin a entendu une balle qui lui était destinée, siffler près de son oreille gauche, le manquant de peu, raconte-t-il.
« Ils se délectaient de leurs exactions », dit Herkin en parlant des terroristes durant le pogrom. Ils souriaient d’un air narquois en voyant leurs victimes se recroqueviller de peur, puis les abattaient, ajoute-t-il.
« Personne n’était pressé ou quoi que ce soit », a-t-il déclaré. « Les cris, les larmes, tout cela faisait partie de leur divertissement. »
Malgré son enlèvement, Herkin affirme ne pas regretter sa décision fatidique de revenir sur ses pas pour tenter de sauver ses amis. « Si j’avais simplement continué ma route, si je leur avais dit quelque chose comme ‘Rejoignez-moi, je suis là’… je n’aurais jamais pu vivre avec ça », dit-il.
« Même après la captivité et tout le reste, je pense – non, je suis sûr – que j’ai fait ce qu’il fallait. »
Sur les images de son enlèvement, on voit Herkin étendu sur la route, le visage ensanglanté contre le sol, les mains attachées, entouré de terroristes qui le frappent à coups de pied.
Les yeux bandés, il a été emmené dans un appartement à Gaza, où ses mains et ses jambes ont été enchaînées. Il y a été privé de nourriture pendant plusieurs jours, rapporte N12.
Il a ensuite été transféré dans six autres lieux de détention, en surface et sous terre, avant d’être libéré ce mois-ci, selon la chaîne.
Pendant tout ce temps, il a subi « environ quatre interrogatoires » de la part de ses ravisseurs, qui le battaient violemment et menaçaient de lui couper les doigts avec « un énorme couteau de boucher » s’il tentait de les tromper, a-t-il raconté.
Des vidéos de propagande « entièrement fabriquées »
Herkin a également raconté comment lui et deux autres otages – Segev Kalfon et Yosef Haim Ohana – avaient échappé de justesse à un bombardement intense de Tsahal lors de l’opération de sauvetage de quatre otages dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de Gaza, le 8 juin 2024.
« L’enfer s’est déchaîné sur nous », a déclaré Herkin. « C’est un miracle que nous n’ayons pas été touchés. »
Par la suite, Herkin, Ohana et Kalfon ont été emmenés dans un tunnel souterrain, où ils ont été détenus avec Ohad Ben Ami – le plus âgé du groupe, libéré lors de la trêve de février – ainsi qu’Elkana Bohbot et Bar Kuperstein. Tous ont été libérés le 13 octobre.
Herkin a estimé que les otages recevaient environ 350 calories par jour, ajoutant que l’apparence squelettique de Ben Ami à sa libération donnait une idée assez juste de celle des cinq otages plus jeunes à l’époque – un état qui n’a fait que s’aggraver par la suite. Les ravisseurs, eux, avaient toujours de la nourriture, a-t-il précisé.
Les vidéos de propagande diffusées à l’époque par le Hamas montrent Herkin couvert de bandages ensanglantés, qui aurait été extrait des décombres d’un bombardement de Tsahal. Ces images, assure-t-il, « ont toutes été fabriquées ».
« Calmez-vous, tout ça, c’était du cinéma », dit-il, expliquant que le faux sang était en réalité de la purée de tomates et que les décombres visibles n’étaient que du sable.
En réalité, poursuit-il, sa famille a immédiatement compris que la vidéo le montrant extrait des ruines était fausse, car il y parlait hébreu.
« Je parle russe. C’est ma langue maternelle », dit Herkin, qui a grandi à Kiev. « Vous pensez vraiment que si on me sortait des décombres, je parlerais hébreu ? Je jurerais, à pleins poumons, en russe, de A à Z, jusqu’à ce qu’on m’entende trois étages plus haut. »
Ce qui n’était pas faux, cependant, c’était la description qu’il avait donnée des otages comme des « morts-vivants », privés de nourriture et de médicaments.
Herkin raconte aussi comment les otages avaient réussi à capter la radio israélienne depuis le tunnel, en bricolant une antenne avec le câblage de l’éclairage, qui ne fonctionnait qu’après la coupure de courant. Ce lien ténu avec l’extérieur leur insufflait courage et espoir.
Une autre source de force, ajoute-t-il, c’étaient les souvenirs de sa famille – surtout ceux de sa fille Monica, âgée de cinq ans, et de son petit frère Pete, de vingt-quatre ans son cadet.
Herkin se souvient avoir écrit sur une arche en ciment dans le tunnel : « Monica t’attend à la maison, et Pete attend ton retour à la maison. »
Dans l’attente de ses retrouvailles avec Monica, qui vit à Moscou avec sa mère, Herkin a confié à N12 « qu’il attend ce jour depuis deux ans ! »
Herkin faisait partie des vingt derniers otages encore en vie, libérés le 13 octobre dans le cadre du cessez-le-feu à Gaza négocié par les États-Unis.
Les dépouilles de onze otages se trouvent toujours à Gaza, dont celle d’un soldat tué au combat pendant la guerre de Gaza en 2014.







