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Pas d’accès aux prestations de santé pour les candidats ukrainiens à l’alyah

En tentant de remédier à l'engorgement du service d'immigration, qui maintient les réfugiés en attente en Europe, Israël repousse le problème en leur accordant un statut bancal

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des immigrants réfugiés  d’Ukraine arrivent à l’aéroport Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 15 mars 2022. (Tomer Neuberg/Flash90)
Des immigrants réfugiés d’Ukraine arrivent à l’aéroport Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 15 mars 2022. (Tomer Neuberg/Flash90)

En essayant de résoudre le problème de l’engorgement du système d’immigration lié à l’afflux de réfugiés ukrainiens sollicitant la citoyenneté israélienne, le gouvernement en a apparemment créé un nouveau cette semaine, en permettant aux candidats à l’immigration d’entrer en Israël avec des visas touristiques ne leur donnant pas accès aux services et prestations de base, comme les soins de santé.

Au moins deux de ces candidats à l’immigration, atteints de cancer – un homme atteint de leucémie et une femme soignée par chimiothérapie en Ukraine pour un cancer du sein – ont atterri en Israël mardi, sans être immédiatement autorisés à accéder aux soins dont ils avaient besoin.

Des avocats ont plaidé en leur faveur, avec succès, à l’aéroport, afin d’obtenir des visas d’immigration leur donnant accès à des traitements contre le cancer, a déclaré l’un des bénévoles au Times of Israël.

Un porte-parole du ministère de l’Immigration et de l’Intégration a déclaré que le gouvernement était au fait du problème des soins de santé et s’efforçait de le résoudre dans les plus brefs délais.

Alors que les réfugiés en provenance d’Ukraine ont afflué vers les pays voisins – quelque trois millions de personnes, selon les estimations des Nations Unies – des milliers d’entre eux ont demandé à immigrer en Israël en vertu de la Loi du retour, accordant la citoyenneté à toute personne ayant au moins un grand-parent juif ou mariée à un Israélien.

Face à l’afflux de candidats à l’immigration, les organisations israéliennes et juives chargées de leur fournir des lits ont rapidement été débordées. Les services en charge de l’examen des demandes d’immigration se sont avérés incapables de traiter rapidement un très important volume de demandes, parfois présentées sans les justificatifs requis.

A LIRE : A Lviv, la course contre la montre du traitement des visas d’immigration

Dans le but de réduire cet engorgement, le gouvernement israélien a déclaré dimanche adopter une nouvelle stratégie – la « Voie verte » – réservée aux réfugiés demandant à immigrer. La nouvelle procédure autorise ces demandeurs à entrer sur le territoire israélien avant examen de leur dossier, sans se voir délivrer de visa d’immigration.

Une fois en Israël, leur demande fait l’objet d’un examen conduisant, sous réserve de satisfaire les conditions, à l’octroi de la citoyenneté et des avantages qui l’accompagnent.

Illustration. Des réfugiés juifs ukrainiens dans un refuge d’urgence parrainé par l’International Fellowship of Christians and Jews et le Joint Distribution Committee à Chisinau, en Moldavie, le 5 mars 2022. (Nati Shohat/Flash90)

Ces avantages peuvent être considérables.

La ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Pnina Tamano-Shata, a déclaré mardi à la Knesset que les nouveaux immigrants pourraient bénéficier d’un séjour d’un mois dans un hôtel à leur arrivée. En plus des quelque 3 000 shekels en espèces et sous forme d’allocations mensuelles que perçoivent les nouveaux immigrants, chaque famille de réfugiés ukrainiens se verra remettre 6 000 à 15 000 shekels, selon la taille de la famille.

En leur qualité de citoyens, ils auront également accès à des soins de santé de base gratuits, au système éducatif pour leurs enfants et à une foule d’autres services sociaux ou relatifs à la protection sociale.

Au-delà de ces avantages concrets, les réfugiés accueillis avec des visas touristiques se voient également privés de la chaleureuse étreinte caractéristique de l’accueil des réfugiés avec des visas d’immigration.

Tant que leur demande n’est pas traitée, les réfugiés engagés dans la « Voie verte » ne bénéficient pas de ces avantages.

On ne sait pas encore combien de réfugiés ukrainiens éligibles à la citoyenneté israélienne seront autorisés à entrer sur le territoire de cette manière et combien entreront avec des visas d’immigration.

Des immigrants réfugiés d’Ukraine arrivent au bureau du ministère israélien de l’Immigration et de l’Intégration à l’aéroport Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 15 mars 2022. (Tomer Neuberg/Flash90)

Un porte-parole du ministère de l’Immigration et de l’Intégration a précisé que même s’ils sont inéligibles à la totalité de ces prestations, ces réfugiés bénéficieront d’un logement et d’une subvention le temps que leur demande d’immigration soit instruite.

« Nous leur fournirons tout ceci jusqu’à l’obtention de leur statut statut [d’immigrant]. Cela prend du temps. Nous essayons d’accélérer les choses afin d’aider au mieux les gens. Mais il s’agit d’une procédure, et le nombre de demandes est incroyablement élevé. Ce n’est pas simple », a-t-il déclaré.

Le porte-parole a ajouté que la question d’accorder des soins de santé aux candidats à l’immigration était en cours d’examen, et que le ministère prévoyait de proposer une solution dans les tout prochains jours.

« Le sujet est en cours d’examen. Nous espérons pouvoir proposer une solution d’ici un jour ou deux. En attendant, nous fournissons aux gens les soins médicaux dont ils ont besoin », a-t-il déclaré.

Cette question a été évoquée dans le contexte de critiques adressées au gouvernement pour son action face à l’afflux de réfugiés, éligibles ou non à la citoyenneté israélienne.

La gestion de la question par le gouvernement a pâti de l’existence de procédures peu claires, de volte-face et de luttes intestines ponctuelles.

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