Par quels moyens un État autrichien cherche à limiter la vente de viande casher
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Par quels moyens un État autrichien cherche à limiter la vente de viande casher

Le projet de loi exigerait l'établissement d'une liste de juifs, que le président de la communauté juive de Vienne a qualifiée de "clause aryenne inversée"

Abattage rituel à l'abattoir de Zaklady Miesne Mokobody près de Varsovie, en 2011. Illustration. (Crédit : autorisation de Zaklady Miesne Mokobody via JTA)
Abattage rituel à l'abattoir de Zaklady Miesne Mokobody près de Varsovie, en 2011. Illustration. (Crédit : autorisation de Zaklady Miesne Mokobody via JTA)

Un homme politique autrichien a défendu un projet visant à limiter l’accès à la viande casher, en subordonnant sa vente à des permis qui seraient délivrés individuellement aux Juifs pratiquants.

Le quotidien Wiener Zeitung a publié mardi un article sur le projet de décret dans l’État de Basse-Autriche, l’un des neuf États qui composent la République fédérale d’Autriche.

Gottfried Waldhäusl, ministre du gouvernement du Land de Basse-Autriche, responsable du bien-être animal et de plusieurs autres portefeuilles, a défendu le plan comme nécessaire « du point de vue du bien-être animal ».

Oskar Deutsch, le président de la communauté juive de Vienne, a averti que, dans la pratique, le projet exigerait l’établissement d’une liste de juifs, qu’il a qualifiée de « clause aryenne inversée », faisant référence aux lois racistes adoptées par l’Allemagne nazie et mises en œuvre en Autriche après sa fusion avec l’Allemagne en 1938.

Le bureau de Berlin de l’American Jewish Committee s’est également référé aux décrets nazis pour s’opposer au projet. « A quand l’étoile jaune sur la poitrine ? » a écrit un porte-parole de l’organisation sur son compte Twitter officiel.

« C’est une attaque contre la vie juive et musulmane ! #Antisémitisme. »

Les lois religieuses juives et musulmanes exigent que les animaux soient conscients quand on leur tranche la gorge pour que la viande soit respectivement casher ou halal. Le judaïsme impose des limites plus strictes sur la façon dont les animaux doivent être abattus pour assurer une mort rapide. Les détracteurs de la production de viande casher et halal affirment que c’est cruel, bien que les partisans de ces pratiques affirment qu’elles causent moins de souffrance dans l’ensemble parce qu’elles sont conçues pour être aussi indolores que possible et qu’elles ne peuvent pas être entièrement mécanisées.

Le Wiener Zeitung ne précise pas si le projet de décret s’étend aussi bien à la viande halal qu’à la viande casher.

Waldhäusl, le responsable du bien-être des animaux de Basse-Autriche, est le seul ministre du Parti de la liberté populiste, qui a été créé par un ancien soldat SS nazi dans les années 1950 et qui s’oppose à l’immigration en provenance de pays musulmans.

Le parti a connu de nombreux scandales liés à l’antisémitisme de la part de ses membres et de ses représentants, bien que ses dirigeants affirment que leur parti n’est pas antisémite et qu’il ne tolérera pas l’expression de tels propos dans ses rangs.

Klaus Schneeberger, le chef régional du Parti populaire autrichien au pouvoir, le parti du chancelier Sebastian Kurz, a déclaré au radiodiffuseur ORF que le plan ne sera pas mis en œuvre. « Bien sûr, personne n’aura à s’enregistrer pour acheter de la viande casher. Rien de tel ne se produira », a-t-il précisé.

L’année dernière, le Parti populaire autrichien a conclu un accord de coalition avec le Parti de la liberté à la suite d’une élection fédérale.

En Basse-Autriche, la gouverneure Johanna Mikl-Leitner est issue du Parti populaire autrichien, de même que sept des neuf ministres de cet État.

« La Basse Autriche n’est pas là pour fournir de la viande aux Viennois », a déclaré Waldhäusl au quotidien au sujet de son État, qui contient de vastes terres agricoles et encercle l’État bien plus petit de Vienne, où vit la grande majorité des quelque 8 000 Juifs autrichiens.

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