Israël en guerre - Jour 141

Rechercher

ONU : sans condamner le Hamas, l’AG réclame un « cessez-le-feu humanitaire » à Gaza

En raison de la règle des deux-tiers, deux amendements initiés par Washington et Vienne et visant à évoquer le groupe terroriste palestinien, ont été rejetés

Le président de l'Assemblée générale des Nations unies, Dennis Francis (à l'écran), prononce un discours lors d'une session extraordinaire d'urgence sur la situation à Gaza, le 12 décembre 2023. (Crédit : ONU/Manuel Elias)
Le président de l'Assemblée générale des Nations unies, Dennis Francis (à l'écran), prononce un discours lors d'une session extraordinaire d'urgence sur la situation à Gaza, le 12 décembre 2023. (Crédit : ONU/Manuel Elias)

Prenant le relais du Conseil de sécurité, l’Assemblée générale de l’ONU a réclamé mardi « un cessez-le-feu humanitaire immédiat » à Gaza, un texte non contraignant qui vise toutefois par sa majorité écrasante à mettre la pression sur Israël et son allié américain.

Dans cette résolution adoptée par 153 voix pour, 10 contre (dont Israël et les Etats-Unis), et 23 abstentions sur 193 Etats membres, l’Assemblée s’inquiète de la « situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza ».

Répondant à une demande du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres qui avait déjà utilisé l’Article 99 – un usage inédit depuis 1971 et la crise au Pakistan – pour attirer l’attention du Conseil de sécurité sur la situation à Gaza, a craint un « effondrement total de l’ordre public » dans le territoire palestinien, elle « exige un cessez-le-feu humanitaire immédiat », réclame la protection des civils, l’accès humanitaire et la libération « immédiate et inconditionnelle » de tous les otages.

Mais comme le précédent texte adopté fin octobre – qui appelait à une « trêve humanitaire immédiate, durable et soutenue, menant à la cessation des hostilités » -, il ne condamne pas le groupe terroriste palestinien du Hamas ni les atrocités barbares qu’il a commis le 7 octobre aux côtés de civils gazaouis. Une absence fustigée par Israël et les Etats-Unis.

L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, s’adressant à l’Assemblée générale des Nations unies, au siège de l’ONU, le 27 octobre 2023. (Crédit : Bebeto Matthews/AP Photo)

« Pourquoi est-ce si difficile de dire sans équivoque que tuer des bébés et abattre des parents devant leurs enfants est horrible ? », a interrogé l’ambassadrice américaine Linda Thomas-Greenfield.

Son homologue israélien, Gilad Erdan, a lui dénoncé une résolution « hypocrite ». « Le temps est venu de rejeter la faute sur ceux qui le méritent, les monstres du Hamas », a-t-il dit, expliquant qu’un cessez-le-feu ne ferait que renforcer la branche palestinienne des Frères musulmans.

Les Américains avaient déposé un amendement pour condamner « les attaques terroristes abominables du Hamas » du 7 octobre rejeté (84 voix pour, 62 contre, 25 abstentions), comme un amendement similaire fin octobre.

Un autre amendement autrichien qui voulait préciser que les otages sont détenus par « le Hamas et d’autres groupes » a également été rejeté à 89 votes pour, 61 contre et 20 abstentions.

En raison de la règle des deux-tiers, ces deux amendements ont été rejetés.

Du sang recouvrant le sol de la chambre à coucher d’un résident du kibboutz Beeri, le 11 octobre 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Cette réunion spéciale de l’Assemblée générale a été réclamée par les pays arabes après le véto américain vendredi à un projet de résolution du Conseil de sécurité réclamant ce même « cessez-le-feu humanitaire immédiat ».

De nombreux pays et organisations de défense des droits humains avaient déploré l’échec de vendredi, y compris le Portugais Guterres qui a décrit un Conseil de sécurité à l’autorité et la crédibilité « compromises ».

Le Conseil avait mis plus d’un mois après le début de la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas pour réussir à parler d’une seule voix en demandant mi-novembre, après quatre textes rejetés, des « pauses » humanitaires.

