Otzma Yehudit pourrait siéger à la commission de nomination des juges
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Otzma Yehudit pourrait siéger à la commission de nomination des juges

HaBayit HaYehudi tentera de placer un représentant du parti extrémiste à l'instance de désignation des juges de la Cour suprême, jugée trop libérale

Les leaders d'Otzma Yehudit, (de gauche à droite) : Michael Ben Ari, Itamar Ben Gvir, Baruch Marzel et Bentzi Gopstein dans une vidéo de campagne de financement public, le 5 novembre 2018. (Capture d'écran : Otzma Yehudit)
Les leaders d'Otzma Yehudit, (de gauche à droite) : Michael Ben Ari, Itamar Ben Gvir, Baruch Marzel et Bentzi Gopstein dans une vidéo de campagne de financement public, le 5 novembre 2018. (Capture d'écran : Otzma Yehudit)

L’accord de fusion signé entre le parti de droite HaBayit HaYehudi et la formation extrémiste Otzma Yehudit comprend une disposition stipulant que HaBayit Hayehudi tentera de placer un représentant de la fraction radicale au sein de la commission parlementaire chargée de désigner les magistrats israéliens.

Les termes de l’accord ont été révélés mardi après une requête d’un avocat exigeant de rendre public le contenu du pacte.

Cet accord de fusion a été facilité par le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui s’efforce de renforcer une future coalition de droite dirigée par le Likud qui serait susceptible de prendre le pouvoir suite aux élections du 9 avril. Il a été depuis largement condamné, notamment par les autres députés israéliens – même s’ils n’appartiennent pas au Likud – et par des organisations juives américaines majeures.

Toutefois, l’accord prévoit qu’après le scrutin, la liste d’union ferait scission. HaBayit HaYehudi entrerait alors dans le gouvernement de coalition et Otzma Yehudit dans l’opposition – une reconnaissance tacite du fait que le parti dont les leaders sont les disciples du rabbin ultra-nationaliste Meir Kahane serait trop extrémiste pour siéger dans un gouvernement.

Michael Ben Ari (à droite) et Itamar Ben Gvir du parti Otzma Yehudit devant la Commission électorale centrale le 21 février 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Si HaBayit HaYehudi et l’Union nationale sont dans la coalition et qu’Otzma Yehudit se trouve dans l’opposition, il est convenu que HaBayit HaYehudi et l’Union nationale œuvreront pour élire un représentant d’Otzma Yehudit comme représentant de l’opposition à la commission des nominations judiciaires », dit l’accord.

Réagissant aux informations révélant les détails de la fusion, Itamar Ben Gvir, candidat d’Otzma Yehudit, a écrit sur Twitter : « s’il est vrai que nous espérons et que nous désirons entrer dans la coalition (et pas automatiquement dans l’opposition…), il est stupéfiant de voir les réactions de la gauche hystérique. Ils ont P-E-U-R ».

La commission est constituée de trois magistrats de la Cour suprême, du ministre de la Justice accompagné d’un autre ministre, de deux députés de la Knesset – l’un appartenant à la coalition, l’autre à l’opposition – et de deux représentants juridiques.

La droite vilipende depuis longtemps la Cour suprême, qu’elle accuse de militantisme judiciaire interventionniste, qu’avait initié Aharon Barak, son président de 1995 à 2006, après que les magistrats ont torpillé une série de lois de la Knesset qu’ils avaient jugées anticonstitutionnelles.

Pour la droite israélienne, la Cour suprême incarne l’élite politique de la gauche, un groupement d’individus partageant le même état d’esprit, et qu’elle est bien déterminée à remplacer.

La gauche et les responsables de l’opposition craignent pour leur part que modifier la composition idéologique du tribunal ne représente une menace pour la démocratie israélienne, portant préjudice au système de contrôle et d’équilibre. Ils redoutent également que soient laissées de côté des questions essentielles que la Knesset, en proie aux dissensions, est dans l’incapacité de résoudre – comme celles relatives aux libertés civiles, à la liberté religieuse et aux droits des Palestiniens.

L’actuelle ministre de la Justice Ayelet Shaked, de la formation HaYamin HaHadash, a fréquemment prôné de mieux maîtriser les juges de la Haute Cour ou de changer la composition des magistrats pour y inclure des personnalités plus conservatrices.

La ministre de la Justice Ayelet Shaked, à droite, avec la présidente de la Cour suprême, Miriam Naor, au ministère de la Justice à Jérusalem, le 22 février 2017 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash 90)

En 2017, elle s’est ainsi assuré de nommer trois magistrats conservateurs et non militants sur les quatre que compte la Cour suprême, portant un coup majeur au groupe dominé par les libéraux.

Le parti extrémiste Otzma Yehudit est le filleul spirituel du parti Kach, qui avait été fondé par le rabbin Meir Kahane. En vertu d’une loi fondamentale rendant illégales les incitations à la violence, il avait été interdit de siéger à la Knesset et ultérieurement proscrit sur tout le territoire israélien.

Il encourage l’émigration des non-Juifs d’Israël et appelle à l’expulsion des Palestiniens et des Arabes israéliens qui refusent de déclarer leur loyauté pour Israël et d’accepter un statut de citoyen inférieur, dans un Etat juif élargi dont la souveraineté s’étendrait à toute la Cisjordanie.

Malgré l’accord, toute initiative visant à faire entrer un membre de ce parti au sein de la commission qui supervise la désignation des magistrats fera probablement l’objet d’une forte opposition.

L’accord de fusion a entraîné un torrent de condamnations, notamment de la part de responsables à droite de l’échiquier politique israélien.

Mardi, le ministre de l’Education Naftali Bennett, qui a fondé le mouvement HaYamin HaHadash aux côtés de Shaked après leur départ de HaBayit HaYehudi, a rejoint le torrent croissant de dénonciations, estimant que les membres du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit sont inaptes à siéger à la Knesset et qu’il existe un gouffre entre leurs deux partis.

Lundi, c’est l’ancien ministre de la Défense Avigdor Liberman – ayant démissionné au mois de novembre pour protester contre ce qu’il avait estimé être une gestion médiocre des violences dans la bande de Gaza – qui a également vertement critiqué Otzma Yehudit, disant qu’il n’adresserait la parole à aucun de ses représentants si ces derniers devaient siéger à la Knesset.

Lundi aussi, le parti travailliste, le Meretz et Yesh Atid, ont déposé des requêtes distinctes auprès de la commission centrale électorale, réclamant qu’Otzma Yehudit soit interdit de se présenter lors des prochaines élections.

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