Pour la présidente des Veuves et des Orphelins de Tsahal, Yom Kippour lui rappelle son amour perdu
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Pour la présidente des Veuves et des Orphelins de Tsahal, Yom Kippour lui rappelle son amour perdu

Tami Shelach, présidente de l’organisation qui représente les familles des soldats morts, lutte pour parler de son mari, un pilote abattu en Egypte il y a 43 ans

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Tami Shelach, présidente de l'Organisation des Veuves et Orphelins de Tsahal, à gauche, et son mari décédé, le pilote de combat Ehud Shelach, tué pendant la guerre de Kippour. (Crédit : IDFWO)
Tami Shelach, présidente de l'Organisation des Veuves et Orphelins de Tsahal, à gauche, et son mari décédé, le pilote de combat Ehud Shelach, tué pendant la guerre de Kippour. (Crédit : IDFWO)

Pour Tami Shelach, la présidente de l’Organisation des Veuves et des Orphelins de Tsahal (IDF Widows and Orphans Organization, IDFWO), Yom Kippour est un moment d’émotions intenses et de souvenir.

Ce n’est pas la fête, le jeûne et l’introspection ; 43 ans après la guerre d’octobre 1973, la plus sainte des fêtes juives est un rappel du mari qu’elle a perdu il y a si longtemps.

« Même deux mois avant Yom Kippour, je suis déjà de cette humeur. C’est simplement comme ça », a-t-elle déclaré au Times of Israël.

Le mari de Shelach, le lieutenant colonel Ehud Shelach, pilote de l’armée israélienne, a été abattu et tué en Egypte pendant les premiers jours du conflit. Parler de lui plus de 40 ans après, dans le confort de son bureau de Givat Shmuel, près de Tel Aviv, lui fait toujours monter les larmes aux yeux et la force à quitter la salle pour se reprendre.

« Quand vous commencez à en parler, vous êtes ramenés à ce moment. Il n’y a rien que vous ne puissiez faire. Ce n’est pas facile », a-t-elle déclaré.

Des enfants de l'Organisation des Veuves et des Orphelins de Tsahal, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu avant le Jour du Souvenir d'Israël,d ans le bureau du Premier ministre, le 9 mai 2016. (Crédit : Haim Tzach/GPO)
Des enfants de l’Organisation des Veuves et des Orphelins de Tsahal, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu avant le Jour du Souvenir d’Israël,d ans le bureau du Premier ministre, le 9 mai 2016. (Crédit : Haim Tzach/GPO)

Cette année, Shelach a pris la tête de l’IDFWO, une association qui fournit un soutien matériel et émotionnel aux orphelins et aux veuves et veufs des soldats tombés pour l’armée israélienne, comme le nom le suggère, mais également pour toutes les agences sécuritaires d’Israël : la police, la police des frontières, le Shin Bet, le Mossad, et le service des prisons.

Elle maintient des relations étroites avec le ministère de la Défense, qui fournit environ 20 % de son budget, et organise régulièrement des évènements avec le président, le Premier ministre et le chef d’Etat-major d’Israël.

Le grand rabbin de l'armée israélienne, Rafi Peretz, apprend à un orphelin à mettre ses tefilins pour la première fois pendant une cérémonie de bar mitzvah organisée par l'Organisation des veuves et des orphelins de Tsahal, photographie non datée. (Crédit : autorisation)
Le grand rabbin de l’armée israélienne, Rafi Peretz, apprend à un orphelin à mettre ses tefilins pour la première fois pendant une cérémonie de bar mitzvah organisée par l’Organisation des veuves et des orphelins de Tsahal, photographie non datée. (Crédit : autorisation)

Par exemple, une immense bar-mitzva sera organisée ce mois-ci à Jérusalem en présence du président Reuven Rivlin, du ministre de la Défense Avigdor Liberman, et du chef d’Etat-major Gadi Eizenkot.

