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Pologne : Arrestation de 3 individus en lien avec une violente marche antisémite

Lors de l’évènement, des participants d'extrême droite avaient scandé "Mort aux Juifs" et brûlé une copie d'un document médiéval qui offrait aux Juifs une protection et des droits

Des participants à un rassemblement nationaliste brûlent un livre représentant un pacte historique protégeant les droits des Juifs de Pologne à Kalisz, en Pologne, le 11 novembre 2021. (Crédit : Capture d'écran de Karolina Pawliczak/Twitter)
Des participants à un rassemblement nationaliste brûlent un livre représentant un pacte historique protégeant les droits des Juifs de Pologne à Kalisz, en Pologne, le 11 novembre 2021. (Crédit : Capture d'écran de Karolina Pawliczak/Twitter)

Le ministre polonais de l’Intérieur a indiqué ce lundi que trois personnes avaient été arrêtées suite à une manifestation antisémite organisée jeudi dernier, jour de l’indépendance de la Pologne, dans la ville de Kalisz, à quelque 190 kilomètres au sud-ouest de Varsovie.

Lors de l’évènement, des participants d’extrême droite avaient scandé « Mort aux Juifs » et brûlé une copie d’un document médiéval de 1264 qui offrait aux Juifs une protection et des droits sur les terres polonaises.

Le ministre de l’Intérieur Mariusz Kaminski a annoncé les arrestations sur Twitter, affirmant « qu’il n’y a pas de consentement face à l’antisémitisme et à la haine fondée sur la nationalité, la religion ou l’ethnicité ».

« Face aux organisateurs de l’événement honteux de Kalisz, l’État polonais doit montrer sa sévérité et sa détermination », a déclaré Kaminski.

La communauté juive de Pologne avait affirmé que les Juifs polonais « n’avaient pas connu un tel mépris et une telle haine exprimés en public depuis des années ».

« La Pologne est notre patrie. Nous sommes à la fois Juifs et Polonais. Nous demandons, cependant, pourquoi notre droit de considérer la Pologne comme notre maison est de plus en plus souvent et de plus en plus ouvertement remis en question », avait déclaré l’Union des communautés religieuses juives.

Des vidéos – et les récits de témoins – publiés sur les réseaux sociaux montraient Wojciech Olszański, un activiste d’extrême-droite, mettre le feu à un livre à la couverture rouge qui symbolise le statut de Kalisz. Ce document, émis par le prince Bolesław le Pieux, avait régulé le statut légal des Juifs habitant la Pologne, leur offrant une certaine protection en pénalisant les attaques commises à leur encontre. Ce statut avait servi de fondation juridique déterminant les relations entre Juifs et non-Juifs de Pologne pendant des siècles.

La Pologne a été pendant des siècles l’une des terres européennes les plus accueillantes pour les Juifs, les rois leur offrant une protection après avoir fui les persécutions sur les terres allemandes.

La communauté juive de Pologne est devenue la plus grande d’Europe au 20e siècle, avec quelque 3,3 millions de Juifs vivant dans le pays à la veille de la Seconde Guerre mondiale. La plupart ont été assassinés par les nazis pendant la Shoah. Aujourd’hui, la communauté est très petite, se comptant par milliers d’individus.

Sur des images, on peut voir Olszański verser du liquide inflammable sur le livre qui a été empalé sur un objet en métal. Il met le feu à l’ouvrage alors que la foule, autour de lui, applaudit et crie « Mort aux Juifs ».

Certains ont également scandé le slogan « Non à Polin, oui à la Pologne » à cette occasion. « Polin » est à la fois la traduction hébraïque pour désigner la Pologne et le nom du principal musée juif de Varsovie.

