Plan israélien pour mettre le recyclage aux normes européennes d’ici 2030
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Plan israélien pour mettre le recyclage aux normes européennes d’ici 2030

Les foyers recevront des incitations financières pour séparer les déchets ; selon leur nature, ils seront jetés dans des conteneurs marrons et des poubelles orange et vertes

Des poubelles pour le tri à la source des déchets. (Crédit : lenscap67, iStock at Getty Images)
Des poubelles pour le tri à la source des déchets. (Crédit : lenscap67, iStock at Getty Images)

Le ministère de la Protection environnementale a fait part, lundi, d’une stratégie ambitieuse dont l’objectif est de s’attaquer aux résultats plus que décevants enregistrés par Israël dans le secteur du recyclage et de la gestion des déchets dans les décharges pour tenter de mettre le pays au niveau des normes européennes d’ici l’année 2030.

Cette proposition marque un changement spectaculaire par rapport à la politique pro-incinération des déchets qui avait été adoptée par le précédent ministre de la Protection environnementale, Zeev Elkin, et par son directeur-général, Guy Samet qui, ce mois-ci, est parti travailler au sein du ministère de l’Energie.

Cette nouvelle politique exigera des foyers qu’ils séparent leurs déchets, selon leur nature, dans trois poubelles distinctes : une poubelle marron pour les déchets organiques comme les épluchures de légumes, une poubelle orange pour tous les déchets secs et une poubelle verte pour tous les types d’ordures non-recyclables.

Chaque ville, chaque village ou autorité locale décidera des incitations économiques qui, de son point de vue, seront les plus efficaces en termes de coût pour encourager les résidents à jeter leurs déchets dans le bon réceptacle. Cette politique sera soutenue par des campagnes d’information et de sensibilisation publiques.

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L’objectif du ministère est de mettre en place la séparation des déchets organiques à la source plutôt que de les séparer plus tard, au cours de la ligne de traitement des déchets, comme c’est actuellement le cas. Il cherche à pouvoir recycler 54 % des déchets urbains au total et notamment 70 % des conteneurs en envoyant simplement 20 % des déchets dans les décharges (contre 85 % actuellement) d’ici la fin de la décennie. Un changement qui, selon le ministère, réduira les émissions de gaz à effet de serre de 47 % à l’horizon 2030 et permettra aux autorités locales d’économiser des centaines de millions de shekels pendant toute cette période.

Des éboueurs travaillant dans une décharge en dehors de Jérusalem (Crédit : Kobi Gideon/Flash 90)

La séparation à la source garantit des matériaux recyclables de meilleure qualité. Un carton ayant côtoyé du jeu d’oignon ou de l’huile tombée d’une conserve de thon, par exemple, n’est plus recyclable – et ce n’est plus le cas non plus d’un déchet organique qui aurait été mis dans la même poubelle que du verre cassé.

Les décharges créent des gaz à effet de serre (en particulier par le biais des émissions de méthane), elles sont coûteuses et elles polluent le sol et les nappes phréatiques avec l’infiltration de substances organiques et non-organiques, comme les métaux lourds.

D’ici 2030, le ministère veut que l’infrastructure entière qui est nécessaire pour sa nouvelle politique soit mise en place et il a l’intention de contribuer à son financement grâce à son Fonds propre, qui est alimenté notamment par les frais versés par les décharges et l’achat de sacs en plastique.

Le plan qui avait été mis en œuvre par Elkin et qui visait à transformer les déchets en énergie, auquel s’opposaient les défenseurs de l’environnement, sera divisé par deux.

La structure de valorisation énergétique des déchets, aperçue depuis la côte de Clontarf, en Irlande (Crédit : O’Dea, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commos)

Le ministère espère qu’Israël pourra se doter d’une économie circulaire à l’horizon 2050 – une économie dans laquelle le déchet d’un individu devient la ressource d’un autre. Ce type d’économie permet d’économiser de l’argent, de réduire les émissions à effet de serre et la pollution et aide à conserver l’environnement. Elle réduit aussi la nécessité d’extraire de nouvelles ressources naturelles. Elle implique de garantir que le plus grand nombre possible de produits soit recyclable et ce depuis leur création.

Selon le nouveau plan, les déchets organiques, qui représentent 43 % du total des ordures, seront triés puis envoyés au bio-compostage, un processus qui utilise des microorganismes pour décomposer les déchets et qui génère des gaz – du méthane et du dioxyde de carbone – qui peuvent être vendus à l’industrie, mais aussi du compost liquide (que jardiniers et agriculteurs peuvent acheter sous la forme de fertilisants) et, selon la pureté du déchets, du compost qui est susceptible d’être utilisé dans les jardins et dans les champs. Les déchets secs, qui représentent 39 % des ordures au total, seront triées de manière à ce que les produits recyclables – papier, verre, métal et certains plastiques – puissent être recyclés en Israël ou à l’étranger.

Des papiers et des cartons attendent d’être recyclés à Westborough, dans le Massachussets, le 6 septembre 2018. (Crédit : AP Photo/Charles Krupa)

Les ordures qui ne pourront pas être recyclées seront transférées dans des usines d’incinération qui, en les faisant brûler, génèrent de l’énergie ou de la chaleur pour l’industrie, ou les transforment en combustibles dérivés des déchets (RDF) qui sont utilisés pour les cimenteries, les décharges devenant un dernier recours. Certaines cendres issues de l’incinération pourront aussi être utilisées par l’industrie de la construction.

Le principe du « pollueur payeur »

Le ministère veut que cette législation-cadre, basée sur les directives européennes pour la gestion des déchets, puisse ancrer le principe du « pollueur payeur » – où les coûts de la gestion de déchets sont assumés par ceux qui les produisent.

Dans les prochains mois, il mettra en place une feuille de route pour la prochaine décennie pour transformer cette stratégie – présentée dans un document de 179 pages – en plan de travail assorti d’un calendrier et de données sur son financement.

La stratégie a été mise au point avec l’aide du cabinet de consultants Pareto Group et elle a impliqué des dizaines de responsables d’autorités locales et autres experts. Elle est le fruit d’un réexamen de la politique des déchets – un réexamen que la ministre de la Protection environnementale, Gila Gamliel, avait annoncé un mois seulement après avoir pris ses fonctions.

Un bulldozer soulève des déchets à l’usine de recyclage de Greenet, dans la zone industrielle d’Atarot, au nord de Jérusalem, le 16 juin 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En 2019, l’Etat juif avait produit environ 5,8 millions de tonnes de déchets urbains solides. Selon les chiffres du Bureau central des statistiques, chaque Israélien produit, en moyenne, 1,7 kilo de déchets au quotidien – soit 21 % de plus que la moyenne européenne par tête qui est de 1,4 kilo.

Au cours de la dernière décennie, les déchets ont augmenté, en moyenne, de 2,6 % par an. 1,94 % de cette hausse s’explique par la croissance de la population et le reste par les changements survenus dans les modes de consommation.

Sans une intervention forte, le ministère s’attend à ce que les déchets urbains augmente encore à 7,8 millions de tonnes à l’horizon 2030.

Une équipe du ministère de l’Environnement dirigée par son directeur-général, David Yahalomi, a mené une analyse coût-bénéfice en envisageant quatre options différentes, s’intéressant aux coûts directs et indirects comme la pollution.

Il s’est avéré que l’option prévoyant 54 % de recyclage, 20 % d’enfouissement et 26 % d’incinération coûterait 1,9 milliard de shekels par an par rapport à l’option la plus chère, celle du « zéro changement » qui a été évaluée à 3,1 milliards de shekels par an.

Des passants passent devant une poubelle recueillant les déchets organiques installée pour permettre aux résidents de séparer leurs déchets organiques à New York. (Crédit : AP Photo/Stephen Groves)

Il existe divers modèles d’incitations économiques pour encourager le recyclage. Dans l’un d’eux, ce sont les citoyens qui assument le coût du non-recyclage en devant acheter des sacs pour les déchets qui ne pourront pas être réutilisés dans le cadre d’une économie circulaire. Dans un autre, les résidents paient des frais de base qui garantissent à l’autorité locale une source constante de revenu qui leur permettra de prendre en charge le traitement des déchets, et ils doivent payer davantage pour jeter une plus grande quantité d’ordures que le poids de base de déchets pour lequel ils ont versé des fonds.

Gila Gamliel s’exprime lors d’une conférence à Kedem, en Cisjordanie, le 5 septembre 2019 (Hillel Maeir/Flash90)

Dans une initiative historique qui avait signalé le lancement d’une attitude plus « verte » à l’égard de l’environnement, la ministre de la Protection environnementale Gila Gamliel avait annoncé un gel temporaire des politiques mises en œuvre par le ministère en termes de déchets – et notamment des plans de construction d’usines d’incinération – de manière à ce qu’elle puisse mener un réexamen du dossier.

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