Et pourtant, Shelach dit que son objectif n’est pas de se concentrer sur les grands projets, qui sont organisés depuis des décennies, mais d’aider les veuves et veufs âgés des premières guerres d’Israël, dont beaucoup vivent à présent dans des maisons de retraite ou des résidences pour personnes âgées.

« Nos veuves ont vieilli. Les veuves de la guerre de Kippour ont été jeunes, mais nous avons vieilli », a déclaré Shelach.

« Les gens pensent que maintenant leurs enfants sont partis de la maison, leurs besoins ont diminué, mais ce n’est pas le cas, ils ont augmenté », a-t-elle déclaré.

Pour Shelach, bien sûr, le désir d’aider les veuves de guerre est personnel.

Les deux parties de la même base

Assise dans un fauteuil de bureau moderne de la table de conférence de son association, Shelach a raconté être tombée amoureuse de son mari dans les années 1960.

Ehud Shelach est né dans le kibboutz Ramat Rachel, dans le centre d’Israël, mais sa famille a ensuite emménagé à Tel Mond, à l’est de Netanya, dans la plaine côtière. Tami et Ehud se sont rencontrés à l’école – il avait un an de plus qu’elle, puis à nouveau à la base Tel Nof, dans le centre du pays, qui était et reste à la fois une base de l’armée de l’air et le Centre de vol et de formation spéciale des parachutistes.

Son mari était pilote de combat sur la base aérienne, elle servait du côté des parachutistes, à plier les parachutes. (Jusqu’à aujourd’hui, ce processus se fait à la main.)

Après s’être mariés en 1964, Shelach a emménagé dans les logements familiaux de la base.

En 1973, son mari était devenu commandant d’un escadron de combat dans l’armée de l’air. Après avoir déménagé dans différentes bases aériennes, ils vivaient à nouveau à Tel Nof.

« C’était en octobre, nous ne savions pas quoi préparer. Des vêtements pour l’hiver ? Pour l’été ? »
Tami Shelach, veuve de la guerre de Kippour

Inquiet que les armées arabes n’attaquent les bases militaires d’Israël, l’armée de l’air avait ordonné à Shelach et aux autres épouses des pilotes et officiers vivant à la base de préparer leurs affaires pour qu’elles puissent être déplacées dans un endroit sûr, a-t-elle déclaré.

« C’était en octobre, nous ne savions pas quoi préparer. Des vêtements pour l’hiver ? Pour l’été ? Nous ne savions pas combien de temps nous serions loin de la maison », a-t-elle déclaré.

« Toutes les guerres ne durent pas six jours », a dit Shelach, en référence à la guerre de 1967.

Shelach, avec une amie, est allée chez ses parents à Even Yehuda, près de Netanya.

« Quand il s’est tourné vers moi et m’a regardée, il n’a pas eu à dire un mot. »
Tami Shelach, veuve de la guerre de Kippour

Shelach et son amie étaient des épouses de pilotes, donc quand le directeur des ressources humaines de l’armée de l’air s’est dirigé vers la maison le 10 octobre, elles n’ont pas su tout de suite qui recevrait la mauvaise nouvelle.

« Nous étions assise sur le porche de mes parents. Les enfants jouaient dehors. Nous avons toutes les deux vu la voiture militaire se garer. Chacune de nous pensait que c’était son mari qui venait en visite. Mais tout d’un coup, le directeur des ressources humaines est sorti de la voiture. Nous avons chacune pensé, est-ce qu’ils viennent pour elle ou pour moi ? », a-t-elle expliqué.

« Quand il s’est tourné vers moi et m’a regardée, il n’a pas eu à dire un mot. »

‘Touché par un missile égyptien’

Au quatrième jour de la guerre, Ehud Shelach était en mission près de la ville de Suez, à côté du canal du même nom, dans le cadre d’une contre-attaque contre l’avant-poste Mezach, où les Egyptiens étaient en train de battre les forces israéliennes.

