Plusieurs groupes juifs ont refusé de soutenir l’interdiction d’entrée
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Plusieurs groupes juifs ont refusé de soutenir l’interdiction d’entrée

Même après une visioconférence avec l'ambassadeur israélien, la Conference of Presidents a exprimé ses "réserves" sur le refus de laisser entrer en Israël les élues démocrates

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors de la Conférence des Présidents des principales organisations américaines juives, à Jérusalem, le 14 février 2016. (Kobi Gideon/GP0)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors de la Conférence des Présidents des principales organisations américaines juives, à Jérusalem, le 14 février 2016. (Kobi Gideon/GP0)

La principale association d’organisations juives américaines, la « Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations », s’est abstenue de soutenir la décision de jeudi du gouvernement israélien d’interdire l’entrée en Israël à deux élues démocrates. Le groupe a préféré exprimer ses « réserves » sur la décision. Rashida Tlaib a depuis été autorisée à entrer en Israël pour motifs « humanitaires », mais a refusé d’effectuer le voyage dans ces « conditions oppressives ».

La Conference of Presidents, qui soutient habituellement les décisions du gouvernement israélien et qui le critique rarement en public, a organisé une visioconférence au cours de laquelle l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Ron Dermer, a expliqué les raisons de l’interdiction. Dermer, qui avait promis le mois dernier que les deux élues, Rashida Tlaib et Ilan Omar, pourraient entrer en Israël, a déclaré aux responsables juifs américains que la décision de leur interdire l’entrée était motivée par le fait que les deux élues musulmanes soutenaient le mouvement BDS ciblant Israël. Il a déclaré que le parcours de leur voyage, qui devait commencer dimanche, présentait la destination comme « Palestine », et non pas Israël, et ne prévoyait aucune rencontre avec des officiels israéliens.

Dermer a ajouté que les élues prévoyaient de rencontrer des organisations promouvant le BDS, dont l’un des responsables a des liens avec le Front populaire de libération de la Palestine, qui est désigné aux Etats-Unis comme un groupe terroriste. « Les responsables de notre pays considèrent que cette visite avait pour seul objectif de faire la promotion du BDS », a déclaré l’ambassadeur.

Après avoir dialogué avec Dermer lors de l’appel, la Conference of Presidents a publié un communiqué reconnaissant que Tlaib et Omar avaient « clairement fait savoir que leur ‘voyage en Palestine’ visait à promouvoir une politique anti-Israël et montrait un manque évident d’intérêt dans le dialogue ou une présentation de la vérité ».

Les élues Rashida Tlaib, à gauche, et Ilan Omar, lors d’une manifestation avec les Démocrates au Capitole, le 13 mars 2019. (Tom Williams/CQ Roll Call/Getty Images, via JTA)

La Conference a toutefois « exprimé ses réserves sur les conséquences de la décision ».

Le groupe a également déclaré, dans l’appel, qu’un certain nombre des 53 organisations membres de la Conférence « avait exprimé leur désaccord avec la décision du gouvernement et exprimé une crainte qu’elle serait exploitée par les pro-BDS et d’autres critiques d’Israël, alors que d’autres exprimeraient leur soutien ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis Ron Dermer, à la maison d’hôtes du président, à Washington, le 14 février 2017. (Avi Ohayon/GPO)

La Conference a également indiqué sa préoccupation sur l’impact potentiel de l’interdiction sur le soutien politique bipartite pour Israël : « Notre espoir est que le soutien bipartite témoigné par les récents voyages de membres du Congrès en Israël et le passage de mesures pro-Israël par une écrasante majorité ne changeront pas », a déclaré le groupe, et qu’un « soutien bipartite pour la relation spéciale entre les Etats-Unis et Israël sera renforcée… Les liens entre les deux pays sont vitaux, particulièrement lors qu’ils sont confrontés à des ennemis communs qui ont promis de les détruire. »

Les « réserves » formulées sur l’interdiction par la Conference of Presidents, dont les membres incluent des groupes libéraux comme Americans for Peace Now mais excluent le groupe de gauche J Street, sont intervenues après que l’AIPAC, puissant groupe de lobby, a fait une critique directe de l’interdiction. L’AIPAC a souligné la gêne profonde parmi les principaux groupes juifs américains sur la décision israélienne.

Alors qu’il n’est pas d’accord avec les positions des deux élues, l’AIPAC a affirmé « que chaque membre du Congrès devrait pouvoir visiter et faire l’expérience directe de notre allié démocratique Israël ».

Ce mois-ci, une organisation liée à l’AIPAC a fait venir des dizaines de nouveaux élus républicains et démocrates du Congrès en Israël pour des visites et différentes rencontres. Lors d’une conférence commune à Jérusalem dimanche, les responsables des deux délégations ont déclaré qu’Israël devrait permettre à Tlaib et Omar de venir en Israël.

Steny Hoyer, le chef de la majorité de la Chambre des Représentants, à droite, et le chef républicain Kevin McCarthy avec une délégation de membres de la Chambre des Représentants des Etats-Unis en visite à Jérusalem, le 11 août 2019. (Crédit : Hadari Photographie)

Dans un communiqué virulent ce jeudi, Steny Hoyer, allié fidèle d’Israël, chef de la délégation démocrate, a qualifié la décision d’Israël de refuser l’entrée aux deux élues de « scandaleuse, quels que soient leurs parcours ou leurs points de vue ». Il a appelé Israël à revoir sa décision et affirmé que celle-ci était « contraire à la déclaration et aux garanties qui m’ont été faites par l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis que ‘par respect pour le Congrès américain et la grande alliance entre Israël et les Etats-Unis, nous ne refuserions l’entrée à aucune membre du Congrès en Israël’. Ces propos n’étaient pas vrais ».

Hoyer a déclaré que la décision « injustifiée » et « auto-destructrice (…) reflète de la faiblesse, pas de le force… Au lieu de cela, le gouvernement israélien devrait chercher à dialoguer avec des membres du Congrès concernant la sécurité d’Israël et le futur des Israéliens et des Palestiniens ».

L’agence JTA a contribué à cet article.

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