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Pour l’Iran, l’Occident est à la solde de « marchands sionistes », les USA réprouvent

L’envoyée américaine pour l’antisémitisme qualifie le tweet d’Ali Khamenei d'extrêmement choquant et les défenseurs pro-israéliens réclament l'interdiction de son compte

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

L'ayatollah Ali Khamenei prononce un discours lors de la fête du travail lors d'une réunion des travailleurs, le 30 avril 2018. (Crédit : Photo AFP / Site Internet du chef suprême iranien / HO)
L'ayatollah Ali Khamenei prononce un discours lors de la fête du travail lors d'une réunion des travailleurs, le 30 avril 2018. (Crédit : Photo AFP / Site Internet du chef suprême iranien / HO)

L’observatrice de Washington chargée de l’antisémitisme s’en est prise, jeudi, au Guide suprême iranien Ali Khamenei suite à une publication sur Twitter suggérant que les puissances occidentales étaient une mafia contrôlée par des « marchands sionistes ».

Ce n’est certainement pas la première publication de Khamenei avec des relents antisémites, mais elle a ravivé le mécontentement des défenseurs d’Israël, qui demandent depuis longtemps l’interdiction du compte Twitter du guide suprême pour les discours haineux qu’il y répand.

« Les puissances occidentales sont une mafia. Ce pouvoir est une mafia. Au sommet de cette mafia se tiennent des marchands sionistes bien connus, et les politiciens leur obéissent. Les États-Unis sont leur vitrine, et ils sont absolument partout », peut-on lire dans ce texte de Khamenei, publié mercredi et qui se trouvait encore sur Twitter vendredi matin.

Jeudi, Deborah Lipstadt, l’envoyée spéciale des États-Unis chargée de la surveillance et de la lutte contre l’antisémitisme, s’est exprimée à ce propos.

« Nous dénonçons cet antisémitisme odieux et constant. C’est un discours totalement inacceptable – pour ne pas dire dangereux – surtout de la part d’un chef d’État. Il faut que cela cesse », a-t-elle publié sur Twitter.

Le rôle de Lipstadt consiste à lutter contre l’antisémitisme en dehors des États-Unis.

Elle a aussi utilisé sa position pour condamner les propos du dirigeant hongrois Viktor Orban exprimant sa crainte de « devenir des peuples de race mixte ». Elle avait alors dénoncé des mots qui « évoquaient l’idéologie raciale nazie ».

Elle a également récemment appelé un membre de la Commission d’enquête de l’ONU sur la guerre de 2021 entre Israël et le Hamas à Gaza, qui avait déclaré que les réseaux sociaux étaient « contrôlés en grande partie par le lobby juif ».

Le principal compte Twitter de Khamenei ne fait l’objet
d’aucune sanction alors même que les règles du réseau prohibent clairement les incitations à la haine. Un utilisateur abonné au compte du guide suprême a d’ailleurs été définitivement banni, en janvier, pour avoir publié une vidéo appelant à se venger de l’ex-président américain Donald Trump suite à l’assassinat du plus haut général iranien.

En 2021, un compte similaire avait été suspendu par Twitter pour un message semblant également faire référence à une vengeance contre Trump.

Selon Twitter, la priorité absolue de l’entreprise est d’assurer la sécurité des personnes et garantir des échanges sains sur la plate-forme. Le géant des réseaux sociaux assure avoir une politique claire en matière de comportements abusifs et prendre des mesures lorsque des violations sont attestées.

Cette politique est remise en question par des défenseurs pro-israéliens, et un panel de la Knesset a tenu une audience sur la question, il y a deux ans, au cours de laquelle un haut responsable de Twitter en Israël a été longuement interrogé.

Ylwa Pettersson, responsable de la politique de Twitter pour les pays nordiques et Israël, a répondu en disant que les publications dans lesquelles Khamenei appelait à la destruction d’Israël n’enfreignaient pas les règles de l’entreprise contre les discours haineux, indiquant qu’ils constituaient de simples « outils de politique étrangère ».

L’ambassadrice Deborah Lipstadt lors d’une conférence organisée par la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines au Musée du patrimoine juif, à Manhattan, le 26 mai 2022. (Crédit: Shahar Azran via JTA)

La République islamique d’Iran, dont les dirigeants préconisent régulièrement l’élimination d’Israël, est considérée comme l’un des principaux États parrains du terrorisme, qui soutient ouvertement et fièrement des groupes tels que le Hamas, le Jihad islamique palestinien et le Hezbollah, qui cherchent tous à éradiquer Israël par des moyens terroristes. En avril 2019, les États-Unis ont désigné le Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran comme organisation terroriste étrangère.

En 2014, Khamenei avait publié sur son compte Twitter un programme en neuf points proposant explicitement l’élimination d’Israël.

En mai de la même année, la page Facebook de Khamenei donnait à voir une affiche en faveur de l’anéantissement d’Israël, assortie de la légende
« Solution finale », expression utilisée par les nazis pour évoquer la destruction totale de la communauté juive. Le Secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’avaient accusé d’appeler au génocide des Juifs.

Khamenei avait confirmé souhaiter la destruction d’Israël, mais pas l’anéantissement de tous les Juifs, et avait ajouté que l’Iran soutiendrait toute nation ou groupe qui se battrait contre Israël. « Éliminer le régime sioniste ne signifie pas éliminer les Juifs. Nous n’avons rien contre les Juifs.

Nous voulons abolir le régime qui a été imposé et souhaitons que Palestiniens musulmans, chrétiens et juifs puissent choisir leur propre gouvernement et se débarrassent de voyous tels que [le Premier ministre Benjamin] Netanyahu », avait écrit Khamenei sur son compte Twitter.

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