Patrimoine de l’Humanité : des candidats du Paléolithique à l’époque moderne, et des dossiers sensibles
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Patrimoine de l’Humanité : des candidats du Paléolithique à l’époque moderne, et des dossiers sensibles

Les Palestiniens ont demandé en urgence l'inscription du Tombeau des Patriarches de Hébron sur la liste de l'UNESCO

Le siège de l'Unesco à Paris. (Crédit : Wikimedia Commons/Albertus teolog/domaine public)
Le siège de l'Unesco à Paris. (Crédit : Wikimedia Commons/Albertus teolog/domaine public)

De la ville moderniste d’Asmara à des grottes paléolithiques en Allemagne, 34 sites dans le monde, parfois sensibles comme Hébron, espèrent intégrer la Liste du patrimoine universel de l’UNESCO dont le Comité ad hoc se réunit du 2 au 12 juillet à Cracovie, en Pologne.

Sept sites naturels, 26 culturels et un site mixte pourraient rejoindre les 1 052 bénéficiant déjà du statut leur reconnaissant une « valeur universelle exceptionnelle », à préserver absolument.

Figurer sur cette liste, enjeu de fierté nationale, peut doper la fréquentation touristique, faciliter les aides financières mais aussi engendrer polémiques nationales ou frictions diplomatiques.

Après des résolutions de l’UNESCO sur Jérusalem qui ont suscité des levées de boucliers en Israël, le comité se saisit ainsi cette fois d’un autre dossier épineux : l’inscription, demandée en urgence par les Palestiniens, de la vieille ville de Hébron, siège du Tombeau des Patriarches qui abriterait notamment le tombeau d’Abraham, père des trois religions monothéistes.

The Tomb of the Patriarchs is a central feature of the controversial school trips to Hebron. (photo credit: Abir Sultan/Flash 90)
Le Tombeau des Patriarches, à Hébron, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

‘Décisions techniques’

« La géopolitique est compliquée dans cette région », a reconnu lors d’une conférence de presse Mechtild Rössler, directrice de la division du patrimoine et du centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, interrogée sur les risques de polémique autour de cette cité illustrant l’inextricable conflit israélo-palestinien.

Mais, a-t-elle insisté, « il ne s’agit pas de politique » : « pour le patrimoine mondial les décisions sont techniques et le but est de préserver des patrimoines d’une valeur exceptionnelle », a-t-elle affirmé, disant « espérer un débat sur le fond ».

Pour le ministère des Affaires étrangères israélien, l’inscription de la ville de Cisjordanie irait dans le sens de « la politisation de l’organisation ».

« En dépit de déceptions passées, nous espérons qu’un nombre suffisant d’États membres s’opposera à cette initiative qui pourrait créer une nouvelle division politique à l’UNESCO », a déclaré le ministère dans un communiqué, jugeant la demande « infondée ».

Les Juifs revendiquent une présence vieille de 4 000 ans à Hébron.

Les débats sur les nouvelles nominations vont se tenir entre le 7 et le 9 juillet. Le comité examinera les jours précédents l’état de conservation de biens déjà sur la liste.

Katmandou (Crédit : CC BY/Sharada Prasad CS/Flickr)
Katmandou (Crédit : CC BY/Sharada Prasad CS/Flickr)

Cinq sont proposés pour un passage dans la catégorie « patrimoine en péril » dont, pour la 3e année consécutive, la vallée de Katmandou frappée par un violent séisme en 2015. Le Népal n’y est pas favorable, craignant d’effrayer les touristes.

Pourrait aussi être décrété en danger le vieux centre de Vienne, en raison d’un important projet architectural estimé à 300 millions d’euros, décrié localement mais adopté début juin, comportant une tour haute de 66 mètres, bien au-delà des 43 mètres tolérés par l’UNESCO pour ce site.

« En 1999-2000, on avait déjà alerté sur un projet énorme, qui a été retiré. Je pensais qu’ils avaient retenu la leçon. J’avais tort », a commenté Rössler.

‘Y a pas que Le Corbusier’

A l’inverse, la responsable s’est réjouie d’une proposition de retrait de la liste des sites en danger, concernant le parc de Comoe en Côte d’Ivoire : « quand on inscrit sur cette liste, on définit l’état de conservation désiré. Quand il est atteint et qu’on propose de retirer, je suis contente. »

Autre motif de satisfaction pour elle : la proposition d’inscrire Asmara, ville moderniste d’Afrique dotée de cinémas art déco, stations service futuristes… autant de bâtiments « aux couleurs pastel uniques et bords arrondis, témoins des styles rationalistes et futuristes populaires dans l’Italie fasciste », selon le dossier de candidature de l’Érythrée, colonisée par l’Italie de la fin du 19e siècle à la Seconde guerre mondiale.

La ville d'Asmara, en Erythrée. (Crédit : Charles Fred from Amsterdam/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
La ville d’Asmara, en Erythrée. (Crédit : Charles Fred from Amsterdam/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

« Asmara, c’est une fierté », a-t-elle lancé, en soulignant « la difficulté de travailler en Erythrée » et la « sous-représentation du patrimoine moderne » dans les paysages culturels.

« Nous sommes contents que des dossiers viennent d’autres parties du monde parce qu’il n’y a pas que la France et Le Corbusier ! », a-t-elle plaisanté.

L’œuvre de l’architecte franco-suisse Le Corbusier été inscrite l’an dernier.

En filigrane aussi, la satisfaction de voir progresser la perception en Afrique du patrimoine moderne, longtemps « vu comme une chose coloniale ». « On a beaucoup travaillé pour une autre approche », a souligné Rössler.

A Cracovie, les décisions finales reviendront aux 21 pays composant le comité.

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