Le musée Polin de l’histoire des Juifs polonais à Varsovie, en Pologne. (AP/Czarek Sokolowski)

« C’est un événement qui est à la fois effrayant et important au niveau symbolique », avait commenté Rafal Pankowski, chef du groupe de lutte contre le racisme en Pologne ‘Plus Jamais ça’. Il a comparé ce rassemblement aux autodafés qui avaient eu lieu pendant la période du nazisme, en Allemagne, et notamment lors de la Nuit de Cristal, en 1938. Le 83e anniversaire de ce pogrom déterminant a eu lieu mercredi dernier. « Cela fait plus de 25 ans que je surveille l’antisémitisme et je n’avais jamais vu ça », avait confié Pankowski à l’agence JTA.

« Ces images font froid dans le dos », avait par ailleurs déclaré la coordinatrice de l’Union européenne dans la lutte contre l’antisémitisme Katharina Von Schnurbein dans un post, sur Twitter.

Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la lutte contre l’antisémitisme de l’Union européenne, devant le Conseil d’Israël pour les relations étrangères, à Jérusalem, le 14 juillet 2016. (Crédit : Andres Lacko)

La manifestation avait été condamnée deux jours plus tard sur Twitter par le ministère polonais des Affaires étrangères. Le jour de la fête nationale a été « utilisé pour propager la haine, l’antisémitisme et l’intolérance religieuse », avait déploré le porte-parole du ministère, Lukasz Jasina.

Des représentants des églises et des communautés chrétiennes de Kalisz avaient déploré ces incidents qui « remettent en question les valeurs humaines fondamentales et chrétiennes que sont le respect, le dialogue et la coopération ».

L’influente Église catholique de Pologne avait fermement condamné le déferlement de haine.

Mgr Rafał Markowski, président du Comité pour le dialogue avec le judaïsme de la Conférence épiscopale polonaise, avait déclaré que « de telles attitudes n’avaient rien à voir avec le patriotisme ». « Ils sapent la dignité de nos frères et détruisent l’ordre social et la paix. Ils sont en contradiction directe avec l’Évangile et l’enseignement de l’Église », avait dit Markowski.

Des représentants de l’épiscopat et de la présidence polonaise avaient également condamné ces actes.

« La barbarie menée par un groupe de hooligans à Kalisz est contraire aux valeurs sur lesquelles repose la République de Pologne », avait écrit dimanche le président polonais Andrzej Duda sur son compte Twitter. Notant la crise actuelle à la frontière de la Pologne avec la Biélorussie, Duda avait ajouté qu’il s’agissait « même d’un acte de trahison ».

Le président polonais Andrzej Duda donne une conférence de presse le 6 février 2018 à Varsovie pour annoncer qu’il signera un projet de loi controversé sur l’Holocauste qui a déclenché des tensions avec Israël, les Etats-Unis et l’Ukraine. (AFP PHOTO / JANEK SKARZYNSKI)

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid s’était lui félicité de la
« condamnation sans équivoque » des autorités polonaises, déclarant que le peuple juif « s’attend à ce que le gouvernement polonais agisse sans compromis contre ceux qui ont pris part à cette manifestation choquante de haine ».

« L’horrible incident antisémite en Pologne rappelle à chaque Juif du monde la force de la haine qui existe dans le monde », avait encore déclaré Lapid.

Ces dernières années, les célébrations de la fête de l’indépendance de la Pologne ont été éclipsées par des événements menés par des groupes d’extrême droite.

Le plus important jeudi dernier était à Varsovie. Le maire avait tenté de l’interdire, en affirmant que la capitale n’était pas un endroit pour les
« slogans fascistes ». Il avait le soutien de la justice pour l’interdiction, mais le gouvernement de droite polonais a donné à la marche le statut de cérémonie d’État – le dernier exemple des nationalistes au pouvoir cherchant à s’attirer les faveurs des groupes extrémistes.

Ainsi, ont participé jeudi des dizaines de milliers de manifestants, et des slogans antisémites et anti-européens ont aussi fait leur apparition.

D’autres importants événements nationalistes ont eu lieu dans des villes polonaises majeures au cours de ces derniers jours. L’une des thématiques principales de ces défilés a été la crise actuelle des relations entre la Biélorussie et la Pologne.

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