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Pourquoi la grenade disparait des plantations en Israël

Très prisée du roi Salomon, elle est appréciée pour sa beauté et ses bienfaits. Mais les producteurs de ce membre rouge rubis des sept espèces disent qu'elle est trop chère à cultiver

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Plantation de grenadiers au Moshav Kfar Achim, dans le centre-sud d'Israël, le 8 septembre 2019. (Crédit : Mila Aviv/Flash90)
Plantation de grenadiers au Moshav Kfar Achim, dans le centre-sud d'Israël, le 8 septembre 2019. (Crédit : Mila Aviv/Flash90)

Cela fait 40 ans que Rani Bar Nes, 80 ans, agriculteur dans le moshav Bitzaron, dans le sud d’Israël, cultive des fruits.

Il y a de cela dix ans, il a planté des grenadiers sur ses terres, non loin du kibboutz Negba, persuadé que ce fruit, très en demande, un peu partout dans le monde, en raison de ses bienfaits sur la santé, serait une excellente culture d’exportation.

Il avait tort.

Aujourd’hui, Bar Nes est président de la division fruits du Conseil des plantes. Faute de chiffres précis, il donne au Times of Israel son estimation de la surface de culture des grenades – un fruit des plus importants sur le plan culturel et religieux en Israël et particulièrement populaire au moment du Nouvel An juif –, passée de près de 2 023 hectares en 2018 à 607 l’an dernier.

Il ajoute que la production a été de 6 000 tonnes en 2024, soit la moitié de celle de 2018. Les agriculteurs israéliens, ajoute-t-il, ne peuvent pas rivaliser avec les producteurs égyptiens et turcs à l’international.

« Ils ont des coûts qui sont de l’ordre du quart des nôtres et ils vendent à des prix moitié moindres que les nôtres », souligne Bar Nes.

Rappelant que le prix de l’eau atteint des sommets astronomiques en Israël, sans parler des parasites qui prospèrent alors même que les autorités israéliennes interdisent de plus en plus de pesticides chimiques, Bar Nes explique que les agriculteurs israéliens croulent de surcroît sous des surtaxes excessives – à commencer par les cotisations retraite versées aux travailleurs étrangers.

« Un travailleur étranger me coûte 400 shekels par jour en divers avantages, hébergement, nourriture et autres », poursuit-il.

« Mon fils Shay va reprendre l’entreprise. Sinon, j’aurais fermé », confie-t-il.

Le producteur de fruits Rani Bar Nes, originaire du sud d’Israël. (Conseil des plantes)

Selon Bar Nes, les agriculteurs sont payés 1,20 shekel le kilo alors qu’il existe une immense variété au niveau des prix au détail.

Selon le site de comparaison des prix chp, le prix de la grenade à Jérusalem oscille entre 3,90 shekels au Rami Levy de Ramot et Givat Shaul et à 17,90 shekels au Shufersal Express de la rue Keren Hayessod et à l’hôpital Hadassah.

À Tel Aviv, les différences sont encore plus marquées. Shufersal Sheli les vend 3,90 shekels le kilo et le Shufersal Express de la rue Ahimeir, 29,90 shekels.

Un symbole de générosité

Selon le ministère de l’Agriculture, les Israéliens consomment près de quatre kilos de grenades chaque année, y compris des sous-produits comme par exemple le jus de grenade. Un cinquième du total, soit 18 %, est acheté avant les grandes fêtes, qui ont commencé avec Rosh HaShana, lundi soir.

Au moment du Nouvel An juif, il est de coutume d’avoir des graines de grenade sur la table et de prier « que nos mérites augmentent comme [les graines d’] une grenade ».

Comme le savent tous les petits Juifs instruits, il se dit que le fruit contient 613 graines, symbole des 613 commandements de la Torah – mais si vous vous amusez à les compter, il y a fort à parier que vous vous rendrez compte que leur nombre varie.

Des enfants juifs apprennent les coutumes de Rosh Hashana dans un jardin d’enfants à Moshav Yashresh, dans le centre d’Israël, le 1er octobre 2024. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Originaire d’Asie Mineure, de Transcaucasie, d’Iran et du Turkménistan, le grenadier est l’un des premiers arbres fruitiers domestiqués dans la Méditerranée orientale et son fruit, l’un des premiers découverts par les espions bibliques envoyés explorer la Terre d’Israël, en même temps que l’une des sept espèces avec lesquelles la terre est bénie.

Des restes de grenade de la période néolithique, et peut-être du début de l’âge du bronze, ont été retrouvés en Israël comme Arad, Gezer et Tel es-Sultan (Jéricho).

Une illustration 3D du Temple de Salomon (estt, iStock chez Getty Images)

Symboles d’abondance, de fertilité, d’amour et des bénédictions divines, les grenades ont inspiré la décoration des chapiteaux des deux piliers latéraux de l’entrée du temple du roi Salomon, et sont brodées d’or sur l’ourlet du vêtement du grand prêtre.

Il se dit même que c’est sa forme qui a inspiré celle de la couronne du roi Salomon, et sans doute de celles des autres rois.

Avec sa peau rouge qui renferme des centaines de graines juteuses, semblables à des bijoux de couleur rubis, la grenade figure dans le Cantique des Cantiques. L’amant décrit les tempes de sa femme bien-aimée, derrière son voile, comme « une grenade fendue ». Il dit que ses cuisses « abritent un paradis de grenades aux épices rares… et souhaite qu’il puisse lui donner à boire du « vin épicé du jus de grenade… »

La pérennité de la grenade comme symbole juif est attestée par sa présence dans l’art et les ornementations juifs, des linges de couverture des hallot aux fleurons décoratifs des rouleaux de la Torah. Dans ce dernier cas, ils sont connus sous le nom de rimonim, ce qui veut dire « grenade » en hébreu. (Rimon est aussi le mot hébreu pour parler de la grenade [l’arme], semblable au fruit.)

Des grenades à vendre sur un étal du marché Mahane Yehuda, à Jérusalem, le 24 septembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Magnifique à toutes les saisons, le grenadier fleurit entre Pessah, au printemps, et Shavouot, au début de l’été. Ses fruits mûrissent au début de l’automne, à temps pour le Nouvel An juif.

Les grenades ont beau être au cœur des traditions et de l’iconographie juives, les agriculteurs comme Bar Nes craignent que leur culture ne soit pas pérenne dans l’État juif.

« Quand un agriculteur plante un arbre fruitier, c’est pour une quarantaine d’années mais chaque année, les gens du gouvernement changent tout, à commencer par les droits de douane. On ne sait plus quoi planter », regrette Bar Nes.

« Les autorités ne comprennent pas que l’agriculture ne se fait pas d’une année sur l’autre et encore moins que c’est l’agriculture qui nous apporte la sécurité alimentaire. »

« Je pourrais faire autre chose, mon fils aussi d’ailleurs », conclut-il. « Peut-être devrions-nous tous fermer, nous installer à Tel Aviv et avoir une vie plus facile. »

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