Pita, houmous, et un zeste de polémique politique aux Pays-Bas
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'Love & Peas'

Pita, houmous, et un zeste de polémique politique aux Pays-Bas

Un juif de Tel Aviv et un Arabe israélien de Nazareth ont ouvert le bar à houmous le plus controversé – et le plus fructueux – de La Haye

Yuval Gal dans son restaurant de houmous à La Haye. (Crédit : autorisation de Love & Peas/via JTA)
Yuval Gal dans son restaurant de houmous à La Haye. (Crédit : autorisation de Love & Peas/via JTA)

LA HAYE, Pays-Bas (JTA) – Comme beaucoup d’Israéliens en Europe, Yuval Gal et Muawi Shehadeh ont décidé de cibler spécifiquement avec leur restaurant de houmous les végétariens soucieux de leur santé.

Un juif de Tel Aviv et un Arabe israélien de Nazareth : le duo a commencé cette année à colporter la purée de pois chiche emblématique de leur pays dans un restaurant de la ville nommé Love & Peas dont Gal, 36 ans, dit qu’il est spécialisé en « nourriture verte et saine ».

A cet égard, Love & Peas est légèrement différent des douzaines de restaurants de houmous appartenant à des Israéliens qui ont cherché à capitaliser ces dernières années sur la demande croissante de l’Europe pour des cuisines exotiques et saines. La plupart de ces affaires portent des noms hébreux, comme Miznon à Paris et Pilpel à Londres.

Mais Love & Peas n’est pas un bar à houmous israélien typique. D’une part, ses propriétaires israéliens refusent d’identifier leur cuisine comme israélienne, la décrivant à la place comme de la « cuisine verte palestinienne. » D’autre part, leur soutien affiché au narratif palestinien a aidé à générer une exposition médiatique phénoménale en Hollande et en Israël.

Depuis l’ouverture cet été, Love & Peas – qui a huit tables, une déco rétro des années 1970 et un espace jeu pour les enfants – a été célébré comme une victoire de la coexistence par les médias hollandais, avec des articles sur le restaurant diffusés sur trois chaînes de télévision et dans six journaux importants.

Love & Peas propose beaucoup de matériels aux journalistes cherchant un angle politique.

Sur ses murs, une grande carte du territoire israélien marqué « Palestine » est suspendue. (Il y avait une affiche trafiquée d’Anwar Sadat et Menachem Begin caressant une pulpeuse jeune femme, mais elle a été enlevée après que des clients l’aient trouvé offensante.)

Ses boulettes de fallafels sont faites dans le style « Qusdi », une référence au nom arabe de Jérusalem. Et sur un comptoir, une pile de prospectus promeut la branche locale de l’initiative Plante un olivier, un projet du YMCA palestinien, qui soutient le boycott d’Israël.

« Le houmous est palestinien, a déclaré Gal. Soyons honnêtes avec nous-mêmes. »

Gal, père de deux enfants qui a quitté Israël il y a cinq ans, dit que son restaurant n’a pas d’agenda anti-israélien et est ouvert à tous. Il note que l’ambassadeur d’Israël aux Pays-Bas, Haïm Divon, a diné au Love & Peas avec sa femme, Linda, peu après l’ouverture et l’a félicité dans un entretien avec le quotidien israélien Yedioth Ahronoth.

Mais Gal admet qu’il se sent mal à l’aise d’être étiqueté Israélien et qu’il n’était pas ravi de la venue de l’ambassadeur.

Après sa visite, dans une tentative de mieux faire connaitre leur vision politique, Gal et Shehadeh ont accueilli un concert de soutien pour l’initiative des oliviers, qui plante des arbres en Cisjordanie et à Gaza pour soutenir les fermiers qui « souffrent de diverses politiques israéliennes qui placent leur terrain et leur propriété sous la menace d’une confiscation », selon leur site internet.

« Le restaurant est une tentative de gérer cette étiquette, un moyen thérapeutique de gérer son identité », a dit Gal, ajoutant : « Ce qui est important pour moi est de ne pas blanchir l’occupation. »

L'ambassadeur d'Israël aux Pays-Bas Haim Divon, le 10 juin à Amsterdam. (Crédit : Bibi Neury, Photo Republic)
L’ambassadeur d’Israël aux Pays-Bas Haim Divon, le 10 juin à Amsterdam. (Crédit : Bibi Neury, Photo Republic)

« Maintenant je suis le juif avec l’argent et il est le Palestinien qui fait la cuisine », a déclaré Shehadeh au journaliste Omroep West le mois dernier.

« C’est seulement vrai dans les blagues, a ajouté Gal à propos des stéréotypes. Je ne peux pas compter, pas facturer les clients. »

Divon a déclaré qu’il regrettait l’orientation politique du restaurant, qu’il trouve « malavisée et malheureuse. » Mais peu importe comment le restaurant est vendu, « cela sert à souligner la réalité actuelle du terrain en Israël, où juifs et arabes interagissent aux niveaux personnel et économique, où ils sont copropriétaires et gèrent ensemble des commerces, avant qu’ils ne se précipitent pour le faire aussi à l’étranger. »

Divon devient critique quand il s’agit du plat signature du Love & Peas, un sujet que beaucoup d’Israéliens prennent très au sérieux. En Israël, le houmous favori de Divon est à Abu Ghosh, un village arabe à l’extérieur de Jérusalem.

« Je me souviens que l’huile d’olive était bonne, a dit Divon de Love & Peas. Le houmous, et bien, il était OK. Mais rien comparé à notre houmous en Israël. »

Love & Peas ne vend aucun produit originaire d’Israël – une politique dont Gal a refusé de confirmer qu’elle était idéologique. Il a également déclaré qu’Israël n’était pas une démocratie réelle et qu’être parti lui semblait comme avoir été exilé pour ses opinions.

Shehadeh, dont le père est musulman et la mère hollandaise, dit que le restaurant est intéressé à « résoudre, pas complexifier, le conflit. » L’intérêt des médias pour la dimension politique du restaurant était « totalement inattendu », selon Gal, et ne faisait pas partie d’une stratégie.

Néanmoins, six mois après son ouverture, Love & Peas est le restaurant de houmous le plus connu aux Pays-Bas et jouit d’un énorme succès financier.

« Nous avons dépassé toutes les projections de notre business-plan », a déclaré Gal.

Gal et Shahadeh se sont rencontrés il y a quelques années dans un bar. Shehadeh fait la comptabilité pendant que Gal se charge de la cuisine, ce qui est une inversion des rôles stéréotypés, concède le duo.

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