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Options binaires : Deux Israéliens de plus accusés de fraude aux Etats-Unis

La SEC prétend qu'Anton Senderov et Lior Babazara ont escroqué des Américains à hauteur de 5 millions de dollars au total via les sites Lbinary.com et IvoryOption.com

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Photo non-datée de l'intérieur des locaux du centre d'appel de LianTech Finance tel qu'il apparaissait sur le site de l'entreprise. (Capture d'écran)
Photo non-datée de l'intérieur des locaux du centre d'appel de LianTech Finance tel qu'il apparaissait sur le site de l'entreprise. (Capture d'écran)

Dans son action judiciaire la plus récente menée à l’encontre de l’industrie des options binaires qui s’est rendu coupable de nombreuses fraudes en Israël, la SEC (Securities and Exchange Commission) américaine accuse deux Israéliens d’avoir escroqué plus de 2 800 investisseurs américains pour une somme totale dépassant les 5 millions de dollars.

Les deux hommes, Anton Senderov, 34 ans, et Lior Babazara, 37 ans, auraient exploité deux sites d’options binaires, Lbinary.com et IvoryOption.com, depuis un centre d’appel de Ramat Gan, selon la plainte.

Cette fraude présumée aurait eu lieu du mois de janvier 2014 au plus tôt jusqu’au mois d’août 2017.

Durant cette période, les deux hommes incriminés auraient été à la tête d’une entreprise israélienne connue sous le nom de LianTech Finance Marketing Ltd., qui aurait contrôlé et exploité deux sites de trading d’options binaires. Tandis que Lbinary et IvoryOption sollicitaient des investisseurs dans le monde entier, la plainte de la SEC ne se concentre que sur les cinq millions de dollars qui auraient été dérobés à des victimes américaines.

Anton Senderov (Capture d’écran/Facebook )

Selon la plainte, les employés du centre d’appel auraient menti et auraient adopté des pratiques commerciales trompeuses. Ils prétendaient souvent être plus âgés que ce n’était le cas, clamaient de manière mensongère qu’ils étaient des professionnels expérimentés des investissements et que les clients feraient d’importants bénéfices.

Les employés du centre d’appel auraient également omis de préciser qu’ils – ainsi que leur entreprise – gagnaient de l’argent au fur et à mesure que les clients en perdaient.

Selon la plainte, des milliers d’investisseurs aux Etats-Unis avaient ouvert un compte. L’un d’entre eux aurait ainsi perdu approximativement 500 000 dollars.

Les agents devaient passer, selon la SEC, un minimum de 300 appels téléphoniques par jour pour obtenir un minimum de huit dépôts par semaine. De 2014 à 2017, ajoute la commission, la firme aurait employé jusqu’à plus de 100 personnes.

La plainte détaille le témoignage d’un ancien employé de LianTech qui s’est confié à l’instance américaine.

« Un ancien courtier de LianTech a indiqué que Babazara faisait, à l’occasion, des discours du type du ‘Loup de Wall Street’ pour motiver son personnel », dit-elle.

De la misère à la richesse ?

Les tribunaux israéliens ne montrent aucune preuve d’éventuelles enquêtes de la part des autorités israéliennes sur LianTech ou autres entreprises associées.

Les registres judiciaires révèlent que l’un des accusés, Lior Babazara, semble être venu d’un milieu modeste avant la fondation de LianTech, en 2013.

En 2010, Babazara avait été poursuivi en justice par son propriétaire dans la banlieue relativement abordable financièrement de Holon, près de Tel Aviv, après le rejet répété de ses chèques de loyer. Ces chèques mensuels s’élevaient à 3 500 shekels chacun.

Babazara avait clamé pour sa défense que l’appartement concerné était inhabitable et qu’il s’était trouvé dans l’obligation de faire des travaux de plomberie majeurs et autres réparations à ses frais et qu’il avait décidé, pour cette raison, de bloquer ses paiements mensuels pour l’habitation.

Le deuxième accusé, Anton Senderov, est fils d’un immigrant russe en Israël nommé Viktor Senderov qui avait lui-même fondé un centre d’appel pour la vente d’options binaires en Israël, Stat Capital Ltd., en 2015.

Aucune malversation n’est reprochée à Senderov, le père.

Lior Babazara. (Capture d’écran : Facebook)

En 2012, un communiqué de presse en hébreu avait présenté un homme appelé Viktor Senderov comme étant le porte-parole israélien de Teletrade, une firme internationale créée en Russie se consacrant au Forex et qui, à l’époque, avait pris la décision d’élargir ses opérations au sein de l’Etat juif.

Un employé important de Lbinary, selon son profil LinkedIn, avait été Gia Janashvili, neveu de l’ancien ministre géorgien de la Défense Davit Kezerashvili. Le profil de Janashvili, sur le réseau social professionnel, le montre travaillant comme « stagiaire » au sein de Lbinary du mois de juin 2014 au mois d’août de la même année.

La plainte de la SEC pointe également du doigt la compagnie israélienne SpotOption qui, selon elle, a fourni la plateforme ayant permis à Lbinary et Ivory Option de mener leurs opérations.

« Sous les termes des accords de licence passés avec SpotOption, SpotOption a fourni à IvoryOption et à Lbinary les infrastructures logiciel nécessaires sur Internet, une interface de site, une plateforme de trading d’options binaires et un logiciel de gestion des relations avec les clients (CRM) », est-il expliqué.

Les accusés et LianTech ont simplement posé les « marques » IvoryOption et LBinary sur la plateforme de SpotOption et l’ont intégré sur leurs sites, note le document judiciaire américain.

