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Pour trouver l’âme sœur, à chaque religion ses applis

Sur le marché de la rencontre amoureuse, des applications proposent aux musulmans, chrétiens ou juifs de trouver l'âme sœur, bien loin des rencontres d'un soir

Logo de l'application JewbuzzLove
Logo de l'application JewbuzzLove

Elles s’appellent Muzz, Heavn, Jewbuzzlove. A première vue, rien ne distingue ces applications de leurs grandes sœurs généralistes : mêmes couleurs pop, slogans ciselés et design net pour inviter le célibataire à s’inscrire.

Mais on est ici sur une niche « religieuse », avec des publics, critères et finalités spécifiques.

« Les catholiques affirmé.es et surtout les musulman.es ont moins souvent fait l’expérience des applications que les personnes sans religion », rappellent Marie Bergström et Malena Lapine dans le récent ouvrage « La sexualité qui vient ».

Le but ici n’est pas la rencontre d’un soir : « On aime plutôt dire qu’on est une application de mariage », dit Sarah Sartori, responsable marketing de Muzz qui se présente, avec 16 millions d’inscrits dans le monde, comme l’appli « numéro un pour les musulmans ».

Car « il faut savoir qu’en islam, se marier, c’est vraiment 50 % de sa religion », ajoute-t-elle.

« Chaperon »

Pour trouver l’âme sœur, le profil inclut des critères précis : quel courant de l’islam ? Quel niveau de pratique ? Quelle échéance pour convoler et avoir des enfants ?

Et pour qu’il n’y ait pas de dérive, « vous pouvez inclure l’option chaperon », une personne chargée de surveiller les conversations. « Dans certains pays, ça marche bien, en France, on s’en sert moins », précise la responsable.

L’entreprise fondée à Londres en 2015 connaît depuis quatre ans en France « une croissance continue ». Muzz s’était fait connaître en juillet 2022, en proposant de rembourser les amendes pour port du burkini.

A une époque où la foi s’affiche plus volontiers, Guiral Ferrieu, cofondateur de l’application de rencontres chrétienne Heavn, invoque aussi une « dating fatigue » : « Les gens en ont un peu marre de perdre du temps à rencontrer des personnes qui n’ont pas les mêmes valeurs ni le même projet de vie ».

Lancée peu avant le deuxième confinement du Covid, à l’automne 2020, l’application a profité de cette période où « on s’est tous retrouvés enfermés avec plein de questions existentielles ».

Heavn, qui vient de fêter son millième mariage, classe elle aussi ses membres par degré de religiosité, avec de petites icones « auréoles ». Un quart de membres « ne sont pas des pratiquants réguliers », affirme M. Ferrieu qui se targue d’avoir permis « des mariages entre catholiques et protestants ».

Quant à l’âge des inscrits, ils vont sur l’appli de 18 à… 95 ans. Une surprise pour les fondateurs mais « tout le monde a un smartphone aujourd’hui, et la solitude des personnes âgées est un vrai sujet ».

« Bébés »

Même démarche chez Jewbuzzlove, « l’app de rencontres feujs que toute la communauté attendait », qui propose elle aussi un indice de compatibilité religieuse (en fonction du respect du Shabbat, de l’alimentation cacher…)

Sur cette application issue du compte Instagram humoristique Jewbuzz, qui revendique 27 000 membres, le ton est volontairement décalé et le tutoiement de rigueur.

« On a célébré les premiers bébés de l’application ! », se félicite son cofondateur Jérémy Ouanounou.

Toutes les applis s’affichent intraitables sur la sécurité, un souci particulièrement présent chez Jewbuzzlove à l’heure où l’antisémitisme augmente : « On a eu des gens qui écrivent clairement sur Twitter : ‘Je vais aller briser des cœurs pour venger la Palestine' », explique M. Ouanounou.

Aussi les procédures ont-elles été renforcées pour pouvoir créer un profil, et les modérateurs se veulent « hyper-réactifs sur les signalements ».

« Les femmes ont besoin de se sentir en sécurité : une des promesses qui leur est faite, c’est de trouver en face des personnes juives », ajoute le cofondateur.

Ces applis revendiquent toutes des ratios femmes/hommes assez équilibrés. Et des « pics » d’activité à l’été et en début d’année plutôt qu’à la Saint-Valentin, d’autant plus, pour les musulmans, que la Fête des amoureux tombe cette année quelques jours avant le début du ramadan, période de jeûne et d’effort spirituel.

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