« Et il a été touché par un missile égyptien », a-t-elle dit.

L’armée savait qu’Ehud avait sauté de son avion, mais elle ne savait pas s’il était mort ou avait été fait prisonnier, avant de recevoir de l’Egypte une liste de prisonniers de guerre. Il n’était pas dessus. L’armée savait alors qu’Ehud avait été tué, mais comme son corps était toujours en territoire égyptien, il était toujours techniquement considéré comme disparu.

Ehud Shelach, pilote israélien tué pendant la guerre de Kippour, était le mari de Tami Shelach, présidente de l'Organisation des Veuves et Orphelins de Tsahal. (Crédit : armée de l'air israélienne)
Ehud Shelach, pilote israélien tué pendant la guerre de Kippour, était le mari de Tami Shelach, présidente de l’Organisation des Veuves et Orphelins de Tsahal. (Crédit : armée de l’air israélienne)

« A ce moment, ils ne pouvaient pas mener de recherches parce que, eh bien, c’était la guerre, a dit Shelach. Donc il a été considéré disparu pendant environ six mois, jusqu’à ce que les Egyptiens autorisent [Israël] à le rechercher. Il a alors été retrouvé et a eu des funérailles israéliennes. »

Shelach avait alors deux jeunes enfants, de quatre et sept ans, qui n’avaient qu’un vague souvenir de leur père.

« Il avait un travail qui faisait qu’il rentrait tard à la maison et partait le matin avant qu’il ne se réveille », a-t-elle dit.

« Ils se souviennent de lui grâce à des photos », a-t-elle ajouté.

Pendant une courte période après la guerre, elle est retournée à Tel Nof, puis a déménagé à Ramat Hasharon, au nord de Tel Aviv, dans la maison qu’elle avait achetée avec son mari avant sa mort.

Deux semaines après avoir emménagé dans sa nouvelle maison, Shelach a rencontré son compagnon, veuf lui aussi, a-t-elle dit.

« Nous étions comme la Tribu Brady »
Tami Shelach, veuve de la guerre de Kippour

A eux deux, ils avaient six enfants, trois filles et trois garçons, qu’ils ont élevé ensemble.

« Nous étions comme la Tribu Brady », a-t-elle dit, faisant référence à la sitcom américaine des années 1970.

Quand les trois garçons ont rejoint l’armée, ils ont tous été invités aux prestigieux cours de formation des pilotes de l’armée de l’air israélienne et, remarquablement, ont tous réussi le programme et ont été pilotes de combat, suivant les pas d’Ehud Shelach, a-t-elle dit.

« Aujourd’hui, l’un est colonel et les deux autres lieutenant colonel. Et l’un des fils de mon fils est aussi pilote. Il a terminé la formation l’année dernière et est maintenant pilote de combat », a déclaré Shelach, se rengorgeant de fierté.

Des veuves aidant d’autres veuves

Shelach est impliquée auprès d’IDFWO depuis les années 1990, quand l’association a été fondée, et a été choisie en février pour être sa nouvelle présidente, prenant la suite de Nava Shoham-Solan, qui a occupé ce poste pendant sept ans.

Shlomi Nachumson, jeune directeur de l'Organisation des veuves et orphelins de Tsahal, prend dans ses bras un enfant orphelin dans sa maison de Cisjordanie, le 11 mai 2016. (Crédit : autorisation)
Shlomi Nachumson, jeune directeur de l’Organisation des veuves et orphelins de Tsahal, prend dans ses bras un enfant orphelin dans sa maison de Cisjordanie, le 11 mai 2016. (Crédit : autorisation)

C’est la seule organisation reconnue par le gouvernement pour représenter les veux, veufs et orphelins du pays.

L’IDFWO gère quatre camps chaque année pour les enfants des soldats, policiers et autres agents des services de sécurité disparus : un pendant l’été, et pendant Souccot, Hanoukka et Pessah, quand les enfants israéliens sont en vacances.