Une diapositive dans une présentation préparée par SpotOption pour les courtiers d’options binaires potentiels leur expliquant comment fonder un centre d’appel. (Capture d’écran)

La plainte de la SEC a été déposée le 9 octobre devant une cour fédérale du district de Washington. Elle a été conduite par Jason Anthony, Michael Fuchs et Deborah Maisel et supervisée par Jennifer Leete.

Une culture d’impunité

Lbinary et IvoryOption sont deux parmi des centaines de sites d’options binaires qui ont été exploités depuis l’Etat juif au cours des dernières années. La fraude aux options binaires a prospéré en Israël pendant environ une décennie avant que la Knesset ne mette hors-la-loi l’industrie, au mois d’octobre 2017, largement grâce aux résultats d’un travail de journalisme d’investigation mené par le Times of Israël et qui avait commencé avec un article écrit en 2016 intitulé « Les loups de Tel Aviv : la vaste et immorale arnaque des options binaires dévoilée ».

Au plus fort de cette industrie, des centaines d’entreprises israéliennes étaient impliquées dans cette industrie largement frauduleuse, employant des milliers d’Israéliens, qui auraient fait des milliards de victimes dans le monde entier.

Ces entreprises dupaient des victimes, dans le monde entier, leur faisant croire qu’elles allaient investir des fonds qui leur feraient gagner de l’argent, les encourageant à en déposer toujours plus, avant de couper le contact avec l’investisseur et de disparaître avec presque la totalité, voire l’ensemble des fonds.

De nombreux cadres du secteur continuent à opérer depuis Israël et à l’étranger, certains offrant des investissements frauduleux dans le Forex, dans les crypto-devises et autres produits financiers à la place des options binaires.

C’est un grand nombre d’agents frauduleux qui se sont enrichis au détriment des victimes, dans le monde entier. Leurs actes n’ont pas été punis et leur statut, au sein de la société, ne semble guère avoir été ébranlé.

Une publicité sur Facebook, en 2016, sollicitant des employés pour le centre d’appel de LianTech. (Capture d’écran)

Les forces de l’ordre israéliennes se sont montrées incapables – ou non-désireuses – de s’attaquer au problème des fraudes sur Internet dans le pays, en dépit du fait que, depuis plusieurs années, ces dernières se font à l’échelle industrielle.

Les autorités américaines, pour leur part, s’attaquent de plus en plus à cette escroquerie.

Jusqu’à présent, le département américain de la Justice a inculpé 15 cadres israéliens de l’industrie des options binaires en lien avec les sites largement frauduleux BigOption.com et BinaryBook.com.

Cinq d’entre eux ont plaidé coupable tandis qu’une autre, la directrice générale de Yukom Communications, Lee Elbaz, a été condamnée par un jury du Maryland en date du 6 août pour son rôle dans une fraude à hauteur de 145 millions de dollars.

Le 30 septembre, la SEC a accusé deux hommes, Gil Berserglik et son fils Raz Beserglik, aux côtés d’un ressortissant allemand du nom de Kai Peterson, de fraude aux options binaires pour un montant de 100 millions de dollars par le biais de l’exploitation des sites Bloombex Options, Morton Finance et Starling Capital.

Le 30 septembre, la SEC a aussi inculpé deux commerciaux vivant sur le sol américain, David Sechovicz et Peter Szatmari, pour vente d’options binaires à l’aide de vidéos, de sites internet et de publicités mensongères et trompeuses.

Le 12 août, la CFTC a accusé plusieurs entreprises et individus liés à l’entreprise israélienne Yukom Communications de fraude, une escroquerie ayant permis de voler la somme de 100 millions de dollars.

Au mois de novembre 2018, Jason Scharf, directeur-général d’une firme d’options binaires nommée CiTrades, avait plaidé coupable aux Etats-Unis de conspiration en vue de commettre une fraude électronique. Il avait admis avoir escroqué les investisseurs, leur dérobant plus de huit millions de dollars.

Le 4 octobre de cette année, le juge Theodore Chuang, qui a présidé le procès d’Elbaz, a décrit les défis affrontés par les procureurs américains dans la poursuite devant les tribunaux des cadres israéliens ayant travaillé dans les options binaires.

Lee Elbaz, accusée d’escroquerie par la vente et la commercialisation d’options binaires, arrive à une cour fédérale lors de la sélection du jury pour son procès à Greenbelt, dans le Maryland, le 16 juillet 2019. (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)

Expliquant le risque d’une libération sous caution d’Elbaz, Chuang avait écrit que « tandis qu’Elbaz pourrait chercher à s’enfuir vers un pays tiers, il peut aussi simplement suffire qu’Elbaz trouve le moyen de retourner en Israël. Si un grand nombre des accusés, dans les affaires relatives à ce dossier, se trouvent en Israël, les seuls que le gouvernement a été en mesure d’amener devant les magistrats sont ceux qui se trouvaient aux Etats-Unis ou qui, de manière volontaire ou inconsciente, s’étaient rendus sur le sol américain ».

« Le gouvernement n’a pas encore la capacité de faire extrader d’Israël ou d’autres pays les individus liés à cette fraude. Il n’y a rien qui puisse indiquer que si Elbaz devait retourner en Israël, elle se trouverait dans l’obligation de revenir ici », avait-il ajouté.

Tandis que les propos du juge semblent être une critique du manque de volonté d’Israël de coopérer dans l’extradition de ses citoyens, un avocat américain a confié au Times of Israel en arrière-plan que selon lui, le magistrat pouvait simplement faire référence au fait que l’extradition est un processus long et difficile et qu’il n’a pas nécessairement suggéré que les procureurs américains rencontraient des problèmes pour obtenir l’extradition d’Israéliens dans ce dossier spécifique.

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