Pourquoi Israël organisera-t-il de nouvelles législatives en 2019 ?
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Analyse

Pourquoi Israël organisera-t-il de nouvelles législatives en 2019 ?

Un système parlementaire hargneux, des ego forts et des ressentiments persistants mènent à un bourbier politique sans précédent

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

JTA – Israël a procédé à des élections nationales il y a sept semaines. Il en organisera une autre en septembre.

Si cela vous semble bizarre, vous avez raison : Israël a un système politique très mouvementé, mais il n’a jamais organisé deux élections nationales en un an. Jusqu’à présent.

Pour être clair, personne ne voulait vraiment que cela se produise, y compris le Premier ministre Benjamin Netanyahu, son principal rival, Benny Gantz, ou le président, Reuven Rivlin. Et les journalistes politiques israéliens, qui viennent de finir de couvrir une campagne éreintante et virulente, non plus.

Alors pourquoi est-ce que cela arrive ? C’est le résultat du système parlementaire conflictuel d’Israël, de son ego fort et de ses ressentiments persistants.

Voici le bourbier politique sans précédent de l’État juif, expliqué en langage clair.

Les Israéliens ont voté le 9 avril. Mais l’élection n’est pas encore vraiment terminée.

Vous vous souvenez quand Netanyahu a été réélu le mois dernier ? Il s’avère qu’il ne l’a pas vraiment été.

Le parti Likud de Netanyahu a obtenu le plus grand nombre de voix, mais pas une majorité absolue au Parlement de 120 sièges, la Knesset. Pour gouverner dans le système parlementaire israélien, Netanyahu devait persuader les autres partis de former une coalition avec lui. Il devait atteindre 61 membres, soit la majorité de la Knesset.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu salue ses sympathisants après la clôture du scrutin des élections générales israéliennes à Tel Aviv, Israël, le mercredi 10 avril 2019. (AP Photo/Ariel Schalit)

Au lendemain des élections, cela semblait simple. Les partis de droite avaient obtenu une nette majorité de 65 sièges à la Knesset, et ils étaient tous d’accord pour que Netanyahu continue à exercer ses fonctions de Premier ministre.

Mais sept semaines plus tard, Netanyahu n’a pas réussi à former une coalition. Certains partenaires potentiels ont refusé tout compromis. Il fallait qu’il forme une coalition avant mercredi à minuit.

Pourquoi les partenaires de Netanyahu ne s’entendent-ils pas ?

La droite israélienne est partagée entre quelques factions. Deux des plus importants sont des laïcs de droite qui soutiennent une posture militaire forte et des religieux de droite qui veulent préserver le pouvoir du judaïsme orthodoxe au sein du gouvernement.

D’habitude, ces deux groupes font en sorte que ça marche. Les partis religieux, en particulier les partis haredi ultra-orthodoxes, se rallient aux décisions du gouvernement en matière de défense, de sécurité et des implantations en Cisjordanie. En retour, les partis laïcs acceptent de maintenir le contrôle par les haredim du mariage juif et de la conversion. En outre, et c’est crucial, les partis laïcs permettent aux jeunes haredi d’éviter la conscription militaire, qui est obligatoire pour les autres Juifs israéliens.

A LIRE : Prof. Levy : Personne ne veut régler la question de l’enrôlement des Haredim

Cette fois, cependant, l’un des partis laïcs a refusé de jouer à ce jeu.

Des Juifs ultra-orthodoxes manifestent contre le projet de loi sur le service militaire. (Yonatan Sindel/Flash90)

Yisrael Beytenu, dirigé par l’ancien ministre de la Défense Avigdor Liberman, aurait rejoint la coalition de Netanyahu à la condition que le gouvernement adopte un projet de loi pour l’enrôlement de quelques hommes haredi. Les partis ultra-orthodoxes, à leur tour, refusaient de se rallier si le projet de loi n’était pas assoupli. Yisrael Beytenu refusait la version assouplie.

Et nous y voilà. C’est la première fois dans l’histoire israélienne qu’un parti ne parvient pas à former une coalition après avoir remporté une élection.

Que va-t-il se passer à présent ?

L’élection d’avril n’a pas fonctionné, donc on va essayer à nouveau.

On ne sait pas si cela fera une différence. Comme on pouvait s’y attendre, les sondages montrent qu’une deuxième élection en 2019 donnera pratiquement le même résultat que la première. Mais des changements au sein des partis pourraient conduire à un résultat différent. On parle de l’unification des partis arabes-israéliens ou de la fusion de différents partis de droite. Sinon, Israël pourrait se retrouver avec le même problème dans quatre mois.

Voilà où nous en sommes.

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