Elle donne des fournitures scolaires aux orphelins dès le CP, organise des week-ends de vacances pour les veufs et les veuves en Israël et, dans certains cas, fournit une aide financière à ses membres allant jusqu’à 10 000 shekels (environ 2 380 euros).

En plus d’organiser les cérémonies de bar-mitzva des orphelins, l’IDFWO fête aussi les occasions et fêtes religieuses de ses membres qui ne sont pas juifs.

Tami Shelach, présidente de l'Organisation des Veuves et Orphelins de Tsahal, donne des cadeaux aux veuves musulmanes bédouines dans le sud d'Israël, le 28 septembre 2016. (Crédit : IDFWO)
Tami Shelach, présidente de l’Organisation des Veuves et Orphelins de Tsahal, donne des cadeaux aux veuves musulmanes bédouines dans le sud d’Israël, le 28 septembre 2016. (Crédit : IDFWO)

« Nous avons des veuves druzes, chrétiennes et musulmanes », a noté Shelach.

Le mois dernier, par exemple, le groupe a organisé un évènement spécial pour donner des cadeaux aux veuves musulmanes bédouines dans le sud d’Israël.

L’équipe d’IDFWO, Shelach compris, est entièrement bénévole, à l’exception de son directeur exécutif Yuval Lipkin et d’une poignée d’employés. Les autres reçoivent une bourse à leur nom pour gérer les camps et d’autres activités du groupe dans le pays, a-t-elle déclaré.

Shelach veut à présent étendre les efforts de l’association pour donner plus à la population vieillissante des veuves.

« Je ne peux qu’ajouter. Je ne vois pas où réduire », a-t-elle déclaré.

« Certaines veuves n’ont pas d’enfant. Nous leurs envoyons déjà une carte d’anniversaire, je veux leur envoyer un cadeau aussi. Mais financièrement, je ne peux pas »
Tami Shelach, veuve de la guerre de Kippour

Avec beaucoup de veuves qui sont à présent en maison de retraite et vivent sans leur famille, Shelach veut les joindre de temps en temps pour leur donner « quelque chose à raconter à leurs amis », a-t-elle dit.

Le problème est financier, a déclaré Shelach.

L’IDFWO reçoit une partie de son budget du ministère de la Défense, et le reste vient des cotisations de ses membres et de donations privées, principalement des Etats-Unis, du Canada et du Royaume-Uni, a-t-elle déclaré.

« Certaines veuves n’ont pas d’enfant. Nous leurs envoyons déjà une carte d’anniversaire, je veux leur envoyer un cadeau aussi. Mais financièrement, je ne peux pas », a-t-elle dit.

Ohad Cohen Nov, 34 ans, pilote de l'armée de l'air israélienne, tué dans un accident d'avion le 5 octobre 2016. (Crédit : autorisation)
Ohad Cohen Nov, 34 ans, pilote de l’armée de l’air israélienne, tué dans un accident d’avion le 5 octobre 2016. (Crédit : autorisation)

En plus de l’anniversaire de la mort de son mari, qu’elle a commémoré en avance cette année puisqu’il coïncidait avec l’évènement de bar-mitzva de l’IDFWO, Shelach a déclaré que la mort d’un pilote de F-16 ce mois-ci, Ohad Cohen-Nov, lui rappelait aussi sa propre perte.

Après cet incident, Shelach a envoyé un message à la femme enceinte de Cohen-Nov et à sa faille, présentant ses condoléances.

« En tant qu’épouse, mère et grand-mère de pilotes de l’armée de l’air israélienne, ce cas est particulièrement difficile. Je vais embrasser la jeune veuve et son enfant et lui dire d’expérience qu’il y a de la lumière au bout du tunnel, et que l’IDFWO peut les aider à y arriver », a-t-elle dit.

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