« Qu’attendons-nous pour arrêter ces morts et cette machine de guerre destructrice ? », a lancé mardi à la tribune l’ambassadeur égyptien Osama Mahmoud Abdelkhalek Mahmoud en présentant la résolution, déplorant les « efforts d’une minorité de pays qui s’opposent à l’opinion publique internationale en faveur d’un cessez-le-feu ».

A LIRE – Hamas : aucun otage ne sortira « vivant » de Gaza sans « un échange »

Dans une allusion à peine voilée notamment aux Etats-Unis qui ont condamné d’autres « agressions », comme l’invasion russe de l’Ukraine, l’envoyé du Caire a dénoncé les pays qui appliquent selon lui une politique de « deux poids deux mesures ».

Cet appel à un cessez-le-feu a recueilli plus de voix que la résolution de fin octobre (120 voix pour, 14 contre et 45 abstentions).

Cette résolution a même dépassé celle des multiples résolutions ayant condamné l’invasion russe de l’Ukraine (majorité de 143 voix au maximum).

Plus tôt dans la journée de mardi, l’Autorité palestinienne avait réuni environ 200 personnes, en marge des célébrations pour les 75 ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Riyad al-Maliki a affirmé que la situation dans la bande de Gaza était « apocalyptique », déplorant le fait que la communauté internationale ne soit pas parvenue à « assumer sa responsabilité » et disant que « ce qui se passe à Gaza est une tache sombre sur la conscience de l’humanité ».

Les représentants de dizaines de pays, dont le Bahreïn, la Tunisie, Cuba, le Venezuela, l’Algérie, les Philippines, la Turquie, ont ensuite pris la parole, en soutien aux Palestiniens. Les ambassadeurs de France et du Royaume-Uni étaient également présents dans la salle mais n’ont pas fait de discours.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Fayçal ben Farhane a exhorté à mettre fin à la situation dans la bande de Gaza car « laisser la crise se poursuivre aura un impact préjudiciable sur la paix et la sécurité régionales ». « La sécurité internationale et la crédibilité des organes des Nations unies sont affectées par la mise en œuvre sélective du droit international », a-t-il assuré. « La situation n’est pas acceptable ».

Son homologue iranien, Hossein Amir-Abdollahian, a quant à lui apporté son soutien au Hamas, un « mouvement de libération palestinien », selon lui. Le Hamas est classé comme groupe terroriste par l’UE mais aussi par de nombreux pays dont les Etats-Unis, le Canada et Israël. L’Iran finance et aide à former les combattants du Hamas, à l’instar du Hezbollah libanais et des Houthis au Yémen.

« Il faut reprendre les négociations », a renchéri le ministre libyen des Affaires étrangères Eltaher Elbaour, appelant les populations à « descendre dans la rue et à faire pression » sur les gouvernements pour faire « cesser les atrocités » à Gaza.

L’ambassadrice israélienne auprès des Nations unies à Genève, Meirav Eilon Shahar a pour sa part regretté le silence de M. al-Maliki sur « les atrocités commises par le Hamas » le 7 octobre.

L’ambassadrice israélienne au Nations unies Meirav Eilon Shahar durant une réunion sur la situation dans la bande de Gaza, en marge d’une cérémonie marquant le 75e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. , aux Offices des Nations Unies, à Genève, le 12 décembre 2023. (Crédit : Fabrice COFFRINI / AFP)

A ses côtés, Rachel Goldberg, sans nouvelles de son fils Hersh Goldberg-Polin – qui a les nationalités israélienne et américaine – depuis qu’il a été pris en otage à cette même date, a dit espérer un « miracle » pour ces fêtes de fin d’année. « Partout dans le monde, nous devons apprendre à vivre ensemble, sinon partout dans le monde, nous allons mourir ensemble », a-t-elle dit.

Rachel Goldberg, dont le fils Hersch Goldberg-Polin est retenu captif à Gaza, durant une réunion sur la situation dans la bande de Gaza, en marge d’une cérémonie marquant le 75e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme aux Offices des Nations Unies, à Genève, le 12 décembre 2023. (Crédit : Fabrice COFFRINI / AFP)
)

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.