Israël, le recyclage et l’approche européenne des 4 R
Rechercher
Réduction, réutilisation, réparation et recyclage

Israël, le recyclage et l’approche européenne des 4 R

La nouvelle ministre Gila Gamliel a déjà gelé la construction controversée des incinérateurs et nommé David Yahalomi, le Nicolas Hulot israélien

La nature ne gaspille pas.

Ses composantes existent dans un processus éternel et circulaire de construction et de destruction, tandis que les éléments qui créent notre terre, l’atmosphère et les créatures vivantes se recyclent à l’infini.

Au cours des trente prochaines années, les déchets, dans le monde entier, devraient augmenter d’un taux spectaculaire de 70 %. Les décisionnaires sont aujourd’hui contraints et forcés de trouver de nouveaux moyens d’appréhender cette perspective.

La ministre de la Protection environnementale, Gila Gamliel. (Autorisation : ministère de la Protection environnementale)

Parmi ces politiciennes et politiciens bien déterminés à trouver des solutions, la nouvelle ministre israélienne de la Protection environnementale, Gila Gamliel (Likud), dont l’une des premières actions a été de geler temporairement la politique des déchets mises en place par le ministère – notamment les plans de construction d’usines d’incinération – afin de pouvoir procéder à un réexamen de ces projets envisagés.

Mardi dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement des Nations unies (qui avait eu lieu, en fait, le vendredi précédent), elle a déclaré devant la Knesset que le monde s’éloignait du diktat linéaire du « produire, utiliser, jeter » pour se diriger vers une économie circulaire, où le déchet de l’un devient la ressource de l’autre et où « le concept de perte n’existe pratiquement pas ».

Mercredi, elle a annoncé le remplacement du directeur-général pro-incinération du ministère, Guy Samet, par David Yahalomi, ancien directeur financier de la municipalité de Gedera, dans le centre de l’Etat juif, là où Gamliel est née et où son frère est maire depuis 2008.

Quand il était au conseil, Yahalomi avait pris la tête de plusieurs projets environnementaux et notamment d’une initiative visant à trier les déchets à la source, en trois flux séparés, et à établir des points de recyclage. Il avait également dirigé un projet-pilote de compostage en coopération avec le ministère de la Protection environnementale.

Les activistes qui oeuvrent dans la défense de l’écologie espèrent dorénavant que Gamliel jettera définitivement à la poubelle le plan d’incinérateurs et qu’elle adoptera une politique plus proche de celle qui a été mise en oeuvre par l’Union européenne (UE).

Le cercle vertueux

Aujourd’hui, un concept fait le buzz dans les cercles environnementaux : celui de l’économie circulaire.

Les systèmes circulaires impliquent la réutilisation, la réparation, la remise en état, la refabrication et le recyclage pour créer un système fermé au cœur d’un pays – ce qui nécessite des contributions minimales et ce qui génère des déchets également minimaux, rabaissant l’emprunte carbone au maximum.

Le Plan d’action sur l’économie circulaire mis au point par l’UE, qui a été présenté dans un document très détaillé au mois de mars à l’issue de plus de quatre années de travail, l’explique ainsi :

« Il n’y a qu’une seule planète Terre et pourtant, d’ici 2050, le monde aura une consommation correspondant à l’équivalent de trois planètes Terre. La consommation globale de matériaux comme la biomasse (matériau organique), les énergies fossiles, les métaux et les minéraux devrait doubler au cours des 40 prochaines années, tandis que la production annuelle de déchets devrait connaître une augmentation de 70 % à l’horizon 2050 [Les Etats-Unis sont les plus grands producteurs de déchets par tête dans le monde]. »

« La moitié des émissions totales de gaz à effet de serre, plus de 90 % de la perte de biodiversité et le manque d’eau (sa rareté) proviennent des extractions et du traitement des ressources. »

« Une économie circulaire rompt le lien entre exploitation des ressources et croissance économique, permettant à cette dernière de continuer d’une manière qui permet de neutraliser les émissions carbone autant que possible tout en autorisant les économies à rester concurrentielles ».

La moitié des émissions totales de gaz à effet de serre, plus de 90 % de la perte de biodiversité et le manque d’eau (sa rareté) proviennent des extractions et du traitement des ressources

Sous-jacente à l’approche adoptée par l’UE, il y a une hiérarchie des déchets qui a pour objectif d’abaisser les émissions de gaz à effet de serre qui sont à l’origine du réchauffement global. L’UE place la prévention des déchets en première position, avec ensuite la réutilisation et le recyclage et, au bas de la pyramide, à la quatrième et cinquième position « la « Récupération autre » et « l’élimination ».

Le document souligne ce que les activistes de la défense de l’environnement disent depuis des années, à savoir que la meilleure manière de modifier les comportements et les modes de pensée est le portefeuille, avec des incitations ou des sanctions économiques, comme des taxes lors de l’envoi de déchets dans les décharges ou à l’incinération et des avantages accordés aux services qui proposent des réparations.

A LIRE : Tandis que les déchets s’accumulent, les débats à la Knesset patinent

Dans le principe, l’Etat juif favorise, lui aussi, l’économie circulaire et la hiérarchie des déchets.

Pour passer du principe à la pratique, il faudra que Gamliel revienne, avant tout, sur certaines réalisations de son prédécesseur.

Pendant le mandat de Zeev Elkin, le ministère avait mis au point un plan stratégique à hauteur de quatre milliards de shekels concernant la prise en charge des déchets à l’horizon 2030. Presque 75 % des fonds (2,8 milliards de shekels) y étaient consacrés à la construction d’énormes incinérateurs, qualifiés pompeusement d’usines « de valorisation énergétique des déchets ».

La première usine, appelée Le Bon Samaritain, qui devait être construite en Cisjordanie, à Maale Adumim, une ville située aux abords de Jérusalem, fait d’ores et déjà l’objet d’un appel d’offre préliminaire. L’Administration civile, qui gouverne Maale Adumim, n’a pas effectué de nouveau zonage du site – qui avait été désigné, il y a des années, pour accueillir une décharge – ce qui signifie qu’une consultation publique n’a pas eu lieu. Les endroits choisis pour les autres usines, au nombre de trois, dans le centre du pays – qui ne seront pas toutes nécessairement construites – ont été par ailleurs approuvés, le moins dernier, par le Conseil national de planification.

Une politique en zig-zag

En 2006, le gouvernement avait présenté un Plan-directeur de gestion durable des déchets solides, qui avait établi de nouveaux objectifs pour le gouvernement national et pour les autorités locales, et notamment la nécessité de la réduction des quantités de déchets en général et un taux de recyclage qui s’élèverait à 50 % dès l’année 2015. Il avait échoué. Les déchets n’avaient pas baissé et l’objectif de recyclage avait été refixé pour l’année 2020 – il a depuis encore été reporté à 2030. Et il semble encore aujourd’hui excessivement difficile de dire comment – sans même parler de quand – ce but pourra être atteint.

Gilad Erdan, le nouveau ministre de la Coopération régionale, avait été le seul ministre de la Protection environnementale, au cours des deux dernières décennies, considéré par les activistes de la défense de l’environnement comme une personnalité qui avait compris et qui avait le souci d’introduire les bases d’une économie circulaire, même si le terme – apparu au milieu des années 1970 – était moins banal qu’aujourd’hui.

Il s’était battu pour tenter de promouvoir le tri des déchets à la source, et en particulier les déchets dits « humides » d’origine organique – épluchures de légumes, feuilles mortes, etc… – et les déchets dits « secs », comme le papier, le carton, le verre ou le plastique.

Le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan arrive pour la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 2 juin 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le tri à la source garantit des matériaux recyclés de meilleure qualité. Un carton contaminé par le jus rendu par un oignon ou par l’huile d’une boîte de thon n’est plus recyclable.

S’ils sont triés à la source, les déchets organiques – qui représentent un tiers de tous les déchets en Israël – peuvent servir de compost et être utilisés pour améliorer de manière forte les sols exploités pour l’agriculture. Ils peuvent également être traités via le bio-compostage, dans lequel des microbes en anaérobie (qui n’ont pas besoin d’oxygène) détruisent la matière organique en produisant du méthane susceptible d’être utilisé pour l’énergie et pour des fertilisants liquides de haute-qualité. Le compost – la réponse naturelle consistant à débarrasser la terre des plantes et animaux morts – produit ce que les jardiniers aiment qualifier « or noir » pour l’effet magique obtenu sur des sols fatigués. Mais il doit être pur. Du point de vie des émissions, le compost et le bio-compost paraissent également judicieux dans la mesure où ils produisent une quantité bien moindre de dioxyde de carbone par kilogramme que ce n’est le cas de l’incinération.

L’ouvrier Evan Hyatt actionne un remontoir mobile utilisé pour recouvrir des piles énormes de matériaux de compostage au sein de la structure de traitement des déchets de Cedar Gove, à Everett, dans l’état de Washington, le 20 septembre 2011 (Crédit : AP Photo/Elaine Thompson)

En 2009, quand il était en charge de la Protection environnementale (il devait rester à son poste jusqu’en 2013), Erdan avait essayé de mettre en place les pratiques communes en cours dans de nombreux pays européens – avec des poubelles pour les matériaux organiques dans les habitations, dans le but que ce type de déchets puisse être trié et collecté. Il avait également voulu financer des usines de recyclage pour qu’il puisse y avoir des endroits où envoyer les plastiques, les papiers, le carton et le verre, et il avait également souhaité renforcer la sensibilisation à la réutilisation et au recyclage.

Cela avait été pendant son mandat, en 2011, que l’organisation à but non-lucratif Tamir Corporation avait reçu une autorisation du gouvernement qui lui avait permis d’assumer la responsabilité de la collecte des emballages et autres contenants par le biais des poubelles oranges (La ELA Corportion, chargée de la collecte des bouteilles, avait été créée en 2001).

Mais cette initiative de tri à la source s’était finalement avérée non-concluante, en dépit de l’investissement de centaines de millions de shekels.

La politique de recyclage israélienne est confuse et il y a peu d’éducation publique

A ce jour, il n’y a pas de programme de recyclage unifié. Avec pour résultat que les autorités locales – les instances responsables de la collecte des déchets – mettent en oeuvre des politiques différentes, ce qui crée une confusion.

De plus, au vu d’une sensibilisation médiocre du public médiocre à l’importance du recyclage, de nombreux Israéliens restent dans l’ignorance de ce sujet et parmi ceux qui ne le sont pas, beaucoup de citoyens restent perplexes.

La majorité des municipalités et des villes ont bien des poubelles distinctes et répondant à des codes couleurs pour collecter les papiers, le carton, le verre et les bouteilles en plastique d’une certaine taille. Les commerçants font appliquer la consigne, et ils sont tenus de rembourser leurs clients lorsque ces derniers leur rapportent certaines bouteilles.

Des bouteilles et des boissons de moins de 1 litre 5, que les clients ont ramené au supermarché pour toucher la consigne, à l’extérieur d’un magasin (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Mais un regard jeté dans une poubelle verte – pour les déchets généraux – permet de constater que des bouteilles en plastique, du papier et autres qui devraient se trouver dans les conteneurs de couleur y ont été malencontreusement jetés.

Parfois, les conteneurs sont même volés : A Jérusalem, une poubelle de collecte de bouteilles a ainsi été dérobée et transformée en cage à perroquet.

A l’inverse, les zélés du recyclage, qui veulent s’assurer qu’ils recycleront leurs déchets autant que possible, remplissent les cages dédiées aux bouteilles en plastique par toutes sortes d’autres matériaux.

Et, entre les deux, les plus perplexes choisissent souvent d’abandonner leurs sacs poubelle à proximité des conteneurs de recyclage.

Les déchets organiques ne sont collectés que par douze autorités locales

Aujourd’hui, les déchets organiques, pour le compost, ne sont collectés que par douze autorités locales – il y en a plus de 250 en Israël – et cette collecte n’est plus subventionnée par le gouvernement. La plus grande partie de ces matériaux finit dans les décharges.

Selon les chiffres du Bureau central des statistiques pour l’année 2018, 23,8 % des déchets ménagers – soit 1,3 million de tonnes sur un total de 5,7 millions de tonnes – sont envoyés au recyclage (sur ce total, 300 000 tonnes sont séparées à la source et un million de tonnes sont extraites de déchets mélangés et ultérieurement triés dans les structures dédiées).

Il est difficile de dire où le recyclage a réellement lieu. En 2017, par exemple, la dernière usine de recyclage de bouteilles en plastique, qui avait ouvert ses portes en 2012, a mis un terme définitif à ses activités après le refus du gouvernement de la subventionner. Il y a encore quelques usines locales de recyclage du carton, du papier, du verre, de l’huile et de certains plastiques – mais elles n’existent pas en nombre suffisant.

A bottle recycling cage, not unlike the type employed by SodaStream for its ads. (photo credit: Nati Shohat/Flash90)
Une poubelle destinée au recyclage des bouteilles en plastique, en Israël. (Crédit: Nati Shohat/Flash90)

En comparaison, l’Agence européenne pour l’environnement avait fait savoir qu’en 2017, 47 % des déchets municipaux générés dans les 28 pays européens ainsi qu’en Islande, en Norvège et en Suisse avaient été recyclés.

A la première place du classement, l’Allemagne était parvenue à recycler 68 % de ses déchets municipaux.

Jusqu’en 2017, il avait été moins coûteux d’envoyer les déchets au recyclage dans certains pays, comme la Chine et l’Inde. Puis, en 2017, la Chine avait annoncé qu’elle allait interdire les importations de plastique et autres formes d’ordures, et l’Inde lui avait emboîté le pas un an plus tard.

Le virage à 360 % du ministère de la Protection environnementale

Plutôt que d’essayer de comprendre les raisons de l’échec du tri à la source et d’accorder davantage de temps à cette initiative cruciale, le ministère de la Protection environnementale avait choisi de faire volte-face.

Le chef du parti de l’Union sioniste Avi Gabbay dirige une réunion de faction à la Knesset le 19 novembre 2018. (Miriam Alster/FLASH90)

En 2015, le ministre de la Protection environnementale Avi Gabbay avait surpris jusqu’à son entourage le plus proche en disant lors d’une conférence que le recyclage sur la base du tri à la source avait été « un échec ».

L’année suivante, le contrôleur d’Etat avait émis un rapport renforçant ce point de vue, critiquant les autorités locales pour leur incapacité à mettre en place le tri à la source.

Le ministère avait rapidement commencé à faire avancer une politique à contresens de tout ce qui avait été fait jusqu’alors, accordant la priorité à l’une des options les moins désirables de l’ONU – l’incinération des déchets.

Un mantra : La réduction des décharges

L’objectif reste le même – réduire la quantité de déchets envoyée à la décharge, qui représente actuellement plus des trois quarts de toutes les ordures générées.

Et trouver un espace suffisant pour les décharges est un problème dans un pays aussi petit qu’Israël. De plus, les déchets organiques, s’ils sont abandonnés à une décomposition sans aération, émettent du méthane – un gaz responsable du réchauffement global – qui se dissipe dans l’air et, avec les matériaux combustibles tels que les peintures, les solvants et les détergents, ils peuvent créer des conditions favorables aux explosions et aux incendies. Ces derniers libèrent du dioxyde de carbone en l’absence d’une technologie moderne permettant de capturer les gaz.

Et à moins que le site soit fermé et sécurisé de manière appropriée, un grand nombre de ces matériaux se mélangeront avec l’eau de pluie, laissant s’infiltrer des poisons dans les nappes phréatiques…

Une grande partie des déchets est emmenée par camions des semi-remorques dans la vaste étendue du désert du Negev, dans le sud d’Israël. Certains déchets sont déchargés en route par des chauffeurs désireux de rentrer directement chez eux et qui se réjouissent d’éviter de payer les frais inhérents aux décharges.

Ce sont ces ordures jetées à l’extérieur des décharges qui sont susceptibles de partir dans les ruisseaux et, ultime étape, dans la mer, où elles tuent les poissons et étouffent la vie sauvage des fonds marins.

La décharge de Dudaim, la plus grande décharge d’Israël, près de la ville de Rahat, dans le sud d’Israël, le 10 août 2016 (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)

L’incinération : Ni renouvelable, ni propre

Mais comme alternative aux décharges, l’incinération n’est ni renouvelable, ni propre. Elle prend en charge les matériaux dérivés de l’extraction des carburants fossiles, comme le plastique, et elle les brûle à haute température pour réduire leur volume et produire des petites quantités de gaz qui pourront être utilisées pour faire de la chaleur ou créer des vapeurs qui activeront des turbines pour générer de l’électricité.

En Israël, un pays au soleil généreux, une grande quantité de l’énergie produite par l’incinération des déchets sera toujours beaucoup moins intéressante au niveau du prix, de la production et du point de vue environnemental que celle née de l’énergie solaire. Selon une étude, les usines dites « de valorisation énergétique des déchets » créent dix fois moins d’énergie que les champs solaires, pour le même investissement de base.

En 2017, il y avait 492 incinérateurs de déchets municipaux en Europe.

La structure de valorisation énergétique des déchets, aperçue depuis la côte de Clontarf, en Irlande (Crédit : O’Dea, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commos)

Cette année-là, dans un document intitulé « Le rôle de la valorisation des déchets dans l’économie circulaire », l’UE avait clairement établi que les opérations menées sur les déchets – avec « une récupération énergétique limitée » – étaient « l’option la moins favorable en termes de réduction des gaz à effet de serre » et qu’elles devaient être catégorisées en tant que simple « traitement » des ordures, considérées comme une option de dernier recours et découragées par les taxes et le retrait des subventions gouvernementales.

Les plus vieilles usines devaient être progressivement supprimées et il ne fallait pas en construire de nouvelles, avait estimé l’UE.

L’idée, avait souligné l’Europe, était que les matériaux tels que le plastique devaient être remplacés par des alternatives plus durables et non que la société devait continuer à produire, utiliser et jeter pour envoyer ensuite les déchets à l’incinération.

Les incinérateurs sont inclus dans l’Annexe C de la Convention de Stockholm – dont Israël est signataire – en tant que première source de polluants dangereux de type POP – Polluants organiques persistants, connus parfois sous le nom de « substances nocives éternelles ».

Environ 25 % du volume d’ordures destinées à l’incinération persistent ensuite sous différentes formes de cendres toxiques, qu’il faut traiter ou enterrer.

Le plan d’Elkin prévoyait initialement la construction de trois incinérateurs – Le Bon Samaritain et deux autres, situés au centre du pays, qui auraient brûlé jusqu’à 1500 tonnes de déchets par jour, générant potentiellement plus de 400 000 tonnes de cendres potentiellement toxiques par an. Une partie aurait été peut-être utilisée.

Néanmoins, dans les pays où il y a un nombre important d’incinérateurs de déchets – comme c’est le cas des Pays-Bas – un haut niveau de dioxines toxiques et autres POPs ont été retrouvés dans l’environnement, là où des cendres avaient été mélangées à du ciment, du mastic, du béton ou utilisé comme remblai dans la construction des routes.

Une étude réalisée en 2015 en Italie avait révélé que les femmes vivant à proximité des incinérateurs de déchets étaient plus touchées par les fausses couches que ce n’était le cas dans la population en général.

Infraserv Höchst, en Allemagne, produit de l’énergie à partir des déchets de différentes manière et notamment par biocompostage pour produire du biogaz, à partir de déchets organiques et de boues industrielles (Crédit : Norbert Nagel, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Toutes les implications sanitaires des incinérateurs ne sont pas encore connues.

La première publication consacrée au réexamen en profondeur des liens entre les usines d’incinération et la santé publique date du mois de septembre 2019 seulement. Il n’a pas été possible de tirer des conclusions sur la sécurité des incinérateurs en raison des méthodologies d’étude encore médiocres et d’une transmission mauvaise des informations sur les spécificités des différentes technologies d’incinération, ont établi les chercheurs.

« On suggère que des technologies d’incinération plus récentes, avec des calendriers de maintenance robustes, pourraient être moins nuisibles mais les maladies issues des expositions aux produits incinérés ont tendance à ne se manifester qu’après de nombreuses années d’exposition cumulative, et il est donc prématuré d’affirmer que des technologies plus modernes pourraient améliorer la sécurité », dit la publication qui ajoute que « sur la base du principe de précaution, il n’y a pas suffisamment de preuves pour conclure qu’un incinérateur est sûr ».

L’Union européenne avait clairement établi que les opérations menées sur les déchets – avec « une récupération énergétique limitée » – étaient « l’option la moins favorable en termes de réduction des gaz à effet de serre »

Un obstacle au recyclage ?

Contrairement aux fours à gaz des foyers, qui peuvent être allumés et éteints, les usines d’incinération doivent continuer à fonctionner en permanence à une température élevée, 24 heures sur 24, ce qui signifie qu’ils doivent être nourris de flots constants de déchets, avec des carburants fossiles comme le gaz et le pétrole qui sont retenus en soutien au cas où la « matière première » soit insuffisante à un moment donné ou qu’elle ne produise pas suffisamment d’énergie (en manquant d’une valeur calorifique suffisante) lorsqu’elle est brûlée.

Afin de maintenir son usine en fonctionnement constant, l’île de Madère envoie 89 % de ses déchets à l’incinération – mais même cela est insuffisant. Et afin de garantir que le maximum de déchets sera destiné à l’incinération, elle a dû mettre un terme à tout le recyclage des déchets organiques.

Au mois d’octobre, la Banque européenne d’investissement a refusé d’aider à financer un incinérateur à Belgrade, estimant que cela empêcherait la Serbie d’atteindre des cibles en termes de recyclage et d’économie circulaire dans le cadre de son processus d’adhésion à l’UE.

Si elles devaient être construites en Israël, les usines seraient exploitées à titre privé pendant les 25 premières années dans le cadre des arrangements dit « BOT » (construire, exploiter, transférer) conclus avec des entreprises privées. Pour garantir la stabilité, ces firmes pourraient vouloir coincer les autorités locales par le biais de contrats à long-terme pour l’approvisionnement en déchets : c’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé à de nombreuses reprises à l’étranger. Mais que se passera-t-il si les responsables locaux découvrent qu’ils sont dans l’incapacité de répondre à la demande ?

A Baltimore, aux Etats-Unis, le propriétaire d’une entreprise de ce type aurait porté plainte contre l’administration du comté qui a échoué à lui apporter autant de « matières premières » que ce qui était stipulé dans le contrat conclu entre les deux parties. Il réclame plus de 32 millions de dollars en dédommagement.

L’ancienne Scientifique en chef du ministère s’exprime

Sinaia Netanyahu, ancienne Scientifique en chef du ministère de la Protection environnementale (le poste n’a pas été pourvu depuis son départ, à la fin de l’année 2017) est devenue aujourd’hui consultante pour plusieurs communautés du secteur qui devrait accueillir l’usine d’incinération de Maale Adumim. Elle s’inquiète particulièrement de ce que la Loi sur l’air propre et sa mise en vigueur qui en découle ne s’appliquent pas en Cisjordanie, et elle se dit également préoccupée de ce que le public n’ait pas été consulté.

L’ancienne scientifique en chef au ministère de la Protection de l’environnement, Sinaia Netanyahu. (Crédit : GPO)

Elle espère qu’avec l’arrivée de la nouvelle ministre, le ministère va mener aujourd’hui un examen minutieux et professionnel de toutes les options de traitement des déchets et des relations existant entre l’économie, l’environnement et la santé publique.

« La hiérarchie de traitement des déchets mise en place par l’UE n’est pas une doctrine à sanctifier mais elle présente une logique dans son approche », confie-t-elle au Times of Israel. « Réduire les déchets doit être une priorité absolue. Les données révèlent que le taux de déchets par tête continue d’augmenter, accompagné par une croissance de population : ce qui signifie que jusqu’à présent, les politiques ne sont pas parvenus à mobiliser le public autour de la question de la réduction des déchets, de la création nécessaire d’un marché pour le recyclage et de la mise en place d’une économie circulaire efficace. Ces échecs doivent être pris à bras le corps avant toute autre action », affirme-t-elle.

Netanyahu dit qu’il est indispensable de mettre en place le tri à la source pour tous les déchets « humides » et « secs » de manière à garantir un niveau optimal de matériaux économiques à recycler, et que la chaîne toute entière de structures doit être créée localement, de façon à ce que les matériaux appropriés puissent être recyclés et réinjectés dans l’économie.

« Le manque de matière première au niveau local et les coûts environnementaux et économiques de l’exploitation des déchets devraient être une incitation suffisante pour l’extraction et le développement d’une économie circulaire », continue-t-elle.

Elle ajoute : « Aujourd’hui, les objectifs doivent être la promotion des énergies renouvelables propres et la gestion attentive des ressources nationales, ainsi que le retrait des subventions apportées aux vieilles technologies polluantes. Il est également déterminant d’éduquer le public et l’industrie sur le concept d’économie circulaire et d’accepter que les changements de comportement sont un processus qui prend du